Le maire d'Alès exfiltré après des menaces de la DZ Mafia
Auf einen Blick
- Le maire d'Alès, Christophe Rivenq, a été exfiltré après des menaces sérieuses de la DZ Mafia, un groupe criminel lié au narcotrafic.
- Des tags, des balles de 9 mm et une voiture piégée suspectée ont précédé son déplacement vers un lieu sécurisé, alors qu'il mène une lutte active contre le trafic de drogue.
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Le maire d'Alès, Christophe Rivenq, a été exfiltré après avoir reçu des menaces de la DZ Mafia, un groupe criminel marseillais tentant de supplanter les réseaux locaux de narcotrafic dans le Gard, notamment à Alès et Nîmes. Ces menaces interviennent dans un contexte de lutte intensifiée contre le trafic de drogue menée par l'élu et les forces de l'ordre.
Il a quitté son domicile pour un lieu sécurisé et tenu secret. Le maire d'Alès (Gard) a été exfiltré, mardi 21 juillet, après des menaces prises très au sérieux par les autorités. Avant la suspicion de la présence d'une voiture piégée à proximité de son domicile, Christophe Rivenq (Les Républicains) avait trouvé "des tags" sur les murs de la clôture de sa maison, ainsi qu'une enveloppe dans sa boîte aux lettres contenant deux balles de 9 mm "et la signature de la DZ Mafia". Depuis l'été 2025, ce groupe criminel qui contrôle le narcotrafic à Marseille a fait irruption dans la cité du Gard, où il tente, comme ailleurs, de supplanter les réseaux locaux. Après Nîmes, la ville d'Alès a même été mise en avant par un youtubeur allemand qui "fait la publicité du narcotrafic", comme l'explique ICI Gard Lozère.
Selon l'élu de cette ville de 46 000 habitants au pied des Cévennes, le courrier menaçant évoquait "les opérations policières menées" contre le narcotrafic à Alès, affirmant "qu'il fallait les faire cesser, avec des mots beaucoup plus crus". Pour autant, le maire n'entend pas se laisser intimider, comme il l'avait confié à France Télévisions le 17 juillet, depuis son bureau : "Je ne céderai pas à la menace, à la tentation, il ne faut pas céder, ici comme partout, sinon c'est l'échec de la République." Si d'autres élus ont déjà été menacés sur fond de narcotrafic, un "cap a été franchi", a estimé le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, lors du compte-rendu du Conseil des ministres, mercredi. Christophe Rivenq a reconnu lui-même auprès de l'AFP n'avoir "jamais reçu des menaces de ce niveau". "Cela montre que les actions que nous portons contre la DZ et le trafic de stupéfiants portent leurs fruits", a-t-il souligné.
L'un des principaux sujets de campagne
Face à la multiplication des règlements de comptes, le maire avait fait de la lutte contre le trafic de drogue l'un de ses sujets de campagne pour les élections municipales. Candidat LR à sa propre succession, il se voulait toutefois rassurant dans les colonnes de La Gazette de Nîmes : "Alès, ce n'est pas Chicago. Il y a eu deux assassinats, mais la délinquance de la violence à la personne a baissé de 6% en 2025, alors qu'elle augmente en moyenne de 5% en France."
Christophe Rivenq n'a toutefois pas attendu les élections pour mettre en place certaines mesures, puisqu'il avait pris la succession de Max Roustan à la tête de la ville un an avant les municipales de mars 2026. Depuis, il avait mis en place une politique de lutte contre le narcotrafic, en collaboration avec les autorités préfectorales et judiciaires ainsi que la police, nationale et municipale.
Une compagnie de CRS et la police municipale en renfort
"Jusqu'à l'été 2025, les quatre points de deal étaient gérés par des gens d'ici, parfois en famille. Nous en avons interpellé un grand nombre et, comme la nature a horreur du vide, on s'est retrouvés avec des gens qui viennent de Marseille et d'un peu partout en France", a exposé auprès de l'AFP le procureur d'Alès, Abdelkrim Grini.
Afin de contrecarrer l'implantation de la DZ Mafia, via des alliances locales avec des narcotrafiquants déjà implantés, fin 2025, une compagnie de CRS est arrivée à Alès et les opérations de contrôle et d'interpellation se sont intensifiées. En janvier, la procureure de Nîmes, Cécile Gensac, s'est rendue sur place pour "visualiser les quartiers" et "essayer d'appréhender les prises de possession qui impliquent la DZ Mafia". Ce mois-là, pas moins de 45 personnes ont été interpellées, pour l'essentiel aux Près-Saint-Jean et aux Cévennes, deux quartiers d'Alès, rapportait ICI Occitanie. Du côté des saisies, huit kilos de stupéfiants et deux armes lourdes ont été récupérés par les forces de l'ordre. Un tel résultat avait été atteint en quatre mois en 2025.
La police municipale a été mise à contribution. "Elle prête assistance pour tout ce qui est sécurisation lors des opérations et, le reste du temps, elle occupe le terrain pour une présence visible dans les quartiers et éviter une nouvelle installation d'une équipe de dealers", précise à franceinfo Marc Stolarczyk, représentant du syndicat de police Alliance dans le Gard. La gendarmerie est aussi impliquée. "La coordination opérationnelle a été renforcée : entre Alès et les communes voisines, au niveau départemental et en resserrant les liens entre les sections de recherche de Nîmes et de Marseille", avait expliqué en février, devant la presse, le commandant du groupement de gendarmerie du Gard, Emmanuel Casso.
Plusieurs dizaines d'interpellations depuis janvier
"Mon souci est de maintenir les services publics. Nous rencontrons les parties prenantes exposées à cette nouvelle crainte : scolaires, chauffeurs de bus, postiers ou soignants", avait souligné à ses côtés le préfet du Gard, Jérôme Bonet. En juin, il affirmait sur le site du gouvernement : "Il nous faut insécuriser les trafiquants, les empêcher de prospérer, montrer qu'ils ne sont pas en terrain conquis et faire en sorte que les habitants voient concrètement que l'Etat est à leurs côtés."
Ces opérations de "pilonnage" des points de deal se sont poursuivies jusqu'à cet été. "Il y a 48 heures, nous avons saisi pas loin de 5 kg de résine de cannabis dans un appartement à Alès. C'est aussi plusieurs dizaines, voire quelques centaines d'interpellations depuis le 1er janvier 2026", a expliqué récemment le procureur Abdelkrim Grini, auprès de France Télévisions.
Pourquoi avoir ciblé le maire alors que d'autres acteurs sont mobilisés dans la lutte contre le trafic de drogue ? "Il est très actif et présent sur le terrain", observe Marc Stolarczyk du syndicat Alliance. Malgré son exfiltration, Christophe Rivenq "est au travail et au service de ses administrés", fait savoir la mairie d'Alès à franceinfo. Le Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) a ouvert une enquête pour "menace, violence ou acte d'intimidation envers un élu public pour qu'il accomplisse ou s'abstienne d'accomplir un acte de son mandat".




