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Le Festival de Cannes met l'Histoire à l'honneur
Culture
France Info18.05.2026Culture5 dk okumaFrance

Le Festival de Cannes met l'Histoire à l'honneur

L'essentiel

  • Le Festival de Cannes 2024 met en lumière l'Histoire, avec de nombreux films sur la Seconde Guerre mondiale et d'autres conflits.
  • Cette tendance s'explique par l'instabilité mondiale actuelle et les réécritures historiques.

Résumé généré par IA

Pourquoi c'est important

The Festival de Cannes is featuring a significant number of films dealing with historical conflicts, particularly World War II. This trend is seen as a response to the current global uncertainty and the erosion of international order.

Taille de police

Un voyage dans l’Allemagne en ruines de 1949. Le parcours d’un petit fonctionnaire du régime de Vichy. Les derniers jours de la vie de Jean Moulin. Trois des films en compétition pour la Palme d’or s’emparent de la Seconde Guerre mondiale, un quatrième se passe dans les tranchées de 1916, un autre en partie pendant la guerre civile espagnole. L’Histoire s’invite au Festival Cannes cette année.

Dès la présentation de la sélection, jeudi 9 avril, la présidente du festival a donné le ton. "Les nouvelles qui nous parviennent du monde sont tout sauf rassurantes [...]. Mais le Festival de Cannes est né dans un moment de grande incertitude, en 1939 exactement", a rappelé Iris Knobloch en préambule, "et c'est précisément pour cette raison-là qu'il a été créé. Parce que dans ces moments-là, rassembler des films et des artistes du monde entier, ce n'est pas un luxe, c'est une nécessité."

Dans ce monde à nouveau incertain, le cinéma a ressenti le besoin de convoquer le passé pour mieux éclairer le présent. Hors compétition aussi, la liste des films historiques est longue. Parmi les synopsis : le génocide rwandais, l’héritage de Che Guevara. Mais aussi le destin du général de Gaulle ou le sauvetage d’enfants juifs à Vénissieux. La Seconde Guerre mondiale paraît décidément omniprésente dans cette sélection.

"Pas tant que ça, si l'on compare avec le Festival de Cannes de 1946, qui comptait plus de films sur ce thème", sourit l'historienne Sylvie Lindeperg. Ses recherches portent sur les liens entre cinéma et histoire, en particulier celle de la Seconde Guerre mondiale. "Contrairement à d'autres conflits, elle demeure le modèle de ce qu'on appelle une guerre juste et symbolise l'affrontement du bien contre le mal. Ce sujet a toujours attiré les cinéastes... Mais il connaît, par vagues, des moments de regain. On assiste incontestablement aujourd’hui à l’un de ces moments".

Mépris du droit international

Pour l’historienne, plusieurs raisons expliquent cette vogue des films historiques aujourd’hui. D’abord l'effondrement en direct de l’ordre mondial issu de 1945. "Nous sommes les témoins de la liquidation des principes du droit international et de ses instances de régulation", précise Sylvie Lindeperg. "Les idéaux portés par l'ONU sont remis en cause, tout comme l'héritage du procès de Nuremberg, qui fut la pierre fondatrice de la justice internationale et criminalisa la guerre d'agression".

Ce mépris du droit international s’accompagne d’une instrumentalisation de l’Histoire de la guerre par certains régimes autoritaires, Russie en tête. "Poutine en fait une arme idéologique au prix d'une réécriture totalement biaisée de ce que les Russes appellent la Grande Guerre patriotique. Cela réveille la capacité de la Seconde Guerre mondiale à réarmer notre présent. Quand les cinéastes parlent d'histoire, ils parlent évidemment du présent. »

"C'est important que l'on regarde ce passé en face"

C'est tout particulièrement vrai en France, où l’actualité politique est venue s’ajouter à cette toile de fond internationale. "La période de la guerre et de l'occupation fait de nouveau l'objet d'un contre-récit véhiculé par l'extrême droite, qui s’oppose au récit officiel porté par les pouvoirs publics à l'occasion des grandes commémorations. Je pense en particulier à l'offensive menée par Éric Zemmour qui conduit à falsifier l'histoire de Vichy. Cet environnement influe sur la lecture qui est faite des films et peut-être aussi sur leur réalisation."

C'est manifestement le cas de Notre Salut d'Emanuel Marre, en compétition officielle. Le réalisateur s'est inspiré de l'histoire de son arrière-grand-père, Henri Marre, devenu fonctionnaire du régime de Vichy. "Un parcours humain" confiait Emmanuel Marre pendant le tournage, il y a tout juste un an. "Ce n'était pas que les nazis et les résistants, il y a aussi eu des gens qui se sont accommodés, il y a eu toutes les nuances. C'est important que l'on regarde ce passé en face." Mais son film parle aussi du présent, car il "permet de penser les moments de durcissement politique", assume le réalisateur.

Même démarche chez Daniel Auteuil, bouleversé par l'histoire du sauvetage de 108 enfants juifs à Vénissieux en 1942. L'acteur et réalisateur affirme ne pas être "quelqu'un d'engagé", mais il reconnaît que La Troisième nuit, présenté à Cannes hors compétition, a une forte résonance aujourd'hui. "Dans le film, on voit ces deux personnages sauver des personnes de la déportation en utilisant à leur profit la réglementation officielle de Vichy", expliquait-il pendant le tournage en décembre 2025. "Il a toujours existé des personnes conscientes que ce qu’on leur demandait de faire n’était pas très louable, et qui ont désobéi. [...] L’important, c’est comment chacun réagit par rapport à l’Histoire."

Les choix d'un personnage confronté aux soubresauts de l'Histoire. À Cannes, ce thème est le plus souvent abordé au travers de figures ayant réellement existé : Gilbert Lesage et l'abbé Glasberg pour La Troisième nuit, le général de Gaulle chez Antonin Gaudry, Jean Moulin pour le film de László Nemes, l'écrivain Thomas Mann dans le Fatherland de Pawel Pawlikowski. Ce prisme "biographique" est un marqueur de notre époque pour Sylvie Lindeperg. "Dans l'immédiat après-guerre, le cinéma a privilégié l'exaltation du collectif, l'image d'un peuple en arme luttant pour sa libération", rappelle l'historienne. "La question de l'incarnation de grandes figures historiques émerge sous la République gaullienne, avec Paris brûle-t-il? notamment. Elle est devenue prédominante dans les années 1990."

Aujourd'hui, le biopic permet de rendre l'Histoire plus vivante, plus accessible au grand public... Mais elle en fait aussi un sujet sensible pour les cinéastes, forcément tiraillés entre vérité historique et liberté artistique. "À partir du moment où on parle de personnages ayant existé, l'exigence de rigueur est nécessairement plus grande", résume Sylvie Lindeperg, "et les historiens se trouvent érigés en instances sinon de contrôle, du moins de vérification. En particulier lorsque les réalisateurs abordent des sujets toujours inflammables, comme l'Occupation et la collaboration."

En témoigne la récente polémique autour du film Les Rayons et les ombres de Xavier Giannolli, très critiqué par certains historiens pour ses imprécisions historiques, malgré la présence d'une conseillère scientifique sur le tournage. Bien conscient des tensions autour de cette période, László Nemes veut d'emblée déminer le terrain pour son film, Moulin : "Ce n'est pas une reconstitution historique." tient à préciser le réalisateur au micro de RCJ, la Radio de la communauté juive. "On a scénarisé d'une manière très respectueuse ce qu'on sait mais il y a plein de choses qu'on ne sait pas. Et on a vraiment fait les 10 derniers jours de Jean Moulin. Donc c'est extrêmement focalisé. On n'est pas du tout dans la reconstitution [...]."

Nul doute que son film, sera malgré tout, comme les autres, scruté de près. Un risque qui ne décourage pas des cinéastes inlassablement attirés par la dramaturgie de l'Histoire.

Questions ouvertes

  • How will these historical films be received by the public and critics?
  • What is the long-term impact of this historical focus on cinema?
  • Will the current geopolitical climate influence the interpretation of these films?
  • How will filmmakers balance historical accuracy with artistic freedom?

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This article was originally published by France Info.

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