La fin d’un mythe ? Une étude révèle que les marchés de prédiction ne reposent pas sur la « sagesse des foules »
Les marchés comme Polymarket fonctionnent grâce à une minorité de traders qualifiés qui captent plus de 30% des gains
L'essentiel
- Une étude de la London Business School et de Yale analysant 1,72 million de comptes sur Polymarket (2023-2025) démontre que seulement 3,14% des utilisateurs présentent une compétence réelle.
- Cette minorité capte plus de 30% des gains totaux alors qu’elle représente moins de 3,5% des comptes.
- Les chercheurs ont identifié 1 950 comptes suspects et révèlent que la précision des prévisions repose sur un transfert de valeur des participants non informés vers une élite de traders capables de traiter l’information complexe.
Résumé généré par IA
Pourquoi c'est important
Les marchés de prédiction comme Polymarket ont connu une croissance rapide, atteignant des volumes de transactions significatifs. Le concept traditionnel de « sagesse des foules » suggère que les prédictions collectives sont plus précises que les individuelles.
Le fonctionnement des marchés de prédiction, très en vogue actuellement, repose traditionnellement sur le concept de la « sagesse des foules ». Pourtant, un document de travail publié ce mois-ci par des chercheurs de la London Business School et de l'université de Yale nuance cette analyse.
En examinant l'intégralité des transactions effectuées sur la plateforme Polymarket entre 2023 et 2025, l'étude démontre que l'exactitude des prévisions ne provient pas d'une intelligence collective globale, mais d'une minorité de traders particulièrement qualifiés. Ce groupe restreint, bien que numériquement faible, assure la majeure partie de la découverte des prix sur les 210 322 marchés analysés.
L'analyse de 1,72 million de comptes révèle que seulement 3,14 % des utilisateurs présentent des caractéristiques de compétence réelle. Ces « gagnants qualifiés » parviennent à anticiper les mouvements de prix à court terme ainsi que les résultats finaux de manière systématique. Contrairement à la majorité des participants, ce groupe affiche une persistance de performance notable : environ 44 % de ces traders conservent leur statut de performeur d'une période à l'autre, un taux bien plus élevé que celui observé chez les gestionnaires de fonds mutuels actifs, qui se situe autour de 10 %.
Cette minorité, en incluant les teneurs de marché (market makers), capte plus de 30 % des gains totaux de la plateforme, alors qu'elle représente moins de 3,5 % des comptes. À l'opposé, les pertes agrégées sont absorbées par environ 67 % des utilisateurs, classés comme non informés ou malchanceux.
Les chercheurs soulignent également que le profit brut reste un indicateur trompeur de compétence. En effet, seulement 12 % des plus gros gagnants en valeur absolue appartiennent au groupe des traders qualifiés, une grande partie des bénéfices restants étant attribuable à des facteurs de chance non reproductibles sur le long terme.
L'étude s'est également penchée sur le rôle de l'information confidentielle et du trading d'initiés. Les auteurs ont identifié près de 1 950 comptes dont le comportement est jugé suspect, caractérisés par une création juste avant un événement spécifique et une inactivité immédiate après sa résolution. Ces profils influencent les prix de manière 7 à 12 fois plus agressive par dollar investi que les traders qualifiés habituels.
Bien que ces acteurs génèrent des profits importants sur des événements isolés, leur activité reste trop concentrée pour constituer le moteur principal de la précision globale de la plateforme sur la durée. Toutefois, la capacité des traders qualifiés à réagir instantanément aux annonces économiques ou institutionnelles demeure le facteur clé de l'efficacité du marché. En ajustant leurs positions dans le sens de la nouvelle information, ils intègrent les données dans le prix bien plus rapidement que les autres participants.
Cette dynamique confirme que la fiabilité des prédictions sur ces plateformes, dont le volume de transactions a atteint 1,98 milliard de dollars en décembre 2025, repose sur un transfert de valeur des participants non informés vers une élite capable de traiter l'information complexe.
Questions ouvertes
- Quelles sont les caractéristiques spécifiques des traders qualifiés ?
- Comment la plateforme pourrait-elle réagir à ces conclusions ?
- Le modèle de Polymarket est-il reproductible sur d'autres plateformes ?





