Un Starbucks en Corée du Sud offre une vue directe sur la Corée du Nord
Le café d'Aegibong, à Gimpo, attire des milliers de visiteurs grâce à son emplacement unique face à la nation la plus recluse au monde.
L'essentiel
- Un Starbucks à Gimpo, en Corée du Sud, est devenu une attraction majeure en offrant aux clients une vue directe sur la Corée du Nord, symbolisant un contraste saisissant entre le capitalisme mondialisé et la nation communiste recluse.
- Le site a doublé le nombre de visiteurs de l'Ecoparc de la Paix d'Aegibong depuis son ouverture en novembre 2024.
Résumé généré par IA
Pourquoi c'est important
Un Starbucks a ouvert en novembre 2024 à Aegibong, en Corée du Sud, offrant une vue directe sur la Corée du Nord, ce qui a doublé le nombre de visiteurs de l'Ecoparc de la Paix d'Aegibong. Ce lieu met en évidence le contraste entre la mondialisation capitaliste et la nation la plus recluse au monde.
Le contraste est des plus saisissants : des clients sirotent un café chez l’enseigne Starbucks, symbole de la mondialisation et du capitalisme, tout en contemplant la Corée du Nord communiste, la nation la plus recluse au monde. Bienvenue au Starbucks d'Aegibong, à Gimpo, en Corée du Sud. Situé à une quarantaine de kilomètres de la capitale Séoul, ce lieu semble à des années-lumière de son hermétique voisin du Nord, juste de l'autre côté du fleuve Han, à moins de deux kilomètres.
Perché sur une colline, en dessous de l'observatoire de l'Ecoparc de la Paix d'Aegibong où des télescopes permettent de scruter l'autre côté de la frontière, le café a attiré des dizaines de milliers de visiteurs sud-coréens et étrangers depuis son ouverture en novembre 2024. Kim Jong-hyun, habitant de San Diego qui visite la Corée du Sud en famille, confie que c'est précisément ce contraste qui l'a mené là. «Quand j'ai entendu dire qu'il y avait un Starbucks ici, je me suis dit que je devais absolument venir voir ça de mes yeux. C'est assez insolite», explique-t-il à l'AFP.
«Deux extrêmes totalement opposés»
Pour accéder au parc qui abrite le café, les clients doivent réserver à l'avance. Une navette les récupère, et ils doivent franchir un poste de contrôle militaire gardé par des soldats sud-coréens armés. Le trajet fait partie de l'expérience : il faut ensuite parcourir à pied les derniers mètres aux confins du territoire sud-coréen, le regard vers les paysages agricoles et montagneux du pays voisin, dirigé par Kim Jong Un, qui cherche à verrouiller totalement son image.
Très peu de journalistes ou de touristes étrangers peuvent entrer en Corée du Nord. Et toujours dans des conditions extrêmement strictes. La Corée du Nord et du Sud sont toujours techniquement en guerre, car leur conflit de 1950-1953 s'est achevé par un armistice et non par un traité de paix. Elles sont séparées par une zone dite «démilitarisée», le long de la frontière.
La vue qu'offre ce point d'observation illustre «deux extrêmes totalement opposés», pour James Seymour, touriste irlandais rencontré par l'AFP. «Nous venons de Belfast et nous sommes en quelque sorte habitués à la guerre», avance-t-il en référence au conflit armé qu'a connu l'Irlande du Nord jusqu'à l'accord de 1998 avec le gouvernement britannique. Mais siroter un café Starbucks au bord de la frontière tout en contemplant les immeubles bas de la Corée du Nord, c'est «d'une toute autre envergure». «On ne peut pas faire plus américain que Starbucks, et on ne peut pas être plus éloigné de l'Amérique que la Corée du Nord», remarque-t-il.
Des visiteurs étrangers en hausse grâce au Starbucks
Le nombre de visiteurs à l'Ecoparc de la Paix d'Aegibong a plus que doublé depuis l'ouverture du Starbucks, selon des données de la direction du parc. En 2025, le nombre de visiteurs étrangers a bondi de 275% par rapport à l'année précédente pour atteindre 56.829 personnes, dont un tiers était des touristes chinois, la part la plus importante.
L'augmentation est «entièrement attribuable au Starbucks», observe pour l'AFP Lee Chun-woo, de la Fondation culturelle de Gimpo, qui supervise le parc. Avec plus de 2000 enseignes, la Corée du Sud constitue le troisième marché de Starbucks après les États-Unis et la Chine. La marque au logo vert a toutefois récemment suscité un énorme tollé en Corée du Sud en raison d'une campagne publicitaire qui évoquait la répression mortelle du soulèvement prodémocratie de 1980. L'exploitant de Starbucks en Corée du Sud, Shinsegae Group, a limogé son directeur général Corée, et son président, Chung Yong-jin, a présenté ses excuses.
Un lieu de détente au cœur d’une bataille idéologique
Cet emplacement frontalier unique, Starbucks Corée assure l'avoir choisi pour le «confluent pittoresque des fleuves Han et Imjin», qui offre aux visiteurs un «lieu unique pour se détendre au milieu de la nature». Dans un communiqué adressé à l'AFP, l'entreprise n'a pas mentionné la proximité de son établissement avec la Corée du Nord. Dans plusieurs publications Instagram qu'il a depuis toutes supprimées, Chung Yong-jin, président de Shinsegae, a utilisé à plusieurs reprises l'expression «Mort au communisme».
«Chaque fois que la Corée du Nord tirait des missiles, les investisseurs retiraient leur argent», a-t-il déclaré dans un message publié en 2022 sur les réseaux sociaux pour justifier ses propos. Et il s'est décrit comme «un chef d'entreprise et un citoyen sud-coréen qui vit avec l'incertitude quotidienne de ne pas savoir quand un missile pourrait frapper» son pays. «Pour certains, Mort au communisme est un slogan politique. Pour moi, c'est la réalité», avait encore déclaré Chung Yong-jin. En sirotant leur latte face au territoire nord-coréen, les visiteurs repartent avec bien plus qu’une simple pause-café : la vision directe d’une frontière qui sépare toujours les deux Corées.
Questions ouvertes
- Quel est l'impact à long terme sur le tourisme local ?
- Comment la Corée du Nord perçoit-elle cette installation ?
- Quelles sont les implications sécuritaires de l'augmentation des visiteurs ?






