Moyen-Orient : le conflit Iran-États-Unis s'intensifie après la rupture d'une trêve
L'essentiel
- Trois semaines après une trêve fragile, le conflit au Moyen-Orient a repris de l'intensité.
- L'Iran a fermé le détroit d'Ormuz après avoir tiré sur un navire, provoquant des frappes américaines en représailles.
- La tension monte alors que le président Trump qualifie l'Iran de "pays malade".
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Pourquoi c'est important
Après trois semaines d'une fragile trêve, le conflit au Moyen-Orient a repris en intensité. L'Iran a annoncé la fermeture du détroit d'Ormuz après avoir tiré sur un navire, provoquant des frappes américaines en représailles.
Après trois semaines d'une fragile trêve, le conflit au Moyen-Orient a repris en intensité ces derniers jours. L'Iran a annoncé, dimanche 12 juillet, la fermeture "jusqu'à nouvel ordre" du détroit d'Ormuz après avoir tiré sur un navire qui empruntait une "route non autorisée". Les Etats-Unis ont lancé une nouvelle série de frappes en représailles.
Les deux pays s'accusent mutuellement de violer l'accord de trêve signé le 17 juin à Versailles pour permettre la reprise du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz. Fin juin déjà, accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires, les Etats-Unis avaient bombardé le pays en retour, tandis que l'Iran avait répliqué en attaquant ses voisins du Golfe, le Koweït et Bahreïn. Les deux pays s'étaient ensuite mis d'accord sur une pause des hostilités.
Mais la tension est à nouveau montée d'un cran mardi, quand les Etats-Unis ont annoncé avoir lancé "des frappes puissantes" contre la République islamique, en réponse à des attaques de trois navires dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial du pétrole.
"Ce sont des menteurs"
Quelques heures après ces bombardements américains, les Gardiens de la Révolution lancent une nouvelle opération de représailles, précisant avoir frappé 85 installations situées sur des bases militaires américaines au Koweït et à Bahreïn, à l'aide de missiles et de drones. L'armée iranienne rapporte alors avoir ciblé la base aérienne de Cheikh Isa (Bahreïn) "en représailles à l'agression de l'ennemi américain" et à ce qu'elle considère comme une violation du protocole d'accord.
Cette reprise de frappes s'invite au sommet de l'Otan qui s'ouvre mardi, à Ankara (Turquie). En marge de la réunion, Donald Trump estime, lors d'une prise de parole devant des journalistes, que le cessez-le-feu conclu avec l'Iran est désormais "terminé". "C'est simplement une perte de temps de négocier avec eux, ce sont des menteurs", déclare-t-il alors, qualifiant également la République islamique de pays "malade" et de "cancer".
Les propos de l'imprévisible président, coutumier des volte-face, font rapidement bondir les cours du pétrole de plus de 5%, d'autant que Washington rétablit ses sanctions économiques sur le brut iranien, qui avaient été levées par le protocole d'accord du 17 juin.
Six mille marins bloqués dans le Golfe
"Tout soutien apporté à l'armée américaine agressive pour violer la souveraineté et le territoire de l'Iran islamique sera une cible légitime des forces armées", prévient mercredi Téhéran, qui accuse régulièrement ses voisins du Golfe d'autoriser des attaques depuis leur territoire. "La responsabilité (...) de cette escalade des tensions incombe au régime américain", fustige le ministère des Affaires étrangères iranien. Le Koweït exprime "sa plus ferme condamnation des attaques répétées et illicites de l'Iran", qui "compromettent" les efforts "de désescalade en cours", tandis que le Qatar, l'un des pays médiateurs entre l'Iran et les Etats-Unis, dénonce lui aussi des attaques iraniennes "injustifiées", appelant "à poursuivre la voie du dialogue". La Chine avertit pour sa part qu'une "reprise des hostilités" n'est "dans l'intérêt" de personne.
Mais le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, estime que ces frappes sont "absolument nécessaires", jugeant "totalement crucial que les Etats-Unis réagissent avec fermeté". L'Organisation maritime internationale (OMI), agence de l'ONU chargée de la sécurité, évalue mercredi à 6 000 le nombre de marins toujours bloqués dans le Golfe. "Ces attaques ne font qu'exacerber la peur, l'incertitude et la détresse psychologique" qu'ils subissent, "incapables de quitter le golfe Persique en toute sécurité", s'indigne l'OMI dans un message condamnant la reprise des hostilités.
Mais les frappes américaines se poursuivent dans la nuit de mercredi à jeudi. L'armée précise avoir frappé quelque 90 cibles militaires iraniennes, parmi lesquelles des systèmes de défense antiaérienne, des installations de surveillance côtière et des sites de stockage de missiles et de drones sur la côte sud de l'Iran. L'objectif : "Dégrader davantage la capacité de l'Iran à s'en prendre au transport maritime commercial et à d'innocents marins civils dans le détroit d'Ormuz." Au total, 17 personnes sont tuées et 115 blessées dans les frappes américaines, selon le ministère de la Santé iranien.
La République islamique accuse Washington d'avoir aussi ciblé des infrastructures civiles afin d'empêcher les fidèles de se rendre aux funérailles nationales de l'ayatollah Ali Khamenei, tué à 86 ans le 28 février, au premier jour de la guerre. Des ponts et la liaison ferroviaire entre Téhéran et Machhad, lieu de l'inhumation du guide suprême, ont ainsi été touchés, selon les Gardiens de la Révolution.
"Pas de compromis avec les assassins !" scande une marée humaine d'Iraniens, sur le passage du cercueil d'Ali Khamenei vers sa dernière demeure, animée par une soif de vengeance, relatent des journalistes de l'AFP sur place. Une vaste banderole déployée sur la façade d'un immeuble proclame : "Nous allons tuer Trump", tandis qu'une autre promet une récompense de 100 millions de dollars pour la mort du président américain.
Un plan d'assassinat de Donald Trump fuite dans la presse
Jeudi soir, l'armée israélienne se dit prête à attaquer l'Iran "une troisième fois si nécessaire" et "plus durement encore". Quelques heures après, le cabinet de Benyamin Nétanyahou annonce que le Premier ministre israélien s'est entretenu avec Donald Trump. Plusieurs médias américains, dont le Wall Street Journal, précisent en parallèle qu'Israël a transmis à Washington des informations de ses services de renseignement selon lesquelles l'Iran prépare un nouveau plan pour assassiner Donald Trump.
Interrogée par l'AFP, la Maison Blanche ne dément pas, renvoyant simplement vers des déclarations de Donald Trump datant de la veille. Mercredi soir, le président américain a quitté le sommet de l'Otan en Turquie avec l'ancien avion présidentiel, et non le nouveau offert par le Qatar, pour des raisons de sécurité, selon le New York Times.
"Détruire complètement toutes les régions d'Iran"
L'accalmie revient dans la nuit de jeudi à vendredi, marquée par une absence d'attaques des deux côtés. Une délégation du Qatar, pays médiateur entre Téhéran et Washington, arrive dans la journée de vendredi en Iran pour des pourparlers. Dans le même temps, l'Egypte et le Qatar exhortent les deux pays ennemis à relancer leurs négociations.
Donald Trump déclare de son côté avoir accepté de continuer les discussions avec la République islamique pour mettre un terme à la guerre. Il renoue toutefois avec son ton martial vendredi soir, en promettant une nouvelle fois d'anéantir l'Iran. "Les ordres ont déjà été donnés, et l'armée américaine est prête, disposée et capable, pendant une période d'un an, susceptible d'être prolongée, de décimer et de détruire complètement toutes les régions d'Iran", écrit le président américain sur Truth Social.
Samedi après-midi, le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, jure de venger la mort de son père, Ali Khamenei. Dans un texte daté de vendredi, il s'engage à venger "le sang pur" de l'ancien dirigeant ainsi que celui "de tous les martyrs" des "deux guerres" ayant opposé l'Iran à Israël et aux Etats-Unis. Les noms des personnes visées "figurent sur une liste", assure-t-il.
L'Iran avertit par ailleurs qu'il ne se considérera plus tenu par l'accord conclu avec les Etats-Unis si Washington continue selon lui d'en violer les termes, relaie samedi la télévision d'Etat, rapportant les propos du représentant iranien aux Nations unies, Amir Saeid Iravani.
Le détroit d'Ormuz "fermé jusqu'à nouvel ordre"
Dans la nuit de samedi à dimanche, les hostilités entre les deux ennemis jurés s'aggravent brutalement. "Le détroit d'Ormuz sera fermé jusqu'à nouvel ordre et jusqu'à la fin des interventions américaines dans cette région", écrivent les Gardiens de la Révolution, qui lancent des missiles et des drones contre leurs voisins du Golfe, en représailles à de nouvelles frappes américaines. Celles-ci sont intervenues après l'attaque par les forces iraniennes d'un navire marchand qui a été abandonné en flammes par son équipage dans le détroit d'Ormuz.
Au Koweït et aux Emirats arabes unis, les autorités disent faire face dimanche matin à des attaques aériennes. Les Gardiens de la Révolution déclarent dans un communiqué, cité par les médias officiels, qu'ils ont visé une base aérienne américaine au Qatar "en réponse aux attaques continues" des Etats-Unis. "Nous les avons frappés très fort hier soir. Nous avions un accord avec eux hier. Ils cédaient sur tout, et d'un coup, deux heures après ça, ils ont frappé un navire avec un drone", a déclaré, dimanche, le président américain à CNN par téléphone.
Lors de la signature de leur protocole d'accord le 17 juin, assorti d'un cessez-le-feu, Washington et Téhéran s'étaient donné 60 jours pour trouver une fin durable à la guerre déclenchée le 28 février par une attaque israélo-américaine contre l'Iran. Cette perspective d'apaisement entre les deux pays semble désormais bien loin.
À surveiller
Perspective IA — des possibilités, pas des certitudes
Les hostilités entre l'Iran et les États-Unis vont s'intensifier.
Très probable · En quelques jours
Le détroit d'Ormuz restera fermé ou sera sujet à des perturbations majeures.
Probable · En quelques semaines
Questions ouvertes
- Quelle sera l'ampleur des représailles futures ?
- L'accord de trêve sera-t-il définitivement rompu ?
- Quel sera l'impact sur le trafic maritime mondial ?




