Canicule en France : les conséquences dramatiques des chaleurs extrêmes sur l'environnement et l'agriculture
En resumen
- Les températures caniculaires en France, dépassant régulièrement les 40°C, ont des conséquences dévastatrices sur la biodiversité, la faune, la flore et l'agriculture.
- Les experts alertent sur un danger environnemental imminent si des mesures d'adaptation et d'atténuation ne sont pas prises.
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Por qué importa
Les températures caniculaires en France dépassent régulièrement les 40°C, causant des conséquences dramatiques sur l'environnement et l'agriculture.
Les journées se suivent et se ressemblent depuis le début de l'été en France, avec des températures suffocantes. Le thermomètre est monté le 8 juillet jusqu'à 43°C sous abri à Moules-et-Baucels, dans l'Hérault. Le seuil des 40°C, hier exceptionnel, est régulièrement dépassé depuis la fin du mois de juin sur une grande partie du territoire hexagonal.
Ce phénomène nouveau, résultat du réchauffement climatique provoqué par les activités humaines, a déjà "des conséquences dramatiques" dans le milieu naturel ainsi que pour la production agricole française, explique Philippe Grandcolas, directeur adjoint scientifique national pour l'écologie et l'environnement au CNRS. Selon cet écologue, les conséquences mortifères des canicules actuelles en matière de biodiversité sont aussi un avertissement sur "le danger de mort" qui menace notre environnement dans les prochaines décennies.
Franceinfo : Quelles sont les conséquences des températures caniculaires actuelles sur l'environnement ?
Philippe Grandcolas : Nous avons tendance à juger ces chaleurs extrêmes à notre échelle d'être humain. Pour nous, c'est très pénible. Des personnes en situation de fragilité peuvent même en mourir. Mais nous avons des moyens pour nous protéger. Dans le milieu naturel, en revanche, la barre des 40°C est un seuil au-delà duquel on franchit les limites physiologiques chez les espèces ni méditerranéennes ni "désertiques", qui ne sont pas adaptées à ce type de températures.
Comment les organismes vivants sont-ils atteints ?
Lorsqu'il fait chaud, les plantes pompent de l'eau dans le sol et elles "évaporent" et "transpirent" par les feuilles. La transpiration, en particulier, leur permet de se refroidir de manière analogue aux humains. Le problème, c'est qu'en période de canicule, l'endroit où se trouvent les racines peut être desséché et les plantes n'arrivent plus à pomper de l'eau.
En cas de chaleur extrême, les cellules et les molécules biologiques des plantes peuvent aussi s'arrêter de fonctionner. Cela concerne la plupart des plantes qui vivent en climat tempéré non méditerranéen. Les parois extérieures des feuilles peuvent également dysfonctionner. Elles sont alors flétries. Et vous aurez beau arroser des plantes fragiles, elles continueront à flétrir et elles finiront par sécher et mourir.
Et qu'en est-il pour les animaux ?
Cela dépend des espèces. Il y a des animaux qui sont capables de transpirer avec des glandes dites "sudoripares". C'est le cas des mammifères. Mais au-delà d'un certain seuil de température sans humidité, généralement 40°C, leur système de transpiration n'arrive plus à compenser. Cela vaut aussi pour d'autres organismes, notamment ceux à sang froid comme les reptiles, les amphibiens ou les vers. Mais gare au dessèchement à travers la peau perméable des amphibiens, par exemple.
"Les oiseaux, eux, ne transpirent pas. Ils évaporent péniblement en ouvrant le bec. Et là, les conséquences sont dramatiques. Il y a des milliers d'oisillons et d'oiseaux sauvages qui sont morts à cause des fortes chaleurs de ce début d'été."
Philippe Grandcolas, écologue
Cela ne veut pas dire que ces espèces vont disparaître de la surface de la Terre, mais c'est un stress démographique local vraiment colossal.
A quel point notre agriculture est-elle touchée ?
L'impact des chaleurs extrêmes est encore plus fort dans les milieux simplifiés et fragilisés par les actions humaines, et donc sur les espèces cultivées et élevées. Plus les milieux sont artificialisés, comme avec les grandes cultures et leurs grands champs d'un seul tenant, plus on va avoir des phénomènes d'échaudage, avec des plantes qui meurent ou qui perdent en productivité.
Il y a aussi une hécatombe en ce moment dans les élevages industriels, parce qu'on ne peut pas climatiser un poulailler qui abrite 10 000 poules. Dans ces hangars, on retrouve des oiseaux littéralement brûlés sur place. Ils ont atteint des températures telles que leurs organes ne fonctionnent plus et leurs cellules sont mortes. Même chose pour les porcs et les vaches, malgré leur capacité à réguler leur température en transpirant, qui atteint rapidement ses limites au-delà de 25°C.
Certaines régions françaises sont-elles plus exposées ?
Il faut voir le territoire métropolitain national comme un patchwork, avec des endroits où la plupart des espèces ne sont pas adaptées à des températures aussi extrêmes et où des milieux simplifiés et fragilisés dominent localement. C'est valable pour la France tempérée océanique, du centre, du nord ou des montagnes. Dans le Sud, les espèces sauvages sont plus résistantes, mais elles doivent faire face au risque d'incendies.
Les feux qui frappent actuellement le sud de la France sont dramatiques. Evidemment, pour les personnes qui perdent leurs maisons et leurs biens, mais également pour le milieu naturel. Quand il y a des milliers d'hectares qui brûlent, c'est aussi une perte de biodiversité et des services que la forêt rend notamment en stockant l'eau et en rafraîchissant l'environnement par évaporation.
Va-t-on voir des légumes disparaître des étals dans les prochains mois ?
Disparaître, non, parce qu'une grande part de notre alimentation est importée. Et c'est ce qui rend ce type de catastrophe difficile à mesurer, parce qu'on compense coûteusement avec d'autres sources d'approvisionnement. Par contre, on peut s'attendre à de très fortes hausses de prix des paniers de fruits et légumes.
Les climatologues expliquent que nous sommes en train de vivre nos étés les plus froids du reste de notre vie. Si les conditions actuelles atteignent déjà gravement la faune et la flore, qu'en sera-t-il demain ?
Cela veut dire qu'il y aura des épisodes de mortalité énormes. De plus en plus d'arbres vont mourir. Les taux de mortalité dans les forêts françaises ont explosé ces dernières années. Et cela va continuer. Les populations d'oiseaux vont continuer à baisser. En plus de la disparition de leurs habitats et du manque d'insectes provoqué par l'utilisation de pesticides, les oiseaux subiront des mortalités printanières tardives qui cassent les jeunes générations. Et ainsi de suite.
Bien sûr, nous verrons aussi des reverdissements à certains moments, à la faveur de pluies et de températures plus basses. Des plantes qui ne sont pas mortes vont reverdir. Des animaux vont ressortir. Mais, globalement, le paysage de 2050 en France métropolitaine va être dramatique. D'autant que les aléas combinant climat et biodiversité, tels que les inondations ou les feux, seront potentiellement considérables. C'est ce que les climatologues et les écologues essaient d'expliquer depuis des années sans être entendus. Parce qu'à moins de vivre des événements comme ceux-là, on a du mal à y croire.
Est-il possible de prendre des mesures pour s'adapter à un tel avenir ?
On peut par exemple faire de la migration assistée d'espèces qui résisteront mieux aux canicules pour repeupler les forêts dans le centre, l'ouest, l'est et le nord de la France. On devrait restaurer des zones humides, des haies, ne pas prélever exagérément dans les nappes ou les rivières. Mais si on n'atténue pas le réchauffement climatique, de telles mesures extrêmement coûteuses et complexes sont vouées à l'échec.
"Si le climat de la France se réchauffe de quatre degrés d'ici la fin du siècle, comme l'envisagent aujourd'hui même les autorités, alors on est morts. C'est clair."
Philippe Grandcolas, écologue
Il n'y aura plus d'agriculture en France. Il n'y aura plus de milieu naturel. Nous assistons aujourd'hui aux prémices d'un danger de mort environnemental. On ne peut pas climatiser la nature.
Mais à quoi bon chercher à atténuer le réchauffement en France, si le reste du monde ne suit pas le même mouvement ?
Cela ne peut pas être un argument pour l'inaction. Tout ce qu'on peut réussir à diminuer, ce sera toujours ça de gagné. C'est comme ça qu'il faut raisonner. Par contre, se dire que ce n'est pas la peine de faire quoi que ce soit parce que les autres ne font rien, alors c'est accepter la mort. D'autant que cette vision est très naïve, dans la mesure où le monde est global.
La majeure partie de ce que nous consommons n'est pas produit en France. Quand on accuse la Chine ou le Brésil de ne pas faire ce qu'il faut, on oublie qu'il y a 15% de la déforestation amazonienne ou des émissions de gaz à effet de serre de ces pays qui est causé par les achats européens. Faire ce constat est très anxiogène. Il faut donc arriver à montrer qu'il y a des ensembles de solutions et qu'on ne peut plus attendre pour les adopter.
Mais les solutions sont-elles acceptables par la société ?
Parmi les changements à mettre en œuvre, beaucoup de choses sont en réalité très agréables : isoler votre immeuble ou végétaliser les rues, manger de plus en plus de fruits et légumes de saison en circuit court, revenir à minima à la consommation de viande de nos grands-parents. Toutes ces solutions ne sont pas désagréables. En tout cas, elles nous privent moins que de subir des canicules épouvantables.
Le problème, ce sont les politiques ou les décideurs qui en profitent pour accentuer les clivages créés par les discours d'atténuation et d'adaptation, au lieu de prendre les bonnes décisions.
"Les lobbys agro-industriels ou pétroliers défendent en permanence leurs intérêts, en nous incitant à avoir des productions agricoles ou industrielles qui sont complètement inadaptées et qui aggravent les problèmes. Il faut bien comprendre qu'il n'y a aucune pitié à attendre de ces acteurs."
Philippe Grandcolas, écologue
Le jour où nous ne serons plus capables de produire quoi que ce soit, ils iront chercher ailleurs les productions à transformer. Le futur de l'agriculture française, ce ne sont pas des élevages industriels dans lesquels la mortalité est déjà ou sera colossale, ou encore des stockages d'eau égoïstes pour irriguer des grandes cultures qui meurent déjà ou mourront par échaudage. Le court terme n'est pas une solution.
Qué observar
Perspectiva de IA — posibilidades, no hechos
Augmentation significative des prix des fruits et légumes dans les prochains mois.
Muy probable · En meses
Explosion des épisodes de mortalité chez les arbres et les populations d'oiseaux.
Probable · En años
Preguntas abiertas
- Les mesures d'adaptation seront-elles suffisantes sans atténuation ?
- Quel sera l'impact économique réel sur les prix alimentaires ?
- Comment les lobbies influenceront-ils les décisions politiques ?




