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Pompiers pyromanes : les services d'incendie face au défi du recrutement et du repérage des profils à risque
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France InfoأمسCrime5 د قراءةFrance

Pompiers pyromanes : les services d'incendie face au défi du recrutement et du repérage des profils à risque

Si le cas des pompiers volontaires déclenchant des incendies reste anecdotique, les Sdis tentent d'adapter leurs méthodes de recrutement et de formation pour limiter ce risque.

نظرة سريعة

  • Face à la récurrence des affaires de feux volontaires attribués à des pompiers, le recrutement des sapeurs-pompiers volontaires interroge.
  • Entre absence d'obligation d'examens psychologiques stricts et initiatives locales de dépistage, le secteur cherche à mieux repérer les profils à risque.

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لماذا يهم

Neuf départs de feu sur dix sont d'origine humaine en France, et les actes de malveillance délibérée représentent un quart de ces derniers.

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Forêt de Fontainebleau en 2026, Indre-et-Loire en 2025, Aveyron en 2024, Landes en 2022, Rhône en 2018, Hérault entre 2011 et 2019, Corse en 2009... A chaque nouvelle affaire de départ de feu volontaire provoqué par ceux que l'on désigne comme des "pompiers pyromanes", un même mélange de questionnements et de consternation ressurgit. Si le réchauffement climatique demeure le principal facteur d'aggravation des incendies, et que plus de 115 000 hectares ont brûlé à partir de 13 500 foyers recensés depuis le début de l'année 2026 en France, neuf départs de feu sur dix sont d'origine humaine. Parmi eux, il convient de distinguer les départs involontaires des actes de malveillance délibérée, responsables, eux, d'un quart des feux.

L'accumulation de ces affaires met en lumière un phénomène qui ne concerne que quelques cas isolés parmi les 200 000 pompiers volontaires français engagés. Si l'"absence de condamnation pénale incompatible avec l'exercice des fonctions" fait loi pour intégrer le processus de recrutement, les candidats souhaitant devenir sapeurs-pompiers volontaires font-ils l'objet d'expertises psychologiques ou psychiatriques au moment de leur recrutement ?

S'il existe une évaluation de l'état de santé global réalisée par un médecin du Service d'incendie et de secours agréé à l'aptitude des sapeurs-pompiers, aucun règlement ne mentionne explicitement la nécessité d'évaluer le profil psychologique ou psychiatrique des futurs sapeurs-pompiers volontaires. Jusqu'en 2025, un arrêté ministériel définissant le mode de recrutement des 97 Services départementaux d'incendie et de secours (Sdis) que compte la France imposait pourtant un référentiel réglementaire basé sur le système Sigycop, un acronymeregroupant plusieurs profils médicaux permettant d'évaluer l'aptitude médicale, physique et psychique du candidat, dont le "p" faisait référence au "psychisme". Mais le nouvel arrêté en vigueur depuis le mois d'avril 2025 ne mentionne plus cet examen.

S'il enjoignait aux médecins de ne pas négliger l'aspect psychique de l'examen de santé global, "ce test ne permettait en aucun cas de déceler de potentiels incendiaires ou pyromanes", affirme à franceinfo un médecin-chef habitué à faire passer le test Sigycop à des pompiers volontaires dans un Sdis du sud de la France, où les feux de forêt sont réguliers. Pour lui, aucun examen de ce type n'est réellement susceptible de déceler un futur passage à l'acte.

Certains Sdis choisissent toutefois de mettre en place, dans le processus de recrutement, un entretien avec une psychologue. Dans certains services, il vise à soulever les vulnérabilités potentielles des candidats face à ce à quoi ils seront confrontés en intervention, comme le secours d'urgence aux personnes, sans spécifiquement focaliser sur les risques liés au feu. "Il est vrai que, même si les conséquences sont absolument désastreuses, le risque reste anecdotique compte tenu du nombre de pompiers", assure à franceinfo Sabrina Gineau, psychologue au Sdis de Charente-Maritime.

Dans ce Sdis, le risque est toutefois pris très au sérieux, au point de faire l'objet d'investigations plus poussées dans le processus de recrutement, par le biais de deux mesures complémentaires ayant pour but de repérer deux types d'incendiaires. D'abord, un premier entretien, très protocolaire, vise à établir s'il existe des signes laissant penser que le candidat pourrait présenter des troubles psychiatriques comme la pyromanie.

L'objectif consiste alors, pour la psychologue, à chercher des signaux faibles pouvant être décelés en raison de la forte concomitance établie entre pyromanie et addictions, troubles dépressifs anxieux ou bipolaires, jeux d'argent pathologiques, par exemple. Lorsqu'ils existent, Sabrina Gineau se tourne vers le médecin-chef du Sdis, à qui il revient de prononcer une inaptitude temporaire, le temps de demander une expertise psychiatrique.

Les études soulignent toutefois à quel point cette pathologie est rare : sur un échantillon important d'incendiaires rencontrés dans le système pénal après des actes répétés d’allumage d’incendies, l'une d'elles, citée dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5-TR), a par exemple établi que seules 3,3% d'entre elles ont des symptômes répondant à tous les critères diagnostiques de pyromanie.

En effet, la pyromanie est un trouble disruptif du contrôle des impulsions et des conduites, classifiée dans le DSM-5-TR, l'ouvrage de référence international en psychiatrie. Ce trouble psychiatrique repose sur une définition précise et restrictive et doit, pour être diagnostiqué, remplir six critères cumulatifs listés par l'Association américaine de psychiatrie (PDF). Sont exclus de cette définition les incendiaires agissant pour des motifs rationnels et personnels, qu'ils soient de nature politique, commerciale, de l'ordre de la vengeance ou encore de la dissimulation d'une activité criminelle.

La recherche de ce trouble psychiatrique ne suffit donc pas. Le Sdis de Charente-Maritime a franchi un cap il y a quatre ans, en se dotant d'un nouvel outil : un questionnaire d'une vingtaine de lignes. Développé par Theresa Gannon, chercheuse en psychologie de l'université britannique de Kent et spécialiste des questions relatives aux incendies volontaires, il vise à repérer de potentiels incendiaires parmi les candidats, au-delà des profils psychiatriques.

S'il "n'existe pas de spécificité du pompier volontaire pyromane", comme le souligne à franceinfo Laurent Layet, psychiatre et expert judiciaire, les principaux mobiles répertoriés par la littérature scientifique sur cette catégorie soulèvent notamment le besoin d'attention, de gratification et d'héroïsme. Des candidats peuvent ainsi être tentés, pour ces motifs, de rentrer dans les rangs des pompiers pour intervenir et éteindre les feux qu'ils ont eux-mêmes allumés.

Ce test s'adressait à l'origine à l'ensemble des 200 candidats annuels du département. Désormais, n'y sont soumis que les profils dont des "événements passés difficiles à surmonter, des addictions et une tendance à l'impulsivité" ont été repérés à l'occasion du premier rendez-vous, témoigne Sabrina Gineau. Ces deux dernières années, seule une vingtaine de candidats ont été concernés. Parmi eux, trois profils ont été écartés du processus de recrutement en raison de leurs résultats.

"Nous avons conscience qu'il existe un biais de désirabilité sociale au sein des candidats, pouvant les encourager à modifier leurs réponses pour nous dire ce que nous avons envie d'entendre, mais il y a des signes qui ne trompent pas, affirme la psychologue. Les personnes qui ont un rapport pathologique au feu ne mesurent pas à quel point leur relation aux incendies est différente des autres pompiers. Il est aisé de distinguer ceux qui modifient trop grossièrement leurs réponses, tant les résultats s'avèrent incongrus".

Si le secrétaire général du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France, Bruno Ménard, se montre plus que sceptique vis-à-vis de ce questionnaire – quand bien même il considère que ceux qui le mettent en place "ont le mérite d'essayer de prévenir le risque" – il reste persuadé que ça ne permettra pas d'éviter de nouveaux départs de feux dans les rangs des pompiers volontaires. "On a travaillé pendant quatre ans avec un collègue qui déclenchait des feux délibérément. On n'a rien perçu, comment voulez-vous qu'on puisse cerner ceci dans un entretien de 30minutes et par un questionnaire ?", s'interroge-t-il.

Encore marqué par cette expérience, Bruno Ménard plaide pour que tous les maillons de la chaîne de commandement, et notamment les chefs de centres qui côtoient au quotidien les sapeurs-pompiers volontaires, puissent être formés pour "apprendre à repérer des signaux faibles sur le terrain, pour être en mesure de donner l'alerte, comme c'est le cas dans les gendarmeries". Sur ce point, les deux acteurs convergent. S'il n'y "a pas de risque zéro", c'est en travaillant en ce sens que les "brebis galeuses de la pyromanie" pourront, selon eux, être mieux repérées.

أسئلة مفتوحة

  • Comment généraliser le repérage des signaux faibles sans alourdir le recrutement ?
  • Quels outils standardisés pourraient être adoptés au niveau national ?

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This article was originally published by France Info.

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