Pedro Almodóvar revient à Cannes avec "Autofiction", son 24e long-métrage
L'essentiel
- Pedro Almodóvar présente "Autofiction" à Cannes, son 24e film, une œuvre introspective explorant le deuil, la création et le temps qui passe.
- Le réalisateur madrilène, jamais Palme d'Or, y dépeint un cinéaste en crise d'inspiration.
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Pourquoi c'est important
Pedro Almodóvar, a celebrated Spanish director, is returning to the Cannes Film Festival with his 24th feature film, "Autofiction." Known for his previous successes like "Todo sobre mi madre" and "Volver," Almodóvar has never won the prestigious Palme d'Or. "Autofiction" is described as an introspective film that blends reality and fiction to explore themes of grief, creation, and the passage of time.
À 76 ans, le réalisateur madrilène est de retour sur la Croisette avec Autofiction, son 24e long-métrage. Lauréat du Prix de la mise en scène pour Tout sur ma mère en 1999 et du Prix du scénario pour Volver en 2006, Pedro Almodovar fait partie des grands habitués du festival, mais il n'a jamais décroché la Palme d'or.
Deux ans après La Chambre d'à côté, un plaidoyer sensible et féminin sur le suicide assisté, il brigue une nouvelle fois la récompense suprême avec ce film introspectif qui entremêle réalité et fiction pour parler du deuil, de la création et du temps qui passe. La sortie en salles est prévue mercredi 20 mai, lendemain de sa présentation en compétition au Festival de Cannes.
Raul (Leonardo Sbaraglia), réalisateur "culte" est en pleine crise d'inspiration. Il essaie d'écrire mais n'a pas réalisé de film depuis cinq ans. Quand Monica (Aitana Sanchez-Gijon), sa fidèle assistante, lui annonce qu'elle va prendre congé de lui quelque temps pour se consacrer à son amie, en deuil après la perte d'une enfant, Raul compatit, avant de s'emparer de ce drame pour nourrir le scénario qu'il est en train d'écrire.
Elsa, le personnage principal de son histoire, est une réalisatrice culte passée à la pub, prise de migraines et de crises de panique. Son amoureux, Bonifacio (Patrick Criado), un strip-teaseur plus jeune qu'elle, est aux petits soins, mais rien n'y fait. Elle part en vacances à Lanzarote avec son amie Patricia (Victoria Luengo) et son petit garçon, et se remet à écrire pour le cinéma.
Film dans le film, dans le film, dans le film...
Avec ce nouveau film, Pedro Almodovar dresse un autoportrait qu'il compose dans un jeu de mise en abyme. Un réalisateur écrit sur un réalisateur, qui écrit sur une réalisatrice, qui écrit un scénario. Almodovar tricote ces différentes dimensions dans une forme labyrinthique qui nourrit une réflexion sur lui-même, sur son travail, sur la création, sur le temps qui passe, sur le deuil et sur les connexions entre ces différents éléments.
Comment continuer à créer quand le temps a passé, quand on est devenu un "cinéaste culte" et qu'on a déjà fait tout ce qu'on a fait ? Comment faire du neuf ? Le film est traversé par toutes ces questions qui convergent vers un centre, l'écriture, et le travail d'un cinéaste obsessionnel que son ouvrage semble avoir totalement absorbé, coupé du monde qui l'entoure et de lui-même. Un créateur autocentré, humainement desséché.
Les mots franchement prononcés par son assistante sur ce qu'elle pense de lui et de son travail ("Tu es complaisant avec toi-même", "Tu ne peux pas vivre éternellement de ton prestige", Tu nous vampirises et ça ne donne même pas un bon scénario !") vont faire l'effet d'un électrochoc.
"Profite des choses, sors, vis, il n'y a pas que la réalisation dans la vie !", suggère Monica. Cet échange direct avec son assistante et amie va provoquer chez Raul le surgissement d'un nouvel élan créatif et par la même occasion un retour à la vie, à un élan vital qui semblait s'être asséché dans son nombril. Cette dimension introspective et réflexive est teintée d'autodérision, d'humour, mais aussi d'une sorte de mélancolie.
Car il est ici question de deuil, au sens propre, avec la perte d'un enfant pour les unes, celle d'une mère pour les autres, mais aussi dans un sens plus allégorique et plus large, avec le deuil d'une vie passée, "qu'on a aimée". Un deuil nécessaire pour construire du neuf et du vivant, malgré le temps qui passe et l'âge qui avance. À ce titre, ce nouveau film d'Almodovar contient tous ses films et toute son œuvre, avec en arrière-plan des scories de la Movida, le sexe, la drogue, la nuit, la fête… Tout un monde qui a laissé des traces, visibles dans les décors, dans le casting, dans les corps, dans une certaine esthétique, ou encore dans la bande-son, mais qui d'une certaine manière, est sorti du champ.
La renaissance
Cette réflexion sur un réalisateur en crise, avec un retour sur le passé, le réalisateur madrilène l'avait déjà explorée dans Douleur et gloire, présenté en compétition à Cannes en 2019. Au-delà de la dimension artistique et cinématographique, ce nouveau film questionne plus largement sur le sens de la vie, et tend à cet égard vers l'universel. On pense à un court roman d'Annie Ernaux, Le Jeune Homme, qui raconte une histoire d'amour entre une femme de 50 ans et un jeune homme. Une histoire qui suggère une réflexion sur ce temps qui passe et qui fait résonner, l'âge avançant, chaque nouvel événement comme une redite, comme un écho, à la vie toute la saveur de la nouveauté. Comment sortir de cette impasse, comment retrouver les émotions ailleurs que dans la réminiscence, comment trouver la ressource pour regagner la sensation du neuf, vitale ? C'est ce que raconte ce film de Pedro Almodovar, qui partant d'une autofiction, livre un plaidoyer pour le décentrage, pour l'ouverture au monde et à l'autre (quitte à le vampiriser).
Essentiellement réalisé en plans fixes parfaitement composés, avec une esthétique épurée qui joue les harmonies de couleurs et les mouvements lents, le film est mis en scène dans une sobriété ascétique, qui contraste avec ce scénario psychédélique. Le réalisateur s'amuse avec les entrelacements fictionnels, qui ouvrent une multitude de points de vue sur la même histoire, racontée par différents protagonistes, qui dessinent une géographie du deuil et du retour à la vie. Le cinéaste joue pour appuyer cette idée avec le rapport entre l'image et le texte, engrené à l'écran, qui guide l'action, comme si le film se réalisait en direct, de la page à l'écran, sous nos yeux, faisant apparaître le cinéaste comme un démiurge.
"Un cinéaste culte est un cinéaste pour qui le cinéma est devenu son sujet", explique Elsa au médecin qui la soigne pour ses crises d'angoisse. Le cinéma et la vie, la vie et le cinéma, sont indissociables pour Raul, comme pour Elsa, comme pour Pedro Almodovar. Ce film passionnant, qui réclame une attention sans faille, offrira-t-il au réalisateur espagnol sa première Palme d'or ?
La fiche
Questions ouvertes
- Will Pedro Almodóvar win the Palme d'Or for "Autofiction"?
- How will the film's complex narrative structure be received by critics and audiences?
- What specific autobiographical elements are present in the film?
- How does "Autofiction" compare to Almodóvar's previous works, particularly "Pain and Glory"?



