Canal+ : comment la chaîne cryptée est devenue incontournable dans le cinéma français
L'essentiel
- Canal+ est un acteur majeur du cinéma français, finançant près de la moitié des films et détenant une fenêtre de diffusion privilégiée.
- Le groupe renforce son emprise en rachetant des parts du réseau de salles UGC.
Résumé généré par IA
Si vous êtes allé au cinéma ces derniers mois, vous avez peut-être remarqué que le traditionnel "avec la participation de Canal+" a laissé la place à un plus révérencieux "avec le soutien essentiel de Canal+" au générique des films. Une évolution contractuelle qui en dit long sur le poids de la chaîne cryptée dans le cinéma. La décision du patron de Canal+, dimanche 17 mai, de "ne plus travailler" avec les centaines de professionnels signataires d'une tribune contre Vincent Bolloré, actionnaire de référence du groupe, a d'ailleurs provoqué une onde de choc.
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"On peut regretter sa réaction qui aggrave les clivages au lieu de rassembler", a déploré lundi le président du Centre national du cinéma (CNC) sur France Inter. "Canal+ est toujours le premier soutien privé de la plus grande diversité du cinéma français", a souligné Gaëtan Bruel. Franceinfo s'est penché sur les chiffres qui illustrent la place du groupe au premier plan du 7e art français.
1 Un film français sur deux financé par Canal+
En 2025, 228 films d'initiative française, c'est-à-dire des projets exclusivement français ou avec une coproduction à majorité française, ont été produits, représentant 1,12 milliard d'euros d'investissements, révèlent les données du CNC. Le groupe Canal+ a injecté 155,6 millions d'euros dans 121 de ces films, détaille le CNC dans son rapport annuel sur la production cinématographique.
Parmi les autres diffuseurs, le groupe France Télévisions a, lui, investi dans 61 films d'initiative française à hauteur de 58,9 millions d'euros en 2025, devant le groupe TF1, qui a soutenu financièrement 20 films pour un total de 32,8 millions d'euros, et le groupe M6, avec 14 films à hauteur de 24,5 millions d'euros.
En parallèle, les plateformes de streaming financent de plus en plus de films français : 54 en 2025, contre 45 en 2024 et 40 en 2023. Le CNC précise que "la progression est portée par Disney+", qui a préacheté 23 films en 2025, soit 13 de plus qu'en 2024. Au total, Netflix, Disney+, Prime Video, HBO Max et Paramount+ ont mis 76 millions d'euros sur la table. Plusieurs diffuseurs peuvent se positionner sur un même film. Ainsi, en 2025, plus de 80% des films financés par des services de streaming ont aussi été préachetés par des chaînes de télé.
Au total, les chaînes de télévision et les plateformes ont contribué à hauteur de 362,8 millions d'euros en 2025. Mais leur apport ne représente qu'un tiers de l'argent investi dans l'ensemble de la production française. "C'est par l'addition de différentes sources de financement qu'un film se fait", rappelle sur France Culture le président de l'Union des producteurs de cinéma, Marc Missonnier.
Une myriade d'autres acteurs et de mécanismes interviennent dans le financement d'un film : les producteurs français (417 millions d'euros), les minima garantis notamment versés par les distributeurs (140 millions d'euros), les investisseurs étrangers (84 millions), les financements publics (75 millions)...
2 Une fenêtre de diffusion six mois après les sorties au cinéma
L'argent versé par Canal+ et les autres diffuseurs ne relève pas de la philanthropie. Il s'agit d'un préachat des droits de diffusion. Ainsi, "Canal+ s'engage, sur la base du scénario, à financer un film en échange de pouvoir le diffuser six mois après sa sortie en salles", comme le rappelle Mediapart. En vertu des accords sur la chronologie des médias, le groupe de la chaîne cryptée jouit de la fenêtre de diffusion la plus courte parmi ses concurrents. A titre de comparaison, les chaînes gratuites doivent patienter 22 mois, contre 17 mois pour la plupart des plateformes de streaming, détaille Médiamétrie.
Or, début 2025, la position privilégiée de Canal+ a été remise en cause par Disney+. Fin janvier 2025, la plateforme américaine a obtenu le droit de diffuser des films neuf mois après leur sortie, contre 17 jusqu'alors, en échange d'une hausse de ses obligations d'investissements pendant trois ans. Selon le CNC, "Disney+ devra ainsi financer un minimum de 70 films" sur la période.
Le patron de Canal+ a alors fait part de son mécontentement, évaluant à 35 millions d'euros par an le montant promis par Disney+, un chiffre non confirmé par le géant américain. "Nous attendons que les investissements consentis soient proportionnés aux fenêtres de diffusion accordées", a tempêté Maxime Saada lors d'une audition au Sénat en janvier 2025.
Face à l'offensive de Disney+, Canal+ a signé en mars 2025 un nouvel accord avec le cinéma français, qui marque un recul de ses investissements. Le groupe s'est engagé à verser au moins 150 millions d'euros en 2025, 160 millions en 2026 et 170 millions en 2027, "contre 200 millions d'euros en moyenne par an dans le cadre du précédent accord en vigueur entre 2022 et 2024", précise le CNC.
3 Treize films Canal+ sur les 22 en lice pour la Palme d'or
"Canal+, c'est la moitié des films français produits chaque année" et "c'est souvent les films les plus risqués, les films sur lesquels d'autres acteurs, par exemple, les plateformes, ne se positionneraient pas", défend le président du CNC, qui cite notamment l'exemple de Dossier 137 de Dominik Moll, polar consacré à une enquête de la police des polices sur une bavure policière, ou L'Histoire de Souleymane de Boris Lojkine, sur un livreur à vélo sans papiers à Paris qui prépare son entretien de demande d'asile.
"Mes deux derniers films, dont L'Histoire de Souleymane, c'est Canal qui en a permis le financement en le préachetant, ce que n’avaient pas fait France Télévisions ni Arte", rappelle Boris Lojkine auprès de Libération, en exprimant toutefois "son inquiétude" au sujet de la concentration des pouvoirs dans les mains de Vincent Bolloré. "Canal soutient tous les cinémas, toute la diversité", a argué le patron du groupe, dimanche, en marge du Festival de Cannes.
Pour illustrer le soutien du groupe au cinéma d'auteur, Canal+ revendique avoir financé 49 films projetés à Cannes cette année, dont 13 films sur les 22 en compétition. La Vénus électrique du Français Pierre Salvadori, présenté en ouverture du festival, Histoires parallèles de l'Iranien Asghar Farhadi et Coward du Belge Lukas Dhont, tous deux en lice pour la Palme d'or, "sont des films dont une bonne partie ne se serait pas faite sans Canal+", a précisé le directeur général du CNC, Olivier Henrard, sur France Culture.
4 Un tiers des parts du réseau de salles UGC
En plus d'avoir un pied dans la production et la diffusion, Canal+ entend mettre la main sur UGC, le troisième plus grand réseau de salles de cinéma français, derrière Pathé et CGR. Le groupe a officialisé à l'automne le rachat d'une partie du capital d'UGC, à hauteur de 34%, avec l'ambition d'acquérir 100% des parts d'ici à 2028.
Avec cet achat, les signataires de la tribune contre l'"emprise grandissante" de Vincent Bolloré dans le cinéma craignent que le milliardaire ultraconservateur soit "en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran".




