Équipe de France : la gestion des médias, un art subtil pour ménager les joueurs
Hızlı Bakış
- La gestion des interactions médiatiques de l'équipe de France pendant la Coupe du monde aux États-Unis est un exercice complexe.
- Le chef de presse, Raphaël Raymond, orchestre ce bal des joueurs pour protéger leur bien-être mental et physique, tout en assurant une bonne image de l'équipe.
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La Coupe du monde de football est une compétition longue qui impose aux joueurs des contraintes médiatiques importantes, en plus des aspects sportifs et logistiques.
La Coupe du monde n'est pas seulement un enchaînement de matchs de très haut niveau sous pression. La compétition est longue, particulièrement celle-ci. Plus d'un mois s'est écoulé depuis que les Bleus ont posé leurs valises aux Etats-Unis. Ils doivent également participer aux séances d'entraînements, mais aussi faire face à des paramètres qui peuvent considérablement influer sur leur expérience et accentuer la fatigue. Il y a les transferts en avion, les conditions climatiques, mais aussi les obligations médiatiques, quasi-quotidiennes.
Depuis leur arrivée à Boston, les joueurs de l'équipe de France ont répondu aux questions des médias en conférence de presse et en zone mixte pour un temps cumulé de 6h20 (sans compter les interviews données aux diffuseurs). A l'heure où le sport de niveau élite est à la recherche des gains marginaux, ce temps pèse forcément sur les organismes et sur les esprits. Il faut donc le répartir de la manière la plus intelligente. C'est là qu'intervient le chef de presse de l'équipe de France, en l'occurrence Raphaël Raymond, en poste depuis la retraite de Philippe Tournon en 2018.
Michael Olise et Theo Hernandez y échappent pour l'instant
"Je m'inscris dans un cadre que Didier Deschamps définit. Il estime que tout le monde doit participer. L'objectif majeur, c'est que l'équipe de France dégage une bonne image et des valeurs dans lesquelles les Français se reconnaissent. On est aussi là pour protéger les joueurs, parce que quand on vient aux Etats-Unis, c'est pour qu'ils soient bons sur le terrain", explique-t-il à franceinfo: sport. C'est lui qui orchestre le bal des joueurs devant la presse.
Depuis le 10 juin, seul Kylian Mbappé dépasse les 30 minutes de temps de parole cumulé en conférence de presse et zone mixte (33 minutes). Aucun joueur du groupe n'a assumé plusieurs conférences de presse de 15 minutes. Les remplaçants ont assuré la moitié du temps médiatique total. Seulement trois joueurs ne se sont jamais présentés face caméra depuis le début de la Coupe du monde : Marcus Thuram, Theo Hernandez et Michael Olise.
Marcus Thuram s'est blessé en cours de compétition, "à partir du moment où il est sur la table de massage, les soins sont la priorité". Quant aux deux derniers nommés, "Theo et Michael font très peu de choses parce qu’ils ne sont pas à l'aise dans leur expression en français. Theo, je ne sais pas s'il aura envie. Michael, c'est un exercice qui le met mal à l'aise", glisse Raphaël Raymond à franceinfo: sport. Michael Olise ne s'est, par exemple, pas présenté en zone mixte alors que son trophée d'homme du match contre le Sénégal l'obligeait, selon le cahier des charges de la Fifa. "Michael, c'est l'exception qui confirme la règle", explique le chef de presse des Bleus.
"Personne n'en redemande"
Des joueurs qui font un blocage devant la presse, pour différentes raisons, ce n’est pas une première. François Manardo, chef de presse lors du Mondial 2010 en Afrique du Sud, se souvient du "cas sensible" de Franck Ribéry après "l’affaire Zahia". Philippe Tournon, qui était notamment présent lors du sacre en Russie en 2018, se remémore de son côté les difficultés de Thomas Lemar et Nabil Fekir.
"Les journalistes aimeraient bien avoir qui ils veulent, quand ils veulent, pour parler de ce qu'ils veulent. Et à l'autre bout, le sélectionneur et les joueurs se passeraient bien, pendant un mois ou deux, de voir quelque journaliste que ce soit"
Philippe Tournon, ex-chef de presse des Bleus
à franceinfo: sport
"Certains sont très à l'aise, mais je n'ai connu personne qui en redemandait. Il ne faut pas pousser le bouchon trop loin. C'est vrai qu'aujourd'hui la relation aux médias est quand même assez touchy. Il suffit qu'un joueur fasse un lapsus ou prenne une position qui sort un petit peu du cadre conventionnel et ça part sur les réseaux sociaux, tu ne contrôles plus rien. Je comprends que les joueurs soient méfiants", raconte celui qui a créé la fonction de chef de presse en 1983.
Dans le processus de réflexion menant à l'envoi d'un joueur en conférence de presse, François Manardo et Philippe Tournon s'accordent sur le respect des mêmes critères : l'alternance et l'accroche à l'actualité. Puis, il faut ensuite s'adapter au caractère de chacun. "Il ne faut pas mécaniser ou schématiser. C'est tout le temps du sur-mesure, insiste François Manardo. Vous avez des bons clients, des mauvais avec qui vous pouvez travailler et certains avec qui c'est vraiment compliqué. La constante, c'est que vous avez affaire à des joueurs avec un ego important. C'est une arme pour vous, et jamais un obstacle. Si vous avez une certaine sensibilité, vous pouvez jouer là-dessus."
"Nicolas Anelka détestait l'exercice. Yoann Gourcuff n'était vraiment pas à l'aise. Et puis, il y a des mecs qui se transforment comme Eric Abidal. Déconneur, chambreur... Mais dès qu'il fallait parler aux médias, c'était son frère jumeau. Tendu, monocorde... C'était à peine s'il y avait sujet-verbe-complément. C'est rare qu'un joueur vous avoue qu'il n'est pas à l'aise. Lui je sentais un blocage", se souvient François Manardo, qui note aussi l'importance du media training chez d'autres joueurs comme Bacary Sagna et Gaël Clichy, "fluides, posés et sans complexe face aux journalistes".
Moins de conférences de presse depuis l'Euro 2024
L'idéal pour le chef de presse est d'avoir à la fois la confiance du sélectionneur, et celle du groupe, ce qui n'a pas été le cas pour François Manardo aux côtés de Raymond Domenech lors du naufrage de Knysna. "Le sélectionneur me laissait une certaine marge de manœuvre. Ce n'est pas moi qui décidais. Je lui exposais les noms. Il n'y avait pas de grande surprise. La plupart du temps, c'était validé. La seule fois où ça n'a pas été le cas, c'était un moment particulièrement difficile, délicat, ingérable. Il avait décidé, sans m'en parler, de censurer la participation de Patrice Evra au point presse du dernier match. Mais c'est un épiphénomène", raconte celui qui travaille aujourd'hui auprès de l'UEFA. Un virage a été pris après l'épisode de triste mémoire de Knysna.
"Les neuf sélectionneurs avec lesquels j'ai travaillé m'ont toujours laissé carte blanche. Et Didier Deschamps a été le premier à me demander la veille au soir qui va aller en conférence de presse avant de l’officialiser. Cela illustre bien son souci de ne rien laisser au hasard".
Philippe Tournon, chef de presse auprès de Didier Deschamps de 2012 à 2018.
à franceinfo: sport
Ces fameuses conférences de presse durent environ 15 minutes. Tournon les compare aux "figures imposées" de la gymnastique. En un mois, douze de ces conférences ont concerné les joueurs de l'équipe de France, dont la moitié répond à une obligation de la Fifa, celle de communiquer à la veille du match. Raphaël Raymond concède que ces rendez-vous sont moins nombreux qu'au Qatar en 2022, ou qu'à l'Euro 2024 pour des raisons logistiques, mais pas seulement. "On ne peut pas nier qu'il y a eu un avant et un après Euro 2024. Certains joueurs se sont sentis piégés", par les questions portant sur le contexte politique en France et les élections législatives.
La zone mixte fait de son côté partie des "figures libres". C'est un point de passage où quelques joueurs désignés passent devant une foule de journalistes pour répondre à quelques questions dans les minutes suivant le coup de sifflet final du match. Habituellement, les joueurs décident soit de s'arrêter pour répondre aux sollicitations des journalistes, soit de continuer leur route vers le bus. Depuis deux ans, la zone mixte des grandes compétitions s'est transformée en une sorte de mini-conférence de presse, avec deux ou trois joueurs désignés par l'équipe de communication. Les mêmes joueurs généralement se relaient pour répondre en même temps aux interviews des diffuseurs détenteurs de droits. "Après les matchs, on a plus de 30 interviews à livrer à la Fifa", explique Raphaël Raymond. Cette mécanique doit être bien rôdée pour ne pas provoquer d'usure mentale dans la course à la troisième étoile.
Açık Sorular
- Comment les joueurs gèrent-ils la pression médiatique à long terme ?
- Quelles seront les futures stratégies de communication de l'équipe ?




