La Russie facilite la délivrance de passeports russes aux habitants de Transnistrie
L'essentiel
- La Russie facilite la délivrance de passeports russes aux habitants de Transnistrie, une région moldave sécessionniste.
- Cette décision rappelle des politiques similaires en Ukraine et en Géorgie, suscitant des inquiétudes quant aux motivations de Moscou.
Résumé généré par IA
Pourquoi c'est important
La Russie a signé un décret facilitant la délivrance de passeports russes aux habitants de Transnistrie, une région moldave sécessionniste. Cette politique rappelle des actions similaires menées par Moscou en Ukraine et en Géorgie dans des territoires occupés ou contrôlés de facto. La Transnistrie, une fine bande de terre à la frontière avec l'Ukraine, abrite une garnison russe depuis 1992 et compte environ un demi-million d'habitants.
Une politique de délivrance de passeports qui rappelle ce que la Russie a déjà fait par le passé dans les territoires qu’elle occupe en Ukraine ou en Géorgie. Cette fois, c’est en Moldavie, dans la région partiellement russophone et de facto autonome de Transnistrie, cette fine bande de terre située à la frontière avec l’Ukraine, où stationne depuis 1992 une garnison permanente de quelques centaines de soldats russes. Si Moscou ne reconnaît pas officiellement la «République moldave du Dniestr» - le nom complet de ce proto-État apparu dès 1990 lors de l’implosion de l’URSS - et considère que la Transnistrie fait bien partie de la Moldavie, Vladimir Poutine a signé ce vendredi 15 mai un décret facilitant la délivrance de passeports russes à ses habitants.
Concrètement, précise le texte cité par le journal russe Kommersant, le demi-million d’habitants de Transnistrie n’auront pas besoin de répondre à trois critères normalement nécessaires pour obtenir la nationalité russe : habiter depuis au moins cinq ans en Russie ; parler russe ; connaître l’histoire de la Russie et les bases de sa législation. «Les demandes de citoyenneté russe doivent être déposées auprès d’une mission diplomatique ou d’un consulat russe», ajoute le quotidien russe qui précise que le décret a été signé «afin de protéger les droits et libertés de l’homme et du citoyen».
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Politique de passeportisation
La présidente de la Moldavie, Maia Sandu, y voit une raison plus prosaïque et nettement moins noble. «Concernant le décret publié par Poutine, ils ont probablement besoin de plus de monde à envoyer en Ukraine pour la guerre», a déclaré ce samedi la dirigeante moldave lors d’une conférence de presse à Tallinn en Estonie, selon un journaliste du Kyiv Independent présent sur place. «Depuis le début de la guerre, la plupart des habitants de la région ont opté pour la citoyenneté moldave car ils se sentaient plus en sécurité en ayant la citoyenneté de la République de Moldavie plutôt que celle de la Russie», a ajouté la présidente.
Igor Delanoë, directeur-adjoint de l’Observatoire franco-russe, chercheur associé à l’IRIS et enseignant à Sciences Po Paris, évoque une «impression de déjà-vu». Dès 2014 avec l’annexion de la Crimée et la première guerre du Donbass, la Russie a mené une intense politique informelle de «passeportisation» dans les territoires occupés. Un décret quasi identique à celui d’aujourd’hui a été signé dès avril 2019 pour simplifier la délivrance de passeports russes dans les républiques populaires de Donetsk et Lougansk, annexées par la Russie à l’automne 2022. Le 4 mars 2026, Poutine a encore signé un décret étendant de manière indéfinie dans le temps la procédure simplifiée de naturalisation pour les habitants des territoires occupés de Donetsk, Lougansk, Kherson et Zaporijjia.
«Ne pas perdre un autre conflit gelé»
En Géorgie, où la Russie contrôle de facto (sans les reconnaître officiellement) les républiques d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie (les deux seules entités au monde à reconnaître la Transnistrie), la «passeportisation» existe depuis la guerre de 2008. Le 17 mai 2025, il y a un an, Vladimir Poutine signait là encore un décret simplifiant l’obtention de la citoyenneté russe pour les citoyens de ces deux territoires séparatistes, avec les trois mêmes critères que ceux mentionnés cette année pour la Transnistrie.
Cela signifie-t-il pour autant que la Russie cherche de la «chair à canon» pour la guerre en Ukraine ? La réalité est probablement autre, comme le remarque sur X le chercheur Dionis Cenuşa, membre du «Eastern Europe Studies Centre» au sein du prestigieux think tank britannique RUSI : «Presque tous les résidents de Transnistrie qui vivaient dans la région séparatiste et souhaitaient obtenir la citoyenneté russe l’ont fait avant 2022. Ceux qui ne l’ont pas fait sont quelques milliers de réfugiés ukrainiens qui se sont retrouvés dans la région à cause de la guerre. En d’autres termes, la simplification de la passeportisation ne vise pas à augmenter le nombre de citoyens russes en Transnistrie».
Questions ouvertes
- Quelles sont les véritables motivations de la Russie derrière cette nouvelle politique de passeportisation en Transnistrie ?
- Quel sera l'impact concret de ce décret sur les relations entre la Moldavie et la Russie ?
- La Transnistrie pourrait-elle devenir un nouveau point de tension dans le conflit ukrainien ?
- Quelle sera la réaction des autres pays européens face à cette décision russe ?





