Star Wars : The Mandalorian and Grogu, un test pour Disney dans un contexte de banalisation
L'essentiel
- The Mandalorian and Grogu's cinema release is met with indifference, a far cry from past Star Wars marketing blitzes.
- Despite a $160M budget, it's the smallest for a Star Wars film since Disney's acquisition, raising questions about the franchise's future appeal beyond the original saga.
Résumé généré par IA
Pourquoi c'est important
The release of The Mandalorian and Grogu comes at a time when the Star Wars franchise, since its acquisition by Disney, has seen a dilution of its once-unparalleled cultural impact. Previous films and series have faced mixed reception, leading to a questioning of Disney's strategy.
Il y a bien longtemps, dans une galaxie pas si lointaine, la sortie d'un film de la saga Star Wars au cinéma était précédée d'une campagne de communication massive, d'un déferlement de produits dérivés et d'opération commerciales, en plus de fans trépignant d'impatience à l'idée de découvrir les rebondissements des aventures de la famille Skywalker. Rien de tout ça pour The Mandalorian and Grogu, sorti en salles mercredi 20 mai dans une relative indifférence, accompagné d'un simple hamburger promotionnel et une timide campagne d'affichage dans les transports en commun en France.
On n'ira pas jusqu'à parler d'une sortie low-cost pour un film à 160 millions d'euros de budget et une tête d'affiche comme Pedro Pascal. Mais depuis le rachat de Lucasfilm par Disney en 2012 pour la bagatelle de quatre milliards de dollars, c'est le plus petit budget d'un film de la saga. Ce qui devrait lui permettre de rentrer dans ses frais assez facilement, tout en ôtant un peu de pression au réalisateur Jon Favreau et aux équipes de chez Mickey.
"La sortie d'un film n'a plus la même magnitude"
La traduction dans les faits du brouillage des frontières, entre les séries télé longtemps considérées comme à bas coût et le cinéma, plus premium. Or, la série The Mandalorian, qui a été le premier carton de la plateforme de streaming Disney+, était dotée du budget pharaonique de 15 millions de dollars par épisode – un record pour l'époque. Ce qui pose la facture de la saison 1 à 120 millions de dollars, soit bien plus que nombre de blockbusters. "Les lignes se sont brouillées, analyse Jon Favreau dans le magazine Variety. Des choses que vous n'auriez vues que sur grand écran sont désormais diffusées en streaming, et l'inverse est vrai."
Ce premier spin-off qui n'a aucun lien, de près ou de loin, avec la trilogie originale, "constitue un vrai test", estime Sébastien Durand, expert en pop culture. Les personnages du Mandalorien et de Grogu – que vous avez peut-être découvert sous le nom de "Baby Yoda" – sont bien moins connus du grand public que Dark Vador, Luke Skywalker et autres Han Solo. "On va voir si le pouvoir d'attraction de Star Wars repose sur autre chose que sur les films", poursuit-il. Un test aussi pour Disney, qui après avoir voulu rentabiliser à tout prix l'acquisition à grands frais de Lucasfilm a écœuré une fanbase déjà difficile. Bob Iger, le patron de Disney à l'époque, avait claironné son intention de sortir un film par an, avant de rétropédaler et basculer sur un tous les deux ans.
"Il s'est rendu compte que le marché ne pouvait pas absorber un film Star Wars par an", commente Sébastien Durand. Le premier moment de bascule, c'est le revirement scénaristique entre le très sombre Les Derniers Jedi (2017) et le rappel en catastrophe de J.J. Abrams pour effacer le film précédent dans L'Ascension de Skywalker (2019). "On a l'impression qu'ils ne savent pas ce qu'ils veulent faire avec Star Wars", pointe Lloyd Chéry, rédacteur en chef du magazine Métal Hurlant et hôte du podcast "C'est plus que de la SF". Le second, c'est la sortie de Solo, plombé par une production chaotique, un budget élevé et l'absence d'Harrison Ford au générique (remplacé par une jeune tête d'affiche méconnue). Le premier film de la saga à perdre de l'argent.
Autant d'avanies qui ont banalisé une franchise qui est rentrée dans le rang. "Au moment de la première trilogie [1977-1983], Star Wars était un phénomène de pop culture prégnant partout, rembobine Sébastien Durand. Quand la prélogie est sortie [entre 1999 et 2005], elle n'était déjà plus qu'un fragment de la conversation globale, face à des franchises comme Le Seigneur des anneaux, Harry Potter ou les Marvel... qui ont bénéficié de l'entreprise de légitimation entamée par George Lucas. La sortie d'un film Star Wars constitue un évènement mais n'est plus l'évènement. Ça n'a plus la même magnitude." Lloyd Chéry, grand fan de la saga Dune, opine : "Le film le plus attendu de l'année, ce n'est pas The Mandalorian mais Dune 3... alors que Dune a longtemps été considéré comme un sous-Star Wars !"
"La peur que j'ai, c'est qu'ils vulgarisent l'univers"
Pendant le hiatus de sept ans loin des salles obscures, les projets de films centrés sur les personnages d'Obi-Wan Kenobi et Boba Fett sont devenus des séries, s'ajoutant à une demi-douzaine d'autres produits pensés pour la télévision (Andor, Skeleton Crew, Ashoka...) et plébiscités par les abonnés de la seule plateforme de streaming qui boxe dans la même catégorie que Netflix. "Disney+ est devenu un pipeline de contenus liés à Star Wars", constate John, fan américain de la saga. "Avec le risque de tomber dans la facilité en proposant au cinéma des épisodes de série télé améliorés, sans beaucoup de surprises au scénario", soupire Chris, qui a vu enfant La Guerre des étoiles au cinéma et administre la page "Galaxie 1977", très suivie sur Facebook. "Dans la fanbase, on est nombreux à avoir peur que ça ne soit pas à la hauteur d'un Star Wars."
Un mot revient même régulièrement chez ces aficionados de la première heure : la "Marvelisation". Autrement dit, l'application de la recette qui a transformé tout ce que touchaient les super-héros en or pendant plus d'une décennie. "Rien que le fait d'avoir des rock stars comme Pedro Pascal, et bientôt Ryan Gosling, en tête d'affiche, ça dénote d'une inflexion, appuie Lloyd Chéry. Avant, dans l'univers Star Wars, les stars n'occupaient que des seconds rôles", comme Alec Guiness, Liam Neeson ou encore Samuel L. Jackson par le passé. La jurisprudence Robert Downey Jr., qui a sorti Marvel du marasme en incarnant à la perfection Tony Stark sous le costume d'Iron Man. "La peur que j'ai, c'est qu'ils vulgarisent l'univers de la saga, qui est basé sur une mythologie complexe, en cherchant à tout insérer dans une forme de continuité factice, comme pour Marvel", poursuit Chris.
Car le côté transmédia, Star Wars l'a depuis sa création. "C'est une constante depuis le début de la saga, qui a rapidement débordé des films pour se prolonger dans des romans ou des comics", poursuit John, notre fan américain, génération prélogie avec Jar-Jar Binks. "Le génie de George Lucas est d'avoir créé un univers", renchérit Sébastien Durand. "Star Wars, ce n'est pas que les Skywalker, mais une SF où les vaisseaux sentent la graisse à force d'avoir beaucoup voyagé, contrairement à Star Trek où tout a l'air de sortir du garage."
Quand il avait cédé son bébé à Disney, George Lucas avait eu cette phrase : "Comme cela, on pourra continuer à faire du Star Wars pendant cent ans". Alors que la saga va souffler ses cinquante bougies en 2027, la sortie de The Mandalorian un an avant les festivités aura au moins un mérite : "Faire vivre à toute une génération leur premier Star Wars au cinéma, s'émerveille Chris. Moi, je n'oublierai jamais ce moment. Il y a des chances que quelques-uns soient marqués à vie."
Questions ouvertes
- Will The Mandalorian and Grogu's appeal extend beyond existing fans?
- Can Star Wars regain its status as a major cultural event?
- What is Disney's long-term strategy for the Star Wars franchise in cinemas?
- How will the "Marvelization" approach affect the unique mythology of Star Wars?




