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France: National Assembly votes to limit cadmium in fertilizers
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France: National Assembly votes to limit cadmium in fertilizers

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Du changement dans les champs. L'Assemblée nationale a largement adopté, en première lecture, mercredi 3 juin, une proposition de loi écologiste visant à limiter l'exposition de la population au cadmium, un métal lourd toxique. Concrètement, le texte prévoit de réduire drastiquement les taux autorisés de cadmium dans les engrais phosphatés, qui sont source d'accumulation de ce métal dans les sols agricoles, contaminant ensuite les aliments. Une mesure qui – si elle est adoptée définitivement par le Parlement – demandera au monde agricole de s'adapter.

Il y a urgence. En France, l'alimentation – notamment via les céréales, comme le blé et le riz, ou les pommes de terre, très consommées – est la première source d'exposition au cadmium, selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Or, en cas d'exposition prolongée, le cadmium est reconnu cancérogène, toxique pour la reproduction, peut entraîner "des atteintes rénales" ou encore une fragilité osseuse. En 2025, près de la moitié de la population française présentait des expositions au cadmium dépassant les valeurs sanitaires de référence, selon l'Anses.

L'agence recommande donc d'abaisser les limites maximales autorisées de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 milligrammes par kilo – contre 60 mg/kg en Europe, et 90 mg/kg actuellement pour la France, qui bénéficie d'une dérogation. Le gouvernement prévoyait d'attendre jusqu'en 2038 pour abaisser très progressivement ce taux à 20 mg/kg. Mais les députés en ont décidé autrement. Contre l'avis du gouvernement, ils ont voté une baisse plus rapide : à 40 mg/kg dès 2027, puis à 20 mg/kg à partir de 2030. Seuls les députés du Rassemblement national et leurs alliés de l'UDR s'y sont finalement opposés, ainsi qu'une députée Les Républicains.

La bataille de l'Assemblée s'est principalement concentrée sur la vitesse de diminution de taux de cadmium. Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a appelé à une trajectoire de baisse "soutenable sur le plan économique", soulignant le caractère indispensable de ces engrais pour les agriculteurs. "Il n'existe pas à court terme d'alternatives permettant de s'y substituer intégralement sans venir compromettre nos capacités de production", a-t-il affirmé. Le député écologiste et agriculteur Benoît Biteau a lui assuré, dans l'hémicycle, que le surcoût pour les agriculteurs serait minime, à hauteur de "2 euros par hectare et par an". "Nous devons agir vite", pour "bâtir un rempart contre la pollution des sols et des aliments", a-t-il martelé.

Si le texte est définitivement adopté, cette mesure va avoir des répercussions directes chez les agriculteurs. Ils sont aujourd'hui très nombreux à acheter leurs fertilisants au Maroc, en vertu des accords existants avec le pays. Le Maroc fournit ainsi 40% des engrais phosphatés utilisés dans l'Hexagone, rapportait l'émission "Cultures mondes" sur France Culture. Mais le phosphate marocain est également très chargé en cadmium pour des raisons géologiques, rappelle l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae).

Plusieurs options sont sur la table pour les agriculteurs. La première est de continuer d'acheter des engrais au Maroc, si ces derniers réduisent leur teneur en cadmium. Techniquement, cela est possible grâce à un procédé de "décadmiation", qui existe depuis plusieurs dizaines d'années. "Des travaux montrent que ce sont des techniques maîtrisées", confirme Yann Le Bodo, chargé de projets à la direction des sciences sociales et de l'économie à l'Anses. "Il en existe différents types (…) qui reposent sur des technologies de cristallisation ou d'absorption permettant de retirer le cadmium de la matière", explique-t-il à l'agence d'information agro-économique Agra.

L'Anses confirme également que ces techniques existent à un coût "raisonnable", estimé entre 10 et 30 euros la tonne d'engrais, selon une étude de la Commission européenne de 2016, citée par Agra. Le géant marocain du secteur, l'OCP, assure également que tous ses engrais phosphatés commercialisés dans l'UE contiennent déjà du cadmium à "moins de 20 mg/kg". Pour autant, l’association France Fertilisants affirme de son côté, dans un communiqué, que les procédés de réduction du cadmium restent "complexes et coûteux et ne peuvent constituer l'unique réponse".

D'autres solutions existent. Notamment en diversifiant les importations françaises d'engrais phosphatés et en privilégiant des pays ayant des conditions géologiques plus favorables. Les roches "provenant d'Afrique du Sud ou de Russie présentent généralement des concentrations en cadmium peu élevées", confirme ainsi l'Inrae. Mais un tel changement des importations françaises d'engrais ne repose pas seulement sur les décisions des agriculteurs. "Derrière, il y a un enjeu géopolitique", expliquait le toxicologue Olivier Laprévote dans l'émission "La Science CQFD", sur France Culture, fin avril. La diversification des importations relève donc de choix politiques et diplomatiques.

Afin de diminuer au plus vite la contamination des sols et des aliments en cadmium, l'agriculture française devra également réduire son utilisation des engrais phosphatés. C'est ce que recommande l'Inrae, qui appelle à "limiter l'usage des engrais de synthèse". Ce processus, déjà enclenché depuis les années 1980, doit continuer, selon l'institut.

Plusieurs chercheurs se sont déjà penchés sur la question. Dans un article publié sur The Conversation en avril 2026, ils estiment que les sols français sont "naturellement pourvus en phosphore", essentiel à la croissance de tout être vivant, et "se sont considérablement enrichis ces dernières décennies en raison de l'utilisation massive d'engrais minéraux phosphatés", apportés dans des proportions bien supérieures aux prélèvements par les plantes. "Cet héritage en phosphore des sols offre une opportunité de réduire drastiquement notre utilisation de ces intrants sans que cela affecte, en tout cas sur le court terme, la production agricole française", estiment-ils.

A plus long terme, un changement dans les types de plantations cultivées en France pourrait également permettre d'être moins dépendants des engrais phosphatés. "Nous savons que les plantes pourvues d'un système racinaire dense parviennent mieux à absorber le phosphore" et que d'autres espèces permettent même "d'augmenter la disponibilité du phosphore dans les sols", notent les chercheurs, citant par exemple le lupin blanc ou le sarrasin.

This article was originally published by France Info.

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