SFR condamné à 10 millions d’euros pour des forfaits «à vie» qui ne l’étaient pas vraiment
« Ne vous mariez jamais avec un conseiller RED. Quand il dit "c’est pour la vie", ça veut dire deux ans », ironisait un internaute en décembre 2020 après l’augmentation de trois euros du prix du forfait RED par l’opérateur de télécommunications SFR. Le trait d’esprit faisait référence aux publicités vantant les qualités de cette offre bon marché « sans condition de durée », « sans prix qui double au bout d’un an », « pendant un an et après aussi », ou encore «à vie», même si cette dernière mention n’a jamais été employée par l’opérateur lui-même.
Six ans plus tard, SFR a été reconnu coupable de «pratiques commerciales trompeuses», a annoncé ce lundi l’association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir. Le Tribunal correctionnel de Paris a estimé, le 19 mars 2026 , que les affirmations de l’entreprise pouvaient faire croire que les prix de ses forfaits RED ne changeraient jamais. Les juges condamnent donc l’opérateur à une amende de 10 millions d’euros, dont 5 millions avec sursis.
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La décision s’appuie sur des milliers de signalements de consommateurs reçus via la plateforme SignalConso de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) mais aussi auprès du service client de SFR. L’UFC-Que Choisir avait déposé deux plaintes successives dénonçant les pratiques de l’opérateur. Une première plainte dès 2021 n’avait pas donné lieu à une instruction judiciaire. La seconde en 2022, lors de laquelle l’association s’était constituée partie civile, avait obligé les juges à se pencher sur le dossier.
«Un signal fort en faveur de la transparence»
L’affaire concerne la communication de SFR entre 2017 et 2020, mais aussi celle de ses revendeurs indépendants et des échanges sur les réseaux sociaux, suggérant que le prix du forfait RED n’était pas susceptible d’évoluer. Le Tribunal correctionnel de Paris reproche notamment à SFR d’avoir laissé prospérer l’usage généralisé de la mention « à vie », notamment via ses partenaires et sous-traitants, sans y mettre fin. Ce qui a contribué à entretenir la confusion auprès des consommateurs.
Or, la marque au carré rouge avait augmenté les tarifs en 2021, laissant ses abonnés face à un dilemme : soit ils acceptaient de payer plus cher, soit ils devaient résilier leur contrat. Cette augmentation est toutefois permise par la loi pour tenir compte des spécificités du marché de la télécommunication. Le code de la consommation autorise en effet les opérateurs «à effectuer une modification unilatérale du contrat» à condition que cette modification soit «annoncée au consommateur sur support durable (par lettre ou par courriel) au moins un mois avant son entrée en vigueur.»
« Même si ce n’est pas eux directement qui utilisaient la mention ’à vie’, ils ont laissé faire», pointe Véronique Louis Arcene, juriste pour l’UFC- Que Choisir. «Le tribunal a bien compris que SFR ne s’adressaient pas à un public averti, au vu du nombre de signalements de consommateurs qui n’avaient pas compris que le prix pouvait augmenter. Ils ont joué sur l’ambiguïté», poursuit-elle.
Outre l’amende, l’opérateur de télécommunications doit afficher sa condamnation sur son site internet ainsi que sur les réseaux sociaux de la marque Red by SFR pendant trente jours. L’ UFC-Que Choisir a salué un «signal fort en faveur de la transparence des pratiques commerciales adressé aux autres opérateurs concurrents.»





