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Marc Bloch : au-delà de "L'étrange défaite", une vie d'historien et de résistant
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France Info23.06.2026History5 dk okumaFrance

Marc Bloch : au-delà de "L'étrange défaite", une vie d'historien et de résistant

Auf einen Blick

Alors que Marc Bloch entre au Panthéon, cet article explore les aspects moins connus de sa vie : son expérience de la Première Guerre mondiale, son séjour en Angleterre en 1940, la spoliation de sa bibliothèque par les nazis et le sauvetage rocambolesque du manuscrit de "L'étrange défaite".

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Warum es wichtig ist

Marc Bloch, historien et résistant, entre au Panthéon. Son œuvre "L'étrange défaite" et son arrestation par la Gestapo sont connues, mais d'autres épisodes de sa vie sont moins médiatisés.

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De l’historien et résistant qui entre ce 23 juin au Panthéon, on garde en mémoire le récit de 1940, L’étrange défaite, qui est devenu un ouvrage à succès au fil des ans, ainsi que son arrestation et sa torture par la Gestapo de Klaus Barbie, avant son exécution par les Allemands en juin 1944. Mais d’autres épisodes de sa vie sont moins connus, bien que tout aussi remarquables.

Marc Bloch, issu d’une vieille famille d’Alsaciens juifs, a traversé la première partie du XXe siècle autant en homme de savoir qu'en homme d’action. Combattant dans les tranchées en 1914-1918, il a fait dans ses Souvenirs de guerre un récit qui préfigure son extraordinaire analyse de la débâcle de 1940. Après son évacuation de Dunkerque en juin 1940, il se retrouve en Angleterre en terre connue, étant aussi un spécialiste du Moyen-Âge britannique. Puis, de retour en France, il doit abandonner sa fabuleuse bibliothèque parisienne, dont beaucoup d'ouvrages seront spoliés par les nazis en 1942. Le manuscrit de son ouvrage posthume, L'étrange défaite, ne sera conservé que grâce à un extraordinaire concours de circonstances.

"Souvenirs de guerre" ou la guerre de 14 comme premier enseignement

La Seconde Guerre mondiale est aussi la deuxième guerre de Marc Bloch. En 1914, le jeune professeur d'histoire au lycée d'Amiens est mobilisé comme sergent, puis comme adjudant, au 272e régiment d'infanterie. Il est absorbé par l'expérience de la guerre et l'observation des comportements collectifs. Jour après jour, dans ses carnets, il consigne l'horreur du front, les gestes ordinaires de la vie militaire et des hommes qu'il côtoie. Il admire le courage de certains de ses camarades et constate une vérité évidente : que la bravoure ne dépend ni du rang ni du milieu social. Il développera d’ailleurs des amitiés avec quelques-uns de ses compagnons de guerre. Mais il observe aussi l'organisation militaire, et déjà, une première débâcle. Il participe à la contre-offensive des armées françaises, la bataille de la Marne, qui arrêtera la marche des Allemands vers Paris. Ces Souvenirs de guerre se déroulent à hauteur d’homme, mais également d’intellectuel, tant Marc Bloch, inlassablement, analyse le présent comme s’il en était l’historien. Sa réflexion, d'une rare profondeur, rend ces écrits déjà remarquables, et préfigure L’étrange défaite, son fameux ouvrage sur la débâcle de 1940 qui restera dans la mémoire nationale.

L’épopée anglaise de Marc Bloch : retour en terre connue

En 1940, capitaine d'état-major dirigeant une compagnie chargée du ravitaillement en carburant, il se replie en dernier des Ardennes belges et françaises, ordonnant de brûler toutes les réserves d’essence de l’armée française pour éviter qu’elles ne tombent entre les mains de l’ennemi allemand. Réfugié dans le cul-de-sac de Dunkerque, bombardé sans relâche, il finit par être évacué avec un détachement de son unité vers l’Angleterre, et se retrouve en territoire familier. En effet si l’historien a beaucoup écrit sur la paysannerie médiévale en France, on sait moins qu’il était également un fin connaisseur de l’Angleterre médiévale. Marc Bloch parle donc parfaitement anglais et connaît la Grande-Bretagne pour y être allé plusieurs fois depuis 1904. Outre-Manche, l’ambiance est radicalement différente : la population anglaise veut se battre, et encourage les soldats français tout au long du parcours qui leur fait traverser l’Angleterre d’est en ouest en train. De là, Bloch reprend immédiatement un bateau pour continuer le combat en Normandie, alors que les troupes allemandes avancent vers la Loire sans rencontrer beaucoup de résistance. Plus tard, en 1942, il donne à Clermont-Ferrand un cycle de conférences sur la Grande-Bretagne devant des auditeurs composés essentiellement d'officiers de l'armée d'armistice, et se paye le luxe de citer Churchill dans ses mots de conclusion, devant cette audience tout sauf acquise. Un signe discret de sympathie totalement à contre-courant de la propagande antibritannique que Vichy ne cesse de déployer depuis l'attaque de la Marine nationale à Mers-el-Kébir par la Royal Navy en 1940.

La fabuleuse bibliothèque de Marc Bloch

Professeur à l’université de Strasbourg, Marc Bloch est, en tant que juif, déchu de son poste lorsque l’Alsace est occupée. Il quitte donc Strasbourg, puis également son appartement parisien avec sa famille, pour sa maison de Fougères dans la Creuse, située en zone libre. Les 5 000 à 7 000 livres en français, anglais, allemand et italien, qui composent sa bibliothèque parisienne sont, comme pour tout intellectuel qui se respecte, la prunelle de ses yeux. Si le médiéviste a réussi à emporter avec lui quelques ouvrages, la majeure partie demeure dans son domicile familial de la rue de Sèvres à Paris, le privant ainsi, écrit-il dans Apologie pour l'histoire, de son outil de travail. La grande majorité de cette bibliothèque exceptionnelle a été spoliée par les nazis lors des réquisitions de 1941 et 1942. Seuls un peu plus de 2 000 ouvrages ont été rendus à ses enfants à la Libération. Le 28 mai dernier, l’Allemagne a restitué sept livres supplémentaires, portant tous la signature de Marc Bloch, à ses descendants, lors d’une cérémonie à l’ambassade de France à Berlin. Ils reposeront désormais dans la bibliothèque Halphen, spécialisée dans les études médiévales, de l’Université de la Sorbonne.

L’incroyable sauvetage du manuscrit de "L’étrange défaite"

Réfugié dans la Creuse après avoir traversé toute la France, Marc Bloch met au clair toutes les notes prises sur le terrain au fur et à mesure de la débâcle. Il écrit le manuscrit de L’étrange défaite dans sa maison de Fougères, avant de rejoindre l'université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand. Mais cet ouvrage fondamental a bien failli disparaître dans le Puy-de-Dôme. Résistant en zone sud, traqué par la Gestapo, le médiéviste confie son manuscrit à un ami géographe. C’est le début d’une formidable chaîne de solidarité jusqu’à la fin de la guerre. Au fil des mois, le manuscrit ne se trouve plus en sécurité. L’ami géographe transmet donc l’ouvrage à un autre ami, un médecin résistant, qui possède une petite vigne non loin de Clermont-Ferrand. C’est là que le manuscrit va être enfoui, dans le sol d’une cabane. En 1944, la cachette est menacée car la colline est occupée par des soldats allemands. Le médecin demande alors à récupérer quelques affaires, et emporte le manuscrit, au nez et à la barbe de la Wehrmacht. Il le cache ensuite dans le jardin de ses beaux-parents, jusqu’à la Libération, avant de le remettre en 1946 aux héritiers de Marc Bloch et de Simonne Vidal, décédée deux semaines seulement après l’exécution de son mari.

Offene Fragen

  • Combien d'ouvrages de sa bibliothèque ont été définitivement perdus ?
  • Quel rôle exact a joué l'ami géographe dans la chaîne de solidarité ?

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This article was originally published by France Info.

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