Comment les villes s'adaptent aux canicules : des solutions concrètes
Auf einen Blick
- Face aux vagues de chaleur, les métropoles mondiales innovent.
- Des villes comme Milan, Medellin, Séville, Freetown, Ahmedabad, Boston et Barcelone déploient des stratégies variées : dépavage, végétalisation, ombrage, toits blancs, rafraîchissement des transports et création de refuges climatisés pour lutter contre les îlots de chaleur urbains.
KI-generierte Zusammenfassung
Rien qu'en Europe, 410 millions de personnes ont fait l'expérience de températures supérieures à 35°C au moins une fois lors de la vague de chaleur du 15 au 30 juin. Vendredi 3 juillet, des conditions météorologiques étouffantes se sont abattues sur une partie de la côte est des Etats-Unis, tandis que l'Inde a connu au printemps des pics à plus de 45°C. Pour les métropoles du monde entier, s'adapter à ces conditions n'est pas un luxe, mais une nécessité.
Depuis 2005, le réseau C40 rassemble des municipalités pionnières, qui ont fait de l'adaptation au changement climatique une priorité. Londres, Paris, Rio de Janeiro, Bangkok, Addis-Abeba, Sydney, Los Angeles... Il compte aujourd'hui pas loin d'une centaine de villes à travers le monde. Franceinfo a tiré les enseignements de leurs expériences et sélectionné quelques mesures qui fonctionnent.
Enlever les pavés et le goudron
Le "dépavage" constitue "l'une des actions les plus efficaces d'adaptation au changement climatique en zone urbaine", explique la ville de Milan, qui a intégré cette solution à son Plan d'action climatique en 2022. Cette stratégie – de plus en plus utilisée à travers le monde pour corriger les effets de l'asphalte, du béton ou du goudron – permet de rendre les surfaces plus perméables, et donc capables de diminuer la température superficielle et de mieux retenir l'eau.
Qu'il s'agisse de végétaliser la zone, ou d'utiliser un revêtement plus clair (qui emmagasinera moins de chaleur), la municipalité italienne compte remplacer les matériaux d'hier pour des sols moins chauds mais aussi plus drainants pour faire de Milan une ville "éponge", plus résiliente face aux fortes chaleurs et aux risques d'inondations. Au début de l'année, 27 chantiers étaient ainsi en cours dans la capitale lombarde.
Relier les espaces verts
Climatiseurs naturels, les arbres figurent en tête des solutions pour adapter les villes au changement climatique. Choix des essences, emplacement... Les contraintes et les objectifs diffèrent d'une ville à l'autre. Mais l'initiative de Medellin, deuxième ville de Colombie, fait office de modèle. La municipalité y a créé 30 "corridors verts" arborés, connectés aux espaces verts et aux jardins.
Cet effort de planification, couplée à un investissement conséquent (16,4 millions de dollars, soit 6,5 dollars par habitants) a permis de faire baisser la température de 2°C, de faire chuter le nombre de maladies liées à la pollution de l'air et de faire revenir une biodiversité qui avait depuis longtemps déserté la ville. Le tout en impliquant les habitants et en créant des emplois (de jardiniers, évidemment). Car Medellin doit désormais allouer 625 000 dollars par an à l'entretien de ces couloirs verts.
A la fois bien dotée en espaces verts, mais très dense en termes de population, Singapour travaille également depuis des décennies à raccorder les zones résidentielles et les espaces naturels. D'ici 2030, les autorités se sont engagées à développer 300 km de voies vertes et 500 km de "connexions", afin d'agrandir encore ces réseaux de fraîcheur et de biodiversité.
Faire de l'ombre
Séville, en Espagne, est coutumière des journées à plus de 40°C. Dans les rues étroites du centre-ville historique, il est impossible de planter des rangées d'arbres pour apporter de l'ombre. La stratégie de la municipalité consiste ici à installer des toiles d'ombrage, appelées toldos. Cette année, "ces installations couvriront 30 rues et places", grâce à des toiles et à des structures métalliques fournies dès le début du mois de mai par les services d'urbanisme. Elles seront retirées au début de l'automne.
A Freetown, au Sierra-Leone, l'installation d'un système similaire a été déployée dans plusieurs marchés en plein air de la ville, pour mettre à l'abri les commerçantes (essentiellement des femmes) qui travaillent toute la journée sous un soleil de plomb. Peu coûteuse, l'initiative a changé la vie de 2 300 femmes jusqu'ici dangereusement exposées à la chaleur.
Blanchir les toits
Repeindre en blanc les toits des bâtiments ou les couvrir d'un matériau clair (comme des tuiles blanches) pour y faire baisser la température est une solution qui a fait ses preuves à travers le monde. Dans certaines régions exposées à la chaleur, il s'agit même d'une méthode ancestrale pour améliorer le confort thermique des bâtiments. En Inde, l'élément nouveau consiste à rendre cette solution accessible à celles et ceux qui en ont le plus besoin : la population vivant dans les quartiers les plus modestes, où les matériaux utilisés pour les toitures (comme la tôle) rendent la chaleur insupportable. A Ahmedabad, le Mahila Housing Trust, une organisation qui œuvre à développer des solutions peu coûteuses pour rafraîchir les habitations précaires, revendique plus de 30 000 toits blanchis dans les bidonvilles au cours des dix dernières années, selon l'agence de presse internationale IPS.
En fournissant la peinture, elle a encouragé les habitants à faire eux-mêmes cet aménagement et à en faire la promotion dans le quartier, au point d'attirer l'attention de la municipalité, qui a intégré cette méthode à son Plan d'action climatique dès 2017.
Rafraîchir les transports en commun
Rafraîchir les bâtiments ne suffit pas à soulager une ville qui étouffe sous 45°C. Toujours à Ahmedabad, la municipalité a installé des rideaux tressés en paille ainsi que des systèmes d'arrosage sur les 25 m de trottoir où se situe une station de bus particulièrement exposé aux fortes chaleurs. Au contact de la paille, l'eau projetée par ces brumisateurs contribue à rafraîchir l'air ambiant. Selon l'agence Associated Press, les autorités prévoient d'étendre cette initiative à d'autres arrêts.
Aux Etats-Unis, la municipalité de Boston a commencé à "verdir" une trentaine d'arrêts de bus, en 2024, pour apporter de l'ombre et de la fraîcheur aux voyageurs. Et à Philadelphie, des chercheurs et une ONG locale ont conçu et testé un prototype d'abribus rafraîchissant, dans l'un des quartiers qui souffre le plus du phénomène d'îlot de chaleur.
La structure "intègre un auvent d'ombrage, des panneaux de refroidissement par rayonnement et un banc à refroidissement par conduction, le tout fonctionnant grâce à une source d'énergie renouvelable totalement autonome", expliquent ses créateurs dans une étude. Leur conclusion : voici "un modèle de rafraîchissement urbain reproductible, peu coûteux et résilient, particulièrement précieux dans les contextes où les infrastructures de climatisation conventionnelles sont inaccessibles, non durables ou inadaptées".
Créer des refuges climatisés
Si les premiers centres de fraîcheur ont vu le jour aux Etats-Unis, Barcelone a été la première ville à développer, dès 2019, un réseau de "refuges" (des piscines, des marchés, des musées, etc.) pour permettre aux habitants de bouilloires thermiques d'échapper à la chaleur. Le système s'est répandu à travers le monde, mais les villes américaines ont été confrontées à un autre problème : la sous-fréquentation de certains lieux dédiés, les habitants préférant se mettre à l'abri dans leurs logements climatisés, explique le site Dialogue Earth.
En se focalisant sur l'accueil des personnes qui ne peuvent guère bénéficier de la climatisation, comme les sans-abri, mais aussi les personnes régulièrement éprouvées par des pannes de courant, des centres déployés dans les villes de Phoenix (Arizona) et de la Nouvelle-Orléans (Louisiane) ont répondu à un besoin local. Mieux encore : ces structures climatisées sont alimentées grâce à des panneaux solaires. Elles peuvent ainsi fonctionner même en cas de panne électrique et ne contribuent pas aux émissions de gaz à effet de serre.
Installer des îlots de fraîcheur
A Paris, la municipalité recense aujourd'hui 1 400 "lieux de fraîcheur", parmi lesquels figurent des bâtiments existants (comme des églises ou des équipements municipaux) et des structures éphémères (comme un brumisateur ou un point d'eau). Dans le cas de ces derniers, le concept est simple : permettre aux passants de se rafraîchir en chemin.







