Les cafés belges en péril : un déclin qui brise le cœur
Auf einen Blick
- La Belgique voit le nombre de ses cafés chuter drastiquement, une perte qui affecte le lien social, surtout en milieu rural.
- Les causes sont multiples : changement des habitudes, coûts élevés, et contrats contraignants.
- Un mouvement, les "Kroegtijgers", tente de redynamiser le secteur.
KI-generierte Zusammenfassung
Warum es wichtig ist
Le nombre de cafés en Flandre et en Wallonie a considérablement diminué au cours de la dernière décennie, soulevant des inquiétudes quant à la perte du lien social et à l'impact sur les communautés locales.
Ça me brise le cœur. Les cafés de quartier sont vitaux pour notre société". La voix de Ben Mouling, fondateur du mouvement "Kroegtijgers", les tigres des cafés, trahit une douleur sincère face à la baisse du nombre de cafés en Belgique.
Selon le bureau d'études Locatus, relayé par HLN, la Flandre comptait 7 736 cafés en 2015. En 2025, il n'en restait plus que 5 215, soit une dégringolade de 33% en une décennie. Le rythme s'est même accéléré : tous les trois jours, deux nouvelles enseignes baissent définitivement le rideau.
En Wallonie, le tableau n'est guère plus réjouissant. D’après les chiffres communiqués par la Fédération Horeca Wallonie, un café sur cinq a fermé en 10 ans dans le sud du pays.
Les bars comme filet social
Derrière les statistiques, c'est une certaine idée de la société qui s'effrite. "Les cafés sont les derniers lieux où il est possible de rencontrer des gens qu'on ne connaît pas", explique Ben Mouling. "Tu peux découvrir des mondes, des groupes de la société que tu ne rencontreras jamais autrement."
Une analyse que partage Nathalie Laurent, présidente de la Fédération Horeca Wallonie. Elle est convaincue que le rôle des cafés est essentiel : "Pour les habitants des zones reculées, c'est souvent le seul endroit où croiser son voisin, retrouver des amis. Le lien social des cafés de village est énorme."
L’impact de la fermeture des bars dans les zones rurales peut même avoir un impact sur le comportement électoral des citoyens. Selon une étude de l’Université de Zurich, la fermeture de bars-tabacs en France accélère la désagrégation du tissu social local et contribue aussi à la progression du vote d’extrême droite.
Ben Mouling perçoit lui aussi ce glissement, avec une certaine inquiétude : "Le monde devient de plus en plus fou. Les gens ne savent plus communiquer normalement. Tout le monde est obsédé par la santé physique, mais personne n'explique qu'il faut aussi avoir la santé mentale. Et pour moi, franchement, la vie, c'est la vie qu'on voit dans les bars."
Un métier qui décourage
Comment en est-on arrivé là ? Les causes sont multiples et s'accumulent comme des ardoises non payées. Selon Nathalie Laurent d’Horeca Wallonie, les habitudes de consommation ont changé : "Depuis le covid, les gens ont pris l'habitude de consommer chez eux. Les jeunes privilégient les cafés à thème, les festivals et autres événements plutôt que d’aller boire un verre au café du coin. Sans parler de l’influence des réseaux sociaux..."
La représentante d’Horeca Wallonie [en Belgique, Horeca, est un acronyme désignant le secteur d’activités de l’hôtellerie, de la restauration et des cafés] : "Les coûts de l'énergie ont explosé. Les normes de mise en sécurité représentent des investissements souvent trop élevés pour les petits établissements et la concurrence des buvettes sportives, tenues par des bénévoles, ronge les marges."
Et puis il y a ce que Ben Mouling appelle, en néerlandais, les "wurgcontracten", les "contrats d'étranglement" : environ 70% des cafés belges sont liés à un grand brasseur ou un grossiste, qui leur impose ses produits à des tarifs croissants, explique Ben Mouling : "Moins les gens consomment de la bière, plus les brasseurs augmentent leurs prix pour compenser. Et plus les prix augmentent, moins les gens ont les moyens d'en acheter. C'est un cercle vicieux."
À cela s'ajoute le vieillissement des tenanciers, dont les enfants ne souhaitent plus reprendre le flambeau. Nathalie Laurent, elle, a eu de la chance : son fils a repris la relève, mais elle reste réaliste : "Le métier est rude : des horaires décalés, un travail de week-end, une solitude de patron souvent sans personnel."
Les tigres passent à l'action
Face à ce déclin, Ben Mouling a décidé il y a un an et demi de ne pas rester les bras croisés en lançant les Kroegtijgers, qui siginife en flamand les "les tigres des cafés", un collectif qui réalise des reportages vidéo pour donner une visibilité nouvelle aux établissements menacés.
"On met en avant nos cafés sur les réseaux sociaux, parce que c'est là que la vie se passe maintenant. Qu’on soit jeune ou âgé, tout le monde est sur son téléphone. J'essaie de montrer cette culture des cafés en ligne pour que les gens réalisent ce qu'ils sont en train de perdre. Et surtout, ce qu'ils ont à gagner en y retournant", raconte Ben Mouling. Résultat : la page Facebook du projet attire plus de 44.000 membres et la page Instagram, 40.000 followers.
La stratégie des tigres repose sur trois piliers : booster la visibilité des cafés sur Instagram et TikTok pour toucher les jeunes, créer une cartographie en ligne recensant les cafés authentiques de Belgique, et organiser des événements dans les établissements mis en lumière.
Et le prochain grand rendez-vous est déjà fixé. Le 12 septembre, les tigres organisent la première Journée nationale des bars dans le nord du pays. Le concept ? Chaque café inscrit sur la plateforme s'engage à organiser une activité originale ce samedi-là. À 18h précises, tous les tenanciers offriront une tournée nationale avec le soutien de grands brasseurs.
"Je crois que ça va être plus grand que la fête nationale, parce que si on peut activer tous les cafés sur une seule journée..." glisse malicieusement Ben Mouling.
En route vers la Wallonie
Le mouvement est né en Flandre, mais les tigres regardent vers le sud. En attendant de trouver des partenaires dans le sud du pays, les amis wallons et bruxellois sont les bienvenus le 12 septembre, assure Ben Mouling, : "L'idée, c'est que les Wallons viennent en Flandre pour voir ce qui se passe. Et surtout avec le message : l'année prochaine, ce sera à vous."
Article écrit par A.T pour la RTBF, initialement publié le 17 juin 2026 à 6h00.
Worauf zu achten ist
KI-Ausblick — Möglichkeiten, keine Fakten
La Journée nationale des bars du 12 septembre stimulera la fréquentation des cafés participants.
Wahrscheinlich · Innerhalb von Tagen
Le mouvement Kroegtijgers étendra ses activités à la Wallonie l'année prochaine.
Sehr wahrscheinlich · Innerhalb von Jahren
Offene Fragen
- Les mesures de soutien seront-elles suffisantes ?
- Le mouvement Kroegtijgers parviendra-t-il à inverser la tendance ?





