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Aroma-Zone accused of 'organized precarity' by former temporary workers
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France Info·25.05.2026·🇫🇷France·Labor

Aroma-Zone accused of 'organized precarity' by former temporary workers

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Aroma-Zone est une plateforme de turnover", dit Amnesya — c'est un pseudo — dans une vidéo TikTok qui cumule près de 200 000 vues. Mi-mars, la jeune femme de 28 ans a pris la parole sur les réseaux sociaux pour dénoncer la politique salariale du géant de la skincare. Un coup de gueule qui a résonné largement : dans les commentaires, les anciens — et surtout les anciennes — intérimaires de la marque sont nombreux à raconter leur mauvaise expérience.

La promesse d'un CDI

Lorsqu'Amnesya postule chez Aroma-Zone, elle est "à la recherche d'un travail en CDI". Elle passe "un entretien collectif", où elle est la plus âgée, parmi d'autres jeunes femmes, "huit au moins, et un garçon". Elle explique avoir été "formée sur le tas" aux techniques de vente, et doit aborder les clients avec un "grand sourire, le bien-être, la bienveillance, au premier plan", ironise-t-elle. Son expérience chez Aroma-Zone ne durera que trois semaines, dans la boutique Paris Haussmann.

La jeune femme se rend compte "qu'il n'y avait quasiment personne en CDI", mais seulement "les managers" et une ou deux personnes, des naturopathes. Les huit autres vendeurs et vendeuses, formés en même temps qu'elle, ne seront jamais rappelés. "Licenciés quasiment tous en même temps", quelques semaines plus tard, raconte Amnesya. Même constat pour Kéhina qui est restée près de six mois dans cette boutique, enchaînant les contrats à la semaine. "C'était un peu Koh-Lanta, se souvient-elle. On arrivait un jour, et quelqu'un était encore parti" et "tous les deux jours, il y avait des nouvelles têtes".

"C'est très anxiogène. On se réveille tous les jours en se disant qu'à la moindre erreur, on perd notre taf"

Kéhina, ex-intérimaire chez Aroma-Zone

à franceinfo

Dans ce cas, on ne peut pas parler de licenciement, car les intérimaires ne sont, par définition, pas salariés de l'entreprise mais recrutés pour des missions, souvent de courte durée et dépendent pour cela d'une agence d'intérim. Des agences avec lesquelles certains et certaines n'ont jamais eu de contact : "On recevait les contrats par mail", explique Amnesya. De l'aveu de plusieurs anciennes employées, l'intérim, "on le découvre quand on arrive", reconnaît l'une d'elle, qui souhaite rester anonyme.

Ce que confirme aussi Kéhina. L'enseigne fait en effet miroiter la signature d'un futur CDI... qui ne vient jamais. "On nous promettait toujours que ce serait le mois prochain", explique Pauline, passée par la boutique de Bordeaux, en 2025. Amnesya confirme : "Ils nous proposaient de faire nos preuves au début. L'avantage, c'est qu'effectivement le salaire était majoré. Sauf qu'après, ce qu'on ne disait pas, c'est que ça permettait de mettre fin au contrat beaucoup plus rapidement". Et sans motif, puisqu'en intérim, ni l'agence qui emploie le salarié, ni l'entreprise-cliente n'ont à justifier d'une fin de collaboration. La mission n'est simplement pas renouvelée.

Des fins de missions jugées brutales

La demi-douzaine de personnes interrogées par franceinfo a vu son équipe entièrement remerciée au fil des semaines. C'est ce qui est arrivé à Pauline, elle a travaillé quatre mois chez Aroma-Zone, à Bordeaux. La jeune femme a appris sa fin de collaboration en découvrant qu'elle ne figurait plus sur le groupe WhatsApp de la boutique, sur son jour de congé. Elle apprendra plus tard que c'était "pour une date erronée sur une enveloppe", qu'elle n'a pas été rappelée. Mais selon elle, c'est à cause d'un conflit avec le "premier vendeur", un vendeur mieux payé que les autres et dont les attributions sont floues, elles aussi.

"Le moindre détail était un motif de fin de mission", indique de son côté Kéhina. Après six mois de contrats, et l'espoir d'un CDI, "on a mis fin à [son] contrat, la veille de la fin de ces six mois", lors d'un entretien. La raison invoquée lui a paru "surprenante". "On m'a dit : 'c'est parfait ce que tu fais. On a des avis très positifs, il n'y a rien à dire sur ça. Par contre, on n'aime pas ta personnalité, donc ça ne va pas marcher ici", se souvient-elle. Des situations qui se répètent en boutiques à Rosny, Strasbourg, ou encore Châtelet, à Paris.

Tout comme Amnesya, Pauline doute du bien-fondé des motifs de ces fins de missions. Toutes les deux l'assurent, elles "n'avaient rien à se reprocher". Selon le témoignage d'Amnesya la marque "a mis fin à [son] contrat parce [qu'elle était] malade", et alors que "ses managers lui ont dit de rentrer" chez elle. La jeune femme se dit "choquée" d'avoir été "jetée au téléphone, je l'ai ressenti comme une trahison". Pauline aussi explique avoir mis "plusieurs mois à [s'en] remettre". Idem pour Kéhina, que la méthode "a refroidie", elle a "un peu perdu espoir" quant au monde du travail.

"De la précarité très organisée"

Selon Jeannick Laderval, secrétaire communication à la CGT Intérim, ce recours à l'intérim de manière systématique est "une pratique extrêmement courante, conçue pour se décharger des risques liés au salariat, notamment les risques de maladies, d'accidents du travail". En France, le recours à l'intérim est très encadré. Il est possible dans deux cas de figure : "Le premier, c'est le remplacement d'un ou une salariée absente pour X raisons (maladie ou grossesse). Le second motif de recours, c'est l'accroissement temporaire d'activité, c'est-à-dire une surcharge de travail ponctuelle et non habituelle", explique le syndicaliste. "Le souci, c'est que cette définition est floue et qu'il y a beaucoup d'interprétations", déplore Jeannick Laderval, qui estime que, dans le cas d'Aroma-Zone, "c'est une manière d'outrepasser la période d'essai" et "c'est de la précarité très organisée".

"Il n'y a pas de licenciement abusif d'intérimaires. Personne n'a été licencié, on ne l'a juste pas rappelé. C'est très facile à gérer."

Jeannick Laderval, secrétaire communication à la CGT Intérim

à franceinfo

Par ailleurs, les agences d'intérims, employeurs des candidats, sont parfois invisibles. À Paris, plusieurs jeunes femmes expliquent n'avoir jamais eu affaire à elles. Aucun contact, si ce n'est l'émission de leur contrat de travail. "C'est de plus en plus le cas", explique Jeannick Laderval, qui constate "une dématérialisation progressive et de plus en plus accélérée de l'agence d'intérim", ce qui, selon lui, "enlève le côté humain" et "isole" les intérimaires qui ne savent plus vers qui se tourner. Le syndicaliste appelle également les intérimaires qui se sentent lésés à se rassembler et à contacter les syndicats.

Sollicitée, Aroma-Zone explique avoir en effet recours à l'intérim ponctuellement, "une pratique courante" dans le secteur. "Comme de nombreuses enseignes", la marque y a recours, selon elle, quand l'activité commerciale le nécessite, notamment pendant les soldes, les fêtes ou lors d'ouvertures de nouvelles boutiques". Par ailleurs, Aroma-Zone rappelle aussi que "de nombreux collaborateurs ayant débuté en intérim ou en CDD ont ensuite rejoint durablement Aroma-Zone. Sur les 500 emplois créés" en magasin "depuis quatre ans, 60% ont été pourvus par des intérimaires".

"On m'a forcée à porter un chapeau de la honte"

À Bordeaux, Pauline explique qu'elle et ses collaboratrices avaient "l'impression de se faire tout le temps engueuler" et d'être considérés comme "le bas peuple". Au quotidien, plusieurs ex-intérimaires dénoncent une pression importante de la part des managers quant aux objectifs de ventes mais aussi à leur apparence. Pauline se souvient que "toutes les semaines, il y avait un drame". "On devait presser les clients pour qu'ils les achètent. Ils nous faisaient faire des challenges, pour lesquels on ne gagnait rien, où on devait juste vendre le plus de ce produit possible à la journée", explique Kéhina. Un jour de challenge, elle n'a pas "eu beaucoup de ventes. On m'a forcé à porter un chapeau de la honte". Une sorte de serre-tête à antennes, "de l'humiliation", relate-t-elle. C'est peu après cet épisode que la jeune femme a été remerciée.

Des intérimaires qui n'ont quasiment aucune formation, selon le récit de toutes celles interrogées par franceinfo. Pauline s'est par exemple entendue dire : "si tu veux sortir de la caisse, il faut apprendre le site Internet par cœur". Le site Aroma-Zone foisonne en effet de conseils beauté et de recettes pour fabriquer ses produits maison. Kéhina, elle, est passionnée de skincare et s'est aperçu que les salariés qui n'étaient pas formés "disaient n'importe quoi aux clients". Selon elle, certains "produits sont dangereux pour la peau, notamment le rétinal. Donc des mauvais conseils, ça détruit un visage", alerte-t-elle.

Aroma-Zone répond dans un communiqué que "les intérimaires reçoivent une formation, dispensée par l'agence d'intérim", et qu'en cas de "question plus technique", en magasin, les salariés ont la "consigne de faire une passation vers un conseiller de vente expert".

Quant à Amnesya, elle a, selon elle, assisté à des remarques sur le physique de ses collègues. "Les caissières, là, ça ne va pas du tout. Elles ne sont pas assez belles, elles ne sont pas bonnes. On ne peut pas attirer de la clientèle avec ça. Il faut qu'on les vire", assure avoir entendu la jeune femme dans la boutique parisienne où elle travaillait. Ce que Kéhina confirme, "une scène qui m'a choquée", explique-t-elle. La manager du magasin "nous disait : 'mettez des décolletés, mettez-vous en valeur, il faut vendre'", ajoute-t-elle. Des conseils qui contrastent avec l'image rassurante de l'entreprise. La jeune femme se dit "choquée sur le coup. Mais qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ? Moi, j'avais envie de garder mon travail".

La responsable "demandait aux vendeuses de l'appeler 'Maman'"

Amnesya renchérit, en magasin, "il faut qu'on soit entretenue, il faut venir un minimum maquillée, il faut venir les cheveux plaqués ou du moins coiffés et il faut sourire" dans un contexte où, "le management te met la pression, on te dit tant que tu n'encaisses pas assez vite, que t'as fait une erreur de caisse, que ce n'est pas normal. La pression est dingue", dénonce-t-elle.

Des discriminations physiques qui, si elles sont avérées, "tombent sous le coup de la loi", rappelle Jeannick Ladevral de la CGT Intérim.

"On est mignonnes, on est des poupées gonflables."

Amnesya, ex-intérimaire chez Aroma-Zone

à franceinfo

De son côté, Pauline pointe beaucoup de confusions dans les règles au quotidien, "de l'arbitraire sur tout" et notamment sur la tenue vestimentaire. "Un jour, on me dit que je peux porter du vert, et le lendemain, que je ne peux pas", donne-t-elle en exemple. Des règles qui ne s'appliquent pas à tous, selon les affinités des intérimaires avec les managers, selon elle, et qui créent de la confusion dans le travail, au quotidien. Des affinités parfois étranges. Selon Kéhina, à la boutique Paris Haussmann, la responsable "demandait aux vendeuses de l'appeler "Maman", ce que la jeune femme a trouvé "très déplacé et pervers".

"Les situations décrites ne correspondent ni aux pratiques ni aux valeurs d’Aroma-Zone."

un porte-parole d’Aroma-Zone

à franceinfo

Des comportements que ne saurait tolérer Aroma-Zone. Dans son communiqué, l'entreprise dit ne pas avoir eu connaissance de ces témoignages, "qui ne correspondent pas à la philosophie de l'entreprise", et les prendre "très au sérieux". La marque rappelle que n'importe quel salarié peut saisir le comité d'éthique, créé en 2024. Ce qui donne lieu à une enquête interne, et "le cas échéant, des mesures nécessaires seront prises", allant jusqu'au licenciement du salarié mis en cause, comme c'est déjà arrivé. L'enseigne encourage également "les salariés, ou anciens salariés, à témoigner, anonymement s'ils le souhaitent".

Les autres ex-intérimaires interrogées ne sont pas restées plus de quelques mois, parties d'elle-même ou remerciées. Toutes en tout cas se disent choquées par l'ambiance des boutiques Aroma-Zone par lesquelles elles sont passées et ont mis parfois plusieurs mois à digérer leur expérience.

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