BIP-361 : La proposition qui pourrait geler 5,6 millions de bitcoins et diviser la communauté
Une proposition technique visant à protéger Bitcoin des attaques quantiques suscite une vive controverse en raison de son potentiel à rendre inutilisables des millions de bitcoins.
En resumen
- La proposition technique BIP-361 de Jameson Lopp, visant à protéger Bitcoin des attaques quantiques, a enflammé la communauté.
- Elle prévoit de geler progressivement jusqu'à 5,6 millions de bitcoins, y compris ceux de Satoshi Nakamoto, en rendant inutilisables les adresses non mises à niveau, suscitant un débat intense sur la sécurité du réseau contre l'inviolabilité des avoirs.
Resumen generado por IA
Por qué importa
Le développeur Bitcoin Jameson Lopp a publié le BIP-361, une proposition technique visant à rendre inutilisables les adresses Bitcoin vulnérables aux attaques quantiques, avant qu'un ordinateur quantique puissant ne puisse en dériver la clé privée.
Le mieux est l’ennemi du bien. Le 14 avril dernier, le développeur bitcoin Jameson Lopp publiait une proposition technique, le BIP-361, qui allait mettre le feu aux forums de la communauté. À ne pas confondre avec BIP-110, l’autre feuilleton bitcoin du moment centré sur la taille des blocs et le stockage de données : ici, la menace visée est totalement différente, le calcul quantique. L’idée : rendre progressivement inutilisables les adresses Bitcoin jamais mises à niveau vers un format résistant à ce type d’attaque, avant qu’un ordinateur suffisamment puissant ne puisse en dériver la clé privée. Sur le papier, une mesure de précaution. Dans les faits, un plan qui viendrait geler jusqu’à 5,6 millions de bitcoins, soit 420 milliards de dollars au cours actuel, dont le fameux 1,1 million de BTC attribué à Satoshi Nakamoto. Dans les faits aussi, aucun vote à l’horizon.
Trois ans, cinq ans, et puis plus rien : le calendrier du gel
Le mécanisme proposé se déploie en plusieurs phases. Environ trois ans après son activation, le réseau interdirait l’envoi de nouveaux bitcoins vers les adresses dites « héritées » (les formats les plus anciens, apparus avant Taproot). Cinq ans après, ce serait le coup de grâce : les signatures ECDSA et Schnorr historiques seraient totalement désactivées, et tout bitcoin resté sur une adresse vulnérable deviendrait de fait injectable, mais impossible à dépenser pour son propriétaire légitime. Une troisième phase, encore incomplète, prévoit un mécanisme de récupération par preuve à divulgation nulle de connaissance (zero-knowledge proof), pour les détenteurs capables de prouver, sans révéler leur clé, qu’ils possèdent bien la phrase de récupération d’origine.
Pourquoi une telle urgence ? Des travaux évoqués début 2026 dans la recherche en informatique quantique suggèrent qu’un ordinateur suffisamment puissant pourrait théoriquement casser une signature ECDSA de Bitcoin en une dizaine de minutes, un scénario encore hypothétique, mais pris au sérieux par une partie des développeurs. Plus de 34% des bitcoins en circulation ont par ailleurs déjà révélé leur clé publique sur la blockchain à un moment ou un autre, une exposition qui, en cryptographie post-quantique, ouvre justement la porte à ce type d’attaque.
Même l’auteur du texte n’est pas franchement fan
Voilà qui a de quoi surprendre : Jameson Lopp lui-même a précisé, dans une interview reprise par Bankless, qu’il ne pense pas que ces mesures doivent être mises en œuvre dans l’immédiat. Sa position, en substance : il s’agit d’un exercice de réflexion adversariale sur une menace future, pas d’un appel à l’action urgent.
« Je sais que les gens n’aiment pas cette proposition. Moi non plus, je ne l’aime pas. Mais je l’ai écrite parce que je déteste encore plus l’alternative »
L’alternative en question, c’est un scénario où un attaquant doté d’un ordinateur quantique viderait en silence des millions de bitcoins dormants, sans que quiconque ne puisse rien y faire, faute d’avoir anticipé. Sauf que la communauté n’a pas franchement accueilli l’argument à bras ouverts, comme le relatait Yahoo Finance début mai. Marty Bent, fondateur du média TFTC, a qualifié la proposition de « ridicule ». Phil Geiger, responsable du développement commercial chez Metaplanet, a résumé la controverse avec un trait d’ironie difficile à surpasser : « Il faudrait voler l’argent des gens pour éviter qu’on le leur vole. »
Sécurité du réseau contre inviolabilité des avoirs : le vrai dilemme
Au fond, BIP-361 rouvre un débat aussi vieux que Bitcoin lui-même : jusqu’où peut-on modifier les règles de consensus pour protéger le réseau, sans trahir sa promesse fondatrice, la propriété absolue et inaliénable de ses avoirs ? Pour ses partisans, ne rien faire reviendrait à laisser une bombe à retardement entre les mains d’un futur adversaire technologique. Pour ses détracteurs, geler des bitcoins appartenant à des utilisateurs qui n’ont simplement pas eu le réflexe de migrer leurs fonds équivaut, ni plus ni moins, à une confiscation déguisée en mesure de sécurité. Une proposition concurrente et moins radicale, le BIP 360, mise elle sur une migration volontaire plutôt que sur un couperet automatique.
Ce débat dépasse largement le cercle des développeurs de protocole, et il ne faut surtout pas le mélanger avec celui de BIP-110 : l’un porte sur un usage jugé abusif du réseau par certains, l’autre sur une menace existentielle à horizon de plusieurs années. Ce qui les rapproche, en revanche, c’est la question de fond qui hante toute la finance décentralisée depuis ses origines : que se passe-t-il quand la technologie censée garantir l’inviolabilité d’un actif devient elle-même la faille qu’il faut colmater par une décision collective ?
Preguntas abiertas
- Comment résoudre le dilemme entre sécurité du réseau et inviolabilité des avoirs ?
- Le BIP-361 sera-t-il adopté ou une alternative comme le BIP-360 prévaudra-t-elle ?
- Quand un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait-il devenir une menace réelle pour Bitcoin ?







