La canicule submerge les pompes funèbres : "C'est une situation sans précédent"
L'essentiel
- Une vague de chaleur intense en France a provoqué une augmentation "sans précédent" des décès, submergeant les services funéraires.
- Les entreprises, comme Caton, font face à des délais considérablement allongés et à une hausse des décès à domicile, notamment chez les personnes âgées.
Résumé généré par IA
Pourquoi c'est important
Une vague de chaleur intense en France a entraîné une augmentation significative des décès, particulièrement à domicile, submergeant les entreprises de pompes funèbres et allongeant considérablement les délais d'obsèques.
"On s'est dit qu'il y avait un problème." Gauthier Caton, qui incarne la cinquième génération de la famille à la tête de la compagnie de pompes funèbres du même nom, se souvient parfaitement de ce 25 juin. Une semaine après le début d'une vague de chaleur intense dans le pays, ses employés ont reçu "beaucoup, beaucoup d'appels". A Orléans (Loiret), où "d'ordinaire, on est à huit ou dix prises en charge par jour, nous sommes passés à 25", se souvient l'entrepreneur, dont les agences sont réparties entre Paris et la région Centre-Val de Loire. "Ce qui nous a alertés, ce sont les circonstances des morts, qui étaient très différentes par rapport à d'habitude : sur les 25 demandes en question, au moins 15 concernaient des décès à domicile."
Trois semaines plus tard, les effets de la canicule se font toujours sentir. "On pensait qu'à la mi-juillet, la situation serait résolue", constate Gauthier Caton. Ce vendredi 17 juillet, il s'affaire pour raccourcir les délais qui se sont considérablement allongés ces derniers jours. Même si les températures redescendent, "ils sont toujours de 15 jours contre cinq ou six jours habituellement, observe-t-il. Il faudra un peu de temps avant de tout 'désaturer'."
"On ne l'avait jamais fait de notre vie"
Ce jour-là, son collaborateur travaillant à Gien (Loiret) l'informe que les quatre chambres funéraires sont toujours complètes. Dans tout le département, où l'entreprise compte 46 places, seules deux restent disponibles ce jour-là. "On est vendredi, il n'y aura pas de places libres avant lundi ou mardi, redoute Gauthier Caton. Une personne qui travaille en Ehpad se disait très inquiète car les personnes âgées subissent la chaleur depuis trois semaines. Une nouvelle vague de décès risque d'arriver."
Au crématorium d'Arcueil, dans le Val-de-Marne, "en ce moment, il faut attendre au moins douze jours pour des obsèques, précise Pritika Sambath, qui travaille auprès de Gauthier Caton depuis mai. On a beaucoup plus d'appels et de demandes de devis pour des décès à domicile. Comme on centralise les demandes de nos agences de province ici, à Paris, le travail est multiplié par quatre pour tout le monde."
"Le délai est pénible pour les familles, car il les empêche de faire leur deuil et les laisse en suspens."
Gauthier Caton, dirigeant d'une entreprise de pompes funèbres
"On avait prévu de faire évacuer les cellules mobiles mais finalement ce n'est pas possible", ajoute Gauthier Caton. Face à l'afflux de demandes, l'entreprise a fait appel à des véhicules supplémentaires et des cellules réfrigérées pour conserver les corps dans de bonnes conditions, tout en faisant en sorte que les proches ne s'aperçoivent de rien. "On ne l'avait jamais fait de notre vie", souligne le patron de l'entreprise. Il a aussi "bombardé" de mails les mairies et les paroisses pour commencer les cérémonies d'obsèques dès 8h30 (contre 10 heures habituellement) et adapter les horaires d'ouverture des cimetières. Ce qu'elles ont accepté de faire.
En Ile-de-France, près de 2 000 décès en excès ont été recensés par Santé publique France entre le 17 juin et le 2 juillet, selon les chiffres communiqués par Santé publique France mercredi 22 juillet. Soit une hausse de "81,2%" entre le nombre de décès attendu et celui observé. Même tendance pour la région Centre-Val de Loire, où l'agence de santé a recensé à la même période une hausse de cette mortalité "en excès" de 62,6%, soit 1 327 décès.
"Beaucoup plus intense" que lors de la canicule de 2003
"On a vécu 2003, donc on savait que sans épidémie en cours, comme la grippe ou le Covid-19, cette suractivité était liée à la canicule", explique Gauthier Caton. Ce dernier a commencé sa carrière un mois après la terrible vague de chaleur responsable d'environ 15 000 morts en France, du jamais-vu dans le pays. Vingt-trois ans plus tard, l'entrepreneur ne pensait pas que la situation pouvait être pire.
"En août 2003, on était en sous-effectif, ce qui a pu expliquer cette suractivité. En plus, les familles et les voisins des défunts étaient absents, les découvertes de corps à domicile se sont étalées dans le temps, se remémore-t-il. Cette année, ça a été plus court mais beaucoup plus intense. C'est une situation sans précédent. Pendant trois jours, certaines de mes équipes ont fini à 5 heures et reprenaient le travail dès 9 heures."
Contrairement à 2003, ses équipes ont dû intervenir au domicile de personnes "de tous les âges", dont certaines "qui n'étaient pas médicalisées". "D'habitude, on intervient chez des personnes qui sont hospitalisées à domicile, donc dans un état de santé très fragile", développe-t-il. "Là, ce n'était pas le cas. Il y avait beaucoup de gens autonomes de 70 à 75 ans qui n'étaient pas médicalisés", précise-t-il.
Questions ouvertes
- Combien de temps faudra-t-il pour "désaturer" les services funéraires ?
- Quelle sera l'ampleur de la "nouvelle vague de décès" redoutée ?
- Quelles mesures les autorités prendront-elles pour soutenir les services funéraires ?




