Seuls les rebelles : une romance qui défie les conventions et la géopolitique
Hızlı Bakış
Le film "Seuls les rebelles" de Danielle Arbid raconte l'histoire d'amour improbable entre Suzanne, une veuve palestinienne, et Osmane, un réfugié sud-soudanais, dans un Beyrouth marqué par la géopolitique.
Yapay zekâ özeti
En matière de romance, les amants disent souvent que les chiffres ne comptent pas. Mais malheureusement, ils rajoutent au problème dans Seuls les rebelles de la réalisatrice franco libanaise Danielle Arbid qui sort en salles le 24 juin. Après l'avoir défendu dans la rue alors qu'il se faisait tabasser, Suzanne (Hiam Abbass), une Palestinienne chrétienne veuve d'un Libanais, tombe amoureuse d'un réfugié sud-soudanais à qui son passeport a été arraché, Osmane (Amine Benrachid).
Le coup de foudre est immédiat entre la sexagénaire et le bientôt trentenaire. L'intensité du premier regard échangé est amplifiée par un ralenti. Spontanément, Suzanne l'invite chez elle pour le soigner et lui offre de partager son repas. Osmane, sans arrière-pensée, n'hésite pas à dire à Suzanne qu'elle est belle au moment où elle lui confie son petit secret diététique : éviter le pain blanc.
Les protagonistes de Seuls les rebelles ne tergiversent pas pour vivre pleinement leur relation. Même quand les critiques des collègues de Suzanne, qui travaille dans un magasin de tissus, fusent. Comment peut-elle sortir avec un jeune homme, qui plus est un réfugié soudanais, musulman, alors qu'elle est une femme établie dans cette société libanaise qui l'a accueillie depuis plusieurs décennies ? Suzanne n'oublie pas d'ailleurs de leur rappeler qu'elle est aussi une réfugiée. À ces voix réprobatrices se rajoutent celles des voisins fouineurs et médisants de Suzanne. Mais celle qui la fait un peu flancher, c'est celle de sa fille qui n'est pas très heureuse en ménage alors même que sa mère est sur un nuage.
Dans cette relation iconoclaste, Danielle Arbid insiste sur la candeur des personnages. Suzanne et Osmane sont conscients de leur différence d'âge qui apparaît comme le cadet de leurs soucis. Hiam Abbas livre ainsi le portrait touchant d'une femme mûre qui assume ses désirs, sait mettre à distance le qu’en-dira-t-on et a décidé de s'épargner d'inutiles regrets.
Amine Benrachid, lui, rend palpable la frustration d'une jeunesse dont les désirs et les rêves sont entravés. Car s'il est tombé amoureux, Osmane n'oublie pas son objectif : continuer sa traversée vers l'Europe. D'autant qu'il perçoit le dilemme qui couve chez Suzanne. Les déambulations nocturnes du jeune homme dans Beyrouth sont comme un prélude à la grande échappée qu'il espère.
Beyrouth, l'autre histoire d'amour
En creux de cette romance compliquée, Danielle Arbid fait une déclaration d'amour à son Liban chéri et à Beyrouth dont elle a reconstitué les décors à Paris. Le film s'ouvre sur un carton précisant que la fiction aurait dû être tournée dans la capitale libanaise. Mais Beyrouth est de nouveau meurtrie, ces dernières années, par la guerre entre Israël et le Hezbollah, mouvement chiite libanais soutenu par l'Iran. L'environnement extérieur a été ainsi filmé durant les récentes attaques israéliennes puis projeté en studio afin que les comédiens y évoluent. La guerre et Beyrouth, Danielle Arbid l'avait déjà raconté dans le documentaire Seule avec la guerre, Prix Albert Londres 2001 (catégorie audiovisuel). Elle s'intéressait alors aux séquelles du conflit qu'a connu le Liban en 1975 et 1990 sur la ville.
La réalisatrice de Passion simple (2021), le best-seller de la Prix Nobel de littérature Annie Ernaux qu'elle a adapté au cinéma, conjugue deux thématiques familières avec Seuls les rebelles : l'amour et Beyrouth. Là-bas, même le sentiment amoureux ne peut échapper à la géopolitique. Mais les amants dansent en dépit de tout sur un célèbre tube de Julio Iglesias et profitent de cet élan qui les submerge. Notamment durant cette balade en voiture qui offre l'un des plus beaux plans du film : l'abandon et le contentement qui se lit sur les visages des amants valent tous les mots et efface presque tous les maux.
On navigue dans Seuls les rebelles entre le magasin de Suzanne, le tripot dans lequel Osmane a trouvé un petit job, l'immeuble et l'appartement de Suzannne, la boutique et le café attenant où le jeune homme retrouve sa communauté d'amis. À l’extérieur, souvent dans les pas des amoureux, on découvre la ville de jour comme de nuit. Et les couleurs vives de la journée sont aussi saturées, le bleu du ciel entre autres, que celles des ambiances nocturnes. La mise en scène de Danielle Arbid est une invitation à s'aventurer aussi bien dans le dédale des émotions de ses héros, parfois contradictoires, que dans celui des rues de Beyrouth. L'amour de ce couple atypique saurait-il être aussi résilient que celui de la ville ? Seuls les rebelles ont la réponse.
La fiche
Genre : Drame
Réalisation : Danielle Arbid
Avec : Hiam Abbass, Amine Benrachid, Shaden Fakih, Alexandre Paulikevitch, Cynthia el Khazen
Pays : France, Liban, Émirats Arabes Unis
Durée : 1h38
Sortie : 24 juin 2026
Distributeur : JHR




