Canicule en France : employeurs et salariés, quelles sont vos obligations et vos droits ?
L'essentiel
- Alors que la France fait face à une canicule, le Code du travail impose aux employeurs de garantir la sécurité des travailleurs.
- Des mesures adaptées sont nécessaires dès la vigilance jaune, incluant eau fraîche, aménagement des horaires et des locaux.
- Les salariés peuvent exercer leur droit de retrait en cas de danger grave et imminent.
Résumé généré par IA
Pourquoi c'est important
La canicule s'installe sur une large partie de la France, avec des températures approchant les 40°C. Le milieu professionnel doit s'adapter à ces vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses, signe du changement climatique.
L'été ne commence officiellement que dimanche, mais la météo a pris les devants. La canicule s'installe, jeudi 18 juin, sur une large partie de la France, de Paris au Centre-Est, avec des températures s'approchant de plus en plus des 40°C. Vingt-six départements sont en vigilance orange. Le milieu professionnel s'adapte peu à peu à ces "vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, de plus en plus nombreuses et de plus en plus intenses aussi, signe manifeste du changement climatique", comme le souligne Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France.
Voici les obligations des employeurs et les droits des salariés, alors que les grandes vacances n'ont pas encore démarré.
Du côté des employeurs : des obligations renforcées depuis un décret de 2025
Le Code du travail donne la responsabilité à l'employeur de prendre "les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs". Ce cadre général a été renforcé et précisé pour ce qui relève des ambiances thermiques, dans le cadre du décret du 27 mai 2025 Celui-ci prévoit notamment que les locaux fermés affectés au travail "doivent être maintenus à une température adaptée en toute saison".
A partir d'une vigilance jaune à la canicule, des actions supplémentaires doivent être mises en place. En extérieur, l'employeur doit mettre à disposition "de l'eau potable et fraîche pour permettre [aux travailleurs] de se désaltérer et de se rafraîchir". L'aménagement et l'agencement des lieux et des postes de travail doivent être adaptés, ainsi que l'organisation du travail, notamment les horaires. Les salariés peuvent commencer ou finir plus tôt leur journée par exemple, pour être moins exposés à la chaleur. Des périodes de repos peuvent aussi être prévues.
Sur un plan matériel, des moyens techniques doivent être mis en œuvre pour réduire le rayonnement solaire sur les surfaces exposées ou pour prévenir l'accumulation de chaleur dans les locaux de travail (pare-soleil, ventilateurs, brumisateurs...). Les équipements, dont la tenue vestimentaire, doivent aussi être appropriés pour maintenir une température corporelle stable. Autant d'éléments qui doivent être intégrés au Document unique d'évaluation des risques professionnels (Duerp). En phase de vigilance rouge, il appartient à l'employeur de procéder à une réévaluation quotidienne des risques encourus par chacun des salariés.
Si des inspecteurs du travail constatent des mesures de prévention insuffisantes, ils peuvent prononcer une mise en demeure. L'employeur dispose alors d'un délai de huit jours minimum pour mettre en place des mesures. Ce qui déborde souvent de la période de canicule.
Dans le BTP, un décret du 28 juin 2024 avait déjà fait entrer la canicule dans la liste des intempéries reconnues comme un motif de chômage technique pour les ouvriers, ce qui leur permet d'être indemnisés. En l'absence d'eau courante, chaque travailleur de chantier doit bénéficier d'au moins trois litres d'eau par jour. Il doit aussi disposer d'un local pour se mettre à l'abri. Les travailleurs forestiers et sylvicoles sont aussi concernés.
Du côté des salariés : un droit de retrait en cas "de danger grave et imminent"
Le Code du travail ne définit pas de seuil de température à partir duquel les travailleurs peuvent cesser leur activité. Selon l'INRS, un centre de réflexion sur la santé et la sécurité au travail géré par les partenaires sociaux, toute température supérieure à 30°C "pour une activité sédentaire", et à 28°C "pour un travail nécessitant une activité physique", "peut constituer un risque pour les salariés". Les principaux risques sont la déshydratation, les crampes et le coup de chaleur. Celui-ci est rare, "mais potentiellement mortel", souligne l'INRS.
Si le salarié fait face à "un danger grave et imminent" pour sa santé, il peut exercer son droit de retrait en quittant son poste, après avoir alerté son employeur. En théorie, ce dernier ne pourra pas lui demander de retourner à son travail tant que ce danger existe et aucune sanction ou retenue de salaire ne pourra être exercée. A noter que les jeunes travailleurs de moins de 18 ans ne doivent pas être affectés à des travaux les exposant à une température extrême susceptible de nuire à la santé.
Peut-on venir travailler dans la tenue de son choix ? Selon un arrêt de la Cour de cassation de mai 2003, la liberté vestimentaire au travail peut être restreinte si ces limites sont justifiées par la nature de la tâche à accomplir, par l'intérêt de l'entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché. Autrement dit, un employeur peut interdire le port du short si cela nuit à l'image de l'entreprise, en particulier dans les métiers de contact avec les clients ou s'il existe des impératifs de sécurité, sur les chantiers par exemple. Mais l'entreprise est aussi tenue à son obligation de sécurité en cas de fortes chaleurs. C'est donc du cas par cas.
Questions ouvertes
- Comment les entreprises non soumises au Code du travail gèrent-elles la canicule ?
- Quelles sont les sanctions précises pour les employeurs récalcitrants ?






