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Rachat d'actions : une pratique courante du capitalisme spéculatif
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Le Monde02.06.2026Business2 dk okumaFrance

Rachat d'actions : une pratique courante du capitalisme spéculatif

L'essentiel

  • Les entreprises du SBF 120 ont consacré 335 milliards d'euros au rachat de leurs propres actions entre 1999 et 2024.
  • Cette pratique, visant à augmenter artificiellement le bénéfice par action, est de plus en plus courante malgré les critiques théoriques.

Résumé généré par IA

Pourquoi c'est important

Les entreprises peuvent rémunérer leurs actionnaires en versant des dividendes ou en rachetant leurs propres titres. Le rachat d'actions, une fois annulées, réduit le nombre d'actions en circulation, augmentant mécaniquement le bénéfice par action (effet 'relutif'). Cette pratique est critiquée car elle améliore les rendements sans création de richesse réelle.

Taille de police

Gouvernance. Au-delà de leur verser un dividende, une entreprise peut rémunérer ses actionnaires en rachetant ses propres titres, puis en les annulant. Il y a alors moins d’actions en circulation, et le bénéfice par action des actionnaires restants augmente comme par magie. Cet effet, dit « relutif », soutient le cours de Bourse par une augmentation apparente du bénéfice par action, réalisée sans création de richesse supplémentaire.

Pourtant, elle reste très utilisée. Une étude de l’Institut français de gouvernement des entreprises (IFGE, Preuves à l’appui, 2026) mesure l’ampleur du phénomène. Entre 1999 et 2024, les entreprises du SBF 120 – l’indice qui regroupe les 120 valeurs principales d’Euronext Paris – ont consacré 335 milliards d’euros au rachat de leurs propres actions. La pratique était marginale après sa libéralisation en 1998 : 10 % des entreprises de l’indice y recouraient alors. Elles sont 76 % à le faire en 2024.

Les montants ont changé d’échelle : moins de 5 milliards d’euros en 1999, près de 31 milliards en 2024. Les trois quarts des rachats sont le fait de 21 entreprises. L’industrie et l’extraction concentrent près de 60 % des montants, TotalEnergies représentant à elle seule 60,3 milliards d’euros, soit 18 % du total. Le phénomène français paraît pourtant modeste au regard de celui des Etats-Unis, où, au cours de la même période, les vingt premières entreprises ont racheté 4 205 milliards d’euros d’actions.

Réalité hors champ

Le rachat d’actions demeure donc une pratique courante du capitalisme spéculatif. L’entreprise utilise ses résultats non pour accroître ses capacités productives, mais pour rendre plus flatteuse la valeur générée par son activité. Tout se passe comme si les profits étaient trop abondants pour ses besoins réels, au point d’être consommés pour annuler son propre capital ; ou comme si l’entreprise n’avait pas une vision assez crédible et suffisamment prometteuse de son avenir pour oser investir ses profits. Dans les deux cas, l’indicateur « bénéfice par action » est optimisé. Mais il l’est par escamotage du sous-jacent économique.

Questions ouvertes

  • Quelles sont les conséquences à long terme de cette pratique sur l'économie réelle ?
  • Existe-t-il des régulations plus strictes pour encadrer les rachats d'actions ?
  • Comment les marchés financiers réagissent-ils à cette optimisation du BPA sans création de valeur sous-jacente ?

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This article was originally published by Le Monde.

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