De Gaulle, un monument historique au cinéma français
L'essentiel
- Le cinéma français a longtemps hésité à porter à l'écran le général de Gaulle, figure historique complexe et imposante.
- Malgré sa stature, seuls quelques films ont tenté de l'incarner, à l'inverse de personnalités comme Churchill.
- Les acteurs Simon Abkarian et Patrick Chesnais partagent leurs expériences et les défis de cette représentation.
Résumé généré par IA
Pourquoi c'est important
The article discusses the relative scarcity of cinematic portrayals of General de Gaulle in French cinema compared to British figures like Winston Churchill. It explores the reasons behind this, including the complexity of de Gaulle's historical legacy and the challenges actors face in embodying such a significant figure.
Souvenez-vous : c’était l’une des premières apparitions du général de Gaulle sur grand écran, dans L’armée des ombres, un film de Jean-Pierre Melville, en 1969. Un cadrage de dos, en trois quarts, tel le Christ dans les productions hollywoodiennes des années 1950. En face, des résistants les yeux écarquillés, comme illuminés.
Non seulement il a fallu attendre le XXIe siècle pour que le général soit le héros d’un film, mais Simon Abkarian n’est que le deuxième à se glisser dans son uniforme au cinéma... Le premier volet du diptyque consacré au général de Gaulle, La Bataille de Gaulle. L'âge de fer, est en salles mercredi 3 juin.
Alors que nos voisins britanniques ont porté à l’écran Winston Churchill une soixantaine de fois, dont une douzaine en tant que personnage principal, le général de Gaulle a lui été le héros de six longs métrages depuis 2006, dont un seul sur grand écran avec Lambert Wilson en 2020.
L’acteur Simon Abkarian l’incarne dans les deux longs-métrages d’Antonin Baudry, La Bataille de Gaulle. Il avoue bien volontiers qu'il "s'agit toujours d’une responsabilité d’incarner quelqu’un, mais là c’est une responsabilité puissance dix. Il est présent et un peu pétrifié dans l’inconscient collectif français. C’est l’un des personnages principaux qui trône dans le Panthéon de l’histoire de France. Ce n’est pas n’importe qui de Gaulle : c’est l’homme qui sauve l’honneur de la France…"
"C’est la difficulté quand on est confronté à un monument historique, explique le général Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue Défense Nationale et historien, peu d’acteurs ont eu l’énergie, ou la capacité d’incarner un personnage qui a fait l’histoire de France."
Une timidité hexagonale
La carrure exceptionnelle du général de Gaulle explique en partie la pusillanimité du cinéma français. Difficile de trouver un acteur suffisamment crédible pour l’incarner. Représenter de Gaulle dans une fiction est un tabou resté longtemps intact.
Mais ce n’est pas la seule raison. La carrière de Churchill était largement derrière lui en 1945 ; celle de de Gaulle fut bien plus longue et dura jusqu’en 1969… Il n’y a donc pas seulement le héros de 1940 : si le général est resté dans les annales comme le fondateur de la Ve République, il a aussi divisé l’opinion en 1962 lors de sa gestion de l’indépendance de l’Algérie, sans oublier la contestation de mai 1968. Cette présence écrasante dans la politique française du XXe siècle explique également en partie la timidité des réalisateurs hexagonaux.
D’autant que tous les Français connaissent le général, d’une manière ou d’une autre : contrairement à Napoléon ou à Jeanne d’Arc, il existe une montagne d’archives télévisées pour de Gaulle, qui savait parfaitement utiliser les médias pour communiquer.
Patrick Chesnais, qui l’a incarné en 2010 dans le docu-fiction de Serge Moati pour France 2, Je vous ai compris : De Gaulle 1958-1962, s’est d’abord imprégné des archives, puis il a tenu à passer des essais : "Au début, ce n’était pas du tout une évidence", explique-t-il.
"De Gaulle est présent dans toutes les mémoires, ses images sont pléthoriques, il fallait donc que je me prouve à moi-même que je pouvais le faire. Les essais ont été concluants : je me suis convaincu, et les autres étaient convaincus aussi, donc voilà, ça a commencé comme ça."
Une figure sacrée… Et une silhouette impressionnante : le général mesurait 1m96. Il faut donc pour celui qui l’incarne coller un tant soit peu physiquement au personnage. Chaque matin, les acteurs doivent passer entre une et deux heures au maquillage : transformation des paupières, collage d’oreilles, coiffure…
"Comme le disait Jean Vilar, explique Patrick Chesnais, au théâtre ou au cinéma, l'habit fait le moine. Le maquillage, le nez, la perruque…. Ça aide. Et ça m’a aidé à y croire : quand je me regardais dans la glace, il y avait quelque chose qui m’amenait vers de Gaulle."
Une diction unique
Une transformation nécessaire, mais pas encore suffisante. Outre la ressemblance physique, les comédiens ont travaillé la posture du corps, et le ton, ce phrasé si spécifique du général : "Sa voix, sa diction, c’est du pain bénit, c’est offert à l’acteur, s’enthousiasme Simon Abkarian. Je ne m’en suis pas détourné, je m’en suis nourri. Dans le discours de l’Hôtel de Ville, il dit par exemple : La France libérée, libérée avec le concours des armées de la France, avec le concours de la France tout entière… Il tape sur 'avec'. Personne ne fait ça ! Mais lui le fait à dessein. C’est un acteur, il joue à être ce qu’il est…"
Jusqu’où aller pour ne pas tomber dans une imitation pure et simple ? "C’est un dosage subtil, reconnaît Patrick Chesnais. Je marche beaucoup à l’instinct, je donnais des petites intonations par moments, mais pas trop, pour ne pas rentrer dans un truc de chansonnier. On ne peut pas être dans le réalisme à 100%, on est dans la représentation d’un personnage, pas son imitation."
Le général Pellistrandi ne dit pas autre chose : "On n’aura jamais le clone du général de Gaulle. Après, c’est la magie du cinéma. C’est le talent des acteurs, du réalisateur, et c’est ça qui crée finalement la réussite d’un film."
De Gaulle est un personnage dont on pourrait réaliser autant de films que d’épisodes majeurs dans sa vie. Les angles pour l’aborder sont multiples et encore vierges de tout multiplexe… Si le succès est au rendez-vous pour ce biopic sur le héros de 1940, les choses pourraient changer. Trop longtemps trop écrasant pour être porté à l’écran, le général connaîtra-t-il enfin son heure de gloire au cinéma ?
À surveiller
Perspective IA — des possibilités, pas des certitudes
If the new biopic is successful, it could encourage more films about de Gaulle.
Possible · Moyen terme
Questions ouvertes
- Will the new films about de Gaulle change the French cinema's approach to historical figures?
- How will audiences react to the new portrayals of de Gaulle?
- What specific aspects of de Gaulle's life will the new films focus on?





