Revivez la première journée de la visite de Léon XIV en Algérie
Pourquoi c'est important
La visite du pape Léon XIV en Algérie est la première d'un souverain pontife dans ce pays à majorité musulmane. Elle intervient dans un contexte de relations complexes entre l'Algérie et la France, et de préoccupations concernant la liberté religieuse et le traitement des minorités chrétiennes.
Que retenir de la première journée historique d’un pape en Algérie ? Ses déclarations dans l’avion filant de Rome vers Alger, où Léon XIV a répondu à l’agression verbale du président Trump ? Son sourire radieux malgré les visages fermés du « peuple algérien » - à savoir deux cents représentants, presque indifférents, froids à son discours ?
La fierté et la joie du président algérien, Abdelmadjid Tebboune, qui a présenté, en son palais, un à un en une longue procession - inédite dans les voyages pontificaux - tous les ambassadeurs présents en Algérie, à l’exception du représentant de la France ? L’image d’un pape catholique visitant la monumentale « Grande Mosquée d’Alger » ?
Ou, peut-être, la plénitude spirituelle, en fin d’après-midi, dans la majestueuse basilique Notre-Dame-d’Afrique, à Alger, lors de la rencontre du successeur de Pierre avec le « petit troupeau » catholique ? Et, dans le même registre, la visite discrète, hors caméra, de Léon XIV, religieux augustin, chez les sœurs augustines du quartier Bab el-Oued, où deux d’entre elles furent assassinées par balle le 8 mai 1994. Sans saint Augustin, évêque d’Hippone entre 354 et 430 et maître spirituel de ce pape, ce voyage n’aurait jamais eu lieu.
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Par Adam Arroudj, à Alger
Monseigneur Vesco, qui a prononcé une allocution devant le pape Léon XIV, a ensuite décrit une communauté œcuménique de fait. Nombreux des baptisés de ses paroisses sont membres d’Églises autres que catholiques dans leur pays d’origine. «Ensemble nous vivons un œcuménisme très concret et très naturel», a-t-il dit, saluant la présence dans la basilique de représentants des Églises orthodoxes, anglicanes, évangéliques et adventistes, «avec lesquels nous vivons une vraie fraternité». Il a ajouté ne pas oublier «nos frères du judaïsme, également présents dans cette assemblée».
Puis le cardinal a adressé au pape un salut particulier, au nom de ceux qui n’étaient pas là. «Je vous salue de la part de ceux qui suivent cette célébration depuis les cellules de la soixantaine de prisons que visitent régulièrement nos aumôniers et aumônières sur l’ensemble du territoire national, en très bonne entente avec l’administration pénitentiaire.» Parmi eux, «ces migrants en quête d’un avenir meilleur dont la vie prématurément usée échoue souvent au fond de la mer ou du désert». En quittant la basilique, Léon XIV devait se recueillir devant le cénotaphe consacré aux morts en mer et prier pour eux.
Le cardinal a conclu sur une note d’émotion, remerciant les autorités algériennes, la wilaya (préfecture), les élus locaux, les membres de la communauté qui «se sont dépensés sans compter» et tous ceux qui avaient voulu être là. «Nos cœurs sont brûlants, a-t-il dit au pape. La pluie ne parviendra pas à éteindre ce grand feu que vous allumez aujourd’hui.»
Par Adam Arroudj, à Alger
Dans la basilique Notre-Dame d’Afrique, dominant la Méditerranée depuis les hauteurs d’Alger, le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, encore mouillé par la pluie, a prononcé une allocution devant le pape Léon XIV. Il a commencé par l’inscription qui accueille les visiteurs de la basilique depuis le XIXe siècle : «Priez pour nous et pour les musulmans.» Une formule qui dit, selon lui, «la vocation maternelle de Marie pour l’humanité tout entière» – et donc aussi la vocation du lieu, qui «accueille tant de manifestations culturelles ou spirituelles, recueille tant de confidences, tant de vœux et de prières intimes qui sont le plus souvent ni spécialement musulmanes ou chrétiennes, mais profondément humaines».
C’est profondément ému que le cardinal a présenté au souverain pontife son Église. Une Église qu’il a décrite comme «mosaïque, composée de plusieurs dizaines de nationalités» : «Elle est bien de ce pays, l’Algérie, mais elle est aussi du monde entier.» Une Église d’un peuple «fier, accueillant et profondément croyant, façonné par un islam maghrébin ouvert à l’altérité». Un peuple «marqué récemment encore par une histoire douloureuse», en référence aux années 1990 marquée par dix années de terrorisme, dans laquelle dix-neuf membres de cette Église ont perdu la vie, que «tous les membres de l’Église avaient risquée en solidarité avec tout un peuple en résistance».
Ces dix-neuf martyrs d’Algérie, béatifiés en 2018, étaient présents en creux dans la basilique. Une icône du Christ ressuscité, destinée à la chapelle du monastère de Tibhirine, avait été placée dans l’église pour «manifester leur présence parmi nous aujourd’hui». Le pape devait la bénir en fin de célébration.
Une double tentative d’attentat a eu lieu ce lundi 13 avril en début d’après-midi à Blida, selon des images et les informations encore contradictoires circulant sur les réseaux sociaux, confirmées au Figaro par des sources locales. Cette ville de quelque 300.000 habitants se trouve à une cinquantaine de kilomètres au sud d’Alger, très quadrillée par le dispositif sécuritaire à l’occasion de la visite du pape Léon XIV.
Ces attaques n’ont pas été officiellement confirmées par les autorités algériennes. Alors que certains témoignages rapportent que les deux kamikazes auraient été tués par les forces de l’ordre, d’autres racontent qu’ils auraient eu le temps d’actionner leur ceinture explosive. L’Algérie n’avait pas connu d’attaque terroriste depuis 2017. Le 31 août, un kamikaze porteur d’une ceinture explosive avait tenté de pénétrer dans le quartier général de la police de Tiaret, à 350 km au sud-ouest d’Alger. Daesh avait revendiqué l’attaque, dans laquelle le kamikaze et deux policiers avaient été tués.
«Je pense que c’est une attaque à but médiatique (alors que l’Algérie accueille le pape pour une visite de deux jours, NDLR), probablement le fait d’un micro groupe ou de loups solitaires», analyse Akram Kharief, créateur du blog Menadefense.net et expert des questions militaires. Dans les années 1990, les maquis de l’Atlas Blidéen étaient parmi les plus actifs du pays et les plus proches d’Alger. La région figurait au cœur du «triangle de la mort», entre Blida, Médéa et Aïn Defla, fief du GIA pendant la décennie noire. Mais aujourd’hui, al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) compterait aujourd’hui moins de 1 000 membres, acculés par l’armée dans les maquis de Kabylie et le sud, selon le Centre national américain de lutte contre le terrorisme.
Par Adam Arroudj, à Alger
Au premier jour de sa visite en Algérie, le pape a exhorté lundi les autorités à «ne pas craindre» la participation populaire à la vie politique et économique et à promouvoir «une société civile vivante, dynamique et libre».
«La véritable force d’un pays réside dans la coopération de tout le monde à la réalisation du bien commun. Les autorités sont appelées non pas à dominer, mais à servir le peuple et son développement», a-t-il dit dans un discours prononcé en anglais devant un parterre de responsables, dont le président Abdelmadjid Tebboune.
«J’exhorte donc ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité dans ce pays à ne pas craindre cette perspective (de participation populaire, NDLR) et à promouvoir une société civile vivante, dynamique et libre, dans laquelle on reconnaît en particulier aux jeunes la capacité de contribuer à élargir l’horizon de l’espérance pour tous», a dit Léon XIV.
Depuis l’élan du mouvement prodémocratie Hirak en 2019, qui réclamait des réformes profondes et plus de transparence, les autorités algériennes ont repris le contrôle de l’espace public, dénoncent des ONG de défense des droits humains.
Le pays, où l’islam sunnite est religion d’État, reste traversé par des attentes fortes, notamment chez les jeunes, confrontés à un sentiment de manque de perspectives.
Pour son voyage en Algérie, le premier d’un pape, quel pays Léon XIV va-t-il trouver ? La trace chrétienne y est encore très visible. Depuis saint Augustin, évêque d’Hippone (Annaba), qu’il vient honorer, jusqu’à feu Mgr Claverie, évêque d’Oran, l’un des martyrs de la décennie noire. D’ailleurs, à Bab el-Oued, le souverain pontife visitera des religieuses augustines dont deux sœurs figurent parmi les victimes du fanatisme des années 1990, béatifiées en 2018.
Officiellement, l’Algérie a inscrit la liberté religieuse dans sa Constitution, mais, dans les faits, les entraves sont innombrables, parfois graves : les chrétiens évangéliques voient leurs églises fermées, des responsables emprisonnés pour « prosélytisme ». La situation de l’Église catholique y est plus facile. Mais, comme sur toute terre musulmane, il ne fait pas bon pour un croyant choisir une autre rive, celle du Christ. Surtout alors que le pays est traversé par un phénomène inédit : des milliers de migrants arrivent du Sud, poussés par le chaos au Sahel. Leur présence agace les autorités et bouscule la société. Parmi eux, beaucoup de catholiques, qui offrent à la communauté locale un regain inattendu.
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Par Adam Arroudj, à Alger
«Oui, je suis au courant de ce dossier.» Interpellé au sujet du cas de Christophe Gleizes dans l’avion vers Alger, par un journaliste de Paris Match, Arthur Herlin, qui lui a remis une lettre «de la part de sa rédaction», le pape Léon XIV ne s’est pas engagé davantage sur le sujet. Le journaliste sportif français de 36 ans spécialisé dans le football africain, a été condamné par la justice algérienne à sept ans de prison ferme pour «apologie du terrorisme», une peine confirmée en appel en décembre. Il avait été arrêté au printemps 2024 en Kabylie, où il couvrait l’histoire de la JSK et enquêtait sur la mort du footballeur camerounais Albert Ebossé.
Dans une discussion avec le père Michel, publiée au Figaro hier, Boualem Sansal a dit espérer que la visite soit «positive pour Christophe Gleizes, qui est en train de croupir en prison sans aucune raison». Le sujet irrite les autorités algériennes. La semaine dernière, les médias algériens s’étaient agacés de la visite d’Emmanuel Macron au Vatican. El Moudjahid et El Watan se sont interrogés sur les intentions du président français, soupçonné de vouloir «influer indirectement» sur le dossier Gleizes via le souverain pontife. À Paris, on assurait que cette rencontre était inscrite à l’agenda «de longue date», sans lien avec le calendrier algérien.
Philippine de Saint-Pierre, directrice générale de KTO, a commenté ce matin sur KTO : «Il ne s’agit pas pour l’Église catholique de porter un regard sous le prisme des relations franco-algériennes. Il s’agit d’une visite du successeur de Pierre à cette petite communauté catholique, moins de 10 000 personnes, et à l’ensemble du peuple algérien.»
Le cardinal Vesco, qui a rendu visite hier à Christophe Gleizes en prison s’est expliqué dans un entretien paru ce lundi matin dans Le Point. Ses propos – il avait qualifié Gleizes d’«anti-Sansal» sur une chaîne algérienne – avaient suscité une polémique en France. Il voulait souligner que Gleizes, contrairement à l’écrivain franco-algérien, n’était pas «en guerre» contre le régime. «J’ai senti chez certains la tentation de régler des comptes à travers Christophe, ce que je déplore», a ajouté celui qui est aussi archevêque d’Alger. Sylvie Godard, la mère de Christophe Gleizes, a transmis en décembre une demande de grâce au président algérien. Elle a déclaré hier sur France 2 : «Le pape ne va pas défendre le dossier individuel, mais il va délivrer un message de paix. C’est dans ce cadre-là qu’on peut espérer que peut-être le président Tebboune pourra entendre le message universel d’humanité du pape.»
Le journaliste a formé un pourvoi en cassation contre sa condamnation pour obtenir un nouveau procès.
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LE FIGARO. - Quelle signification peut prendre la visite de Léon XIV, pape augustinien, en Algérie, dans le pays de saint Augustin, aujourd’hui terre d’islam ?
Boualem SANSAL. - Cette visite aura une dimension politique. Cela sera une visite difficile pour le pape : des chrétiens, des évangéliques, des protestants sont persécutés en Algérie et il va falloir commencer par là. Il va entamer des discussions qui seront déjà balisées et fermées. On me dit que ses discours seront en langue anglaise. C’est dommage. En Algérie, on parle arabe ou français. Sinon, le pape doit faire ses discours en latin ! Le problème est que l’Église algérienne n’a aucun degré de liberté ni de marge de manœuvre. Cette visite a toutefois une forte dimension symbolique, et j’espère qu’elle sera positive pour Christophe Gleizes, qui est en train de croupir en prison sans aucune raison.
Père MICHEL. - En visitant Hippone, le pape ne visitera pas l’Algérie telle que le régime en place voudrait la décrire, mais une terre profondément romaine. L’Hippone de saint Augustin, c’est Rome sous le soleil, c’est le forum, le cirque, le théâtre, la grande civilisation de la Rome antique. L’Algérie du temps de saint Augustin, c’est la Côte d’Azur de l’Empire. Je crois que l’objectif du pape n’est absolument pas diplomatique. Il ne va pas négocier avec le pouvoir, il se rend en pèlerinage sur les traces de saint Augustin. Cela est manifeste dans son programme. Je pense qu’il veut délivrer un message à l’Église et au monde, car il est persuadé que nous vivons un temps similaire à celui de saint Augustin, c’est-à-dire la fin d’un monde, la fin d’une civilisation. Or Augustin nous donne les clés pour accoucher de la suite.
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Dès son arrivée en Algérie lundi pour une visite historique, le pape a appelé au «pardon» devant le «monument aux martyrs» d’Alger, où sont honorés les morts de la guerre d’indépendance contre la France (1954-1962).
Par un temps pluvieux, Léon XIV, visiblement ému, a déposé une gerbe de roses blanches devant le monument avant de s’y recueillir en silence quelques instants. «En ce lieu, rappelons-nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations», a-t-il déclaré en anglais, estimant que la «paix qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié n’est possible que par le pardon».
Tout en se disant conscient qu’il est «difficile de pardonner», le souverain pontife a estimé que «la véritable lutte pour la libération ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura été conquise». Il a appelé à ne «pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération», «alors que les conflits continuent de se multiplier partout dans le monde».
C’est presque un secret de conclave. Sitôt élu, le 8 mai 2025, Léon XIV est félicité par les cardinaux avant de se présenter au monde sur la loggia de la basilique Saint-Pierre. L’un d’eux n’est autre que le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, religieux dominicain de 64 ans d’origine française. Très ému par l’événement, il est aussi touché par un détail : la date d
À surveiller
Perspective IA — des possibilités, pas des certitudes
Le pape continuera d'appeler à la liberté religieuse et à la réconciliation lors de sa visite.
Très probable · En quelques jours
La visite pourrait entraîner une légère amélioration des relations entre l'Algérie et la France.
Possible · En quelques semaines
Le cas de Christophe Gleizes pourrait connaître une évolution suite aux appels du pape et de la communauté internationale.
Possible · En quelques mois
Questions ouvertes
- Quel sera l'impact de la visite du pape sur la situation des chrétiens en Algérie ?
- Le cas de Christophe Gleizes sera-t-il résolu suite à cette visite ?
- Comment la visite influencera-t-elle les relations diplomatiques entre l'Algérie et la France ?
- Quelle sera la réaction des autorités algériennes face aux appels à la liberté de participation populaire ?






