La musique, un superpouvoir pour raviver la mémoire et construire l'identité
L'essentiel
- La musique a le pouvoir de raviver des souvenirs précis grâce à son lien avec les émotions.
- Les scientifiques expliquent que les mélodies, en régulant les émotions, créent des "briques musicales" qui façonnent notre identité et restent intactes même chez les patients atteints d'Alzheimer.
Résumé généré par IA
Pourquoi c'est important
La musique a la capacité remarquable de raviver des souvenirs, un phénomène lié à son rôle dans la régulation des émotions et à la connexion entre le système limbique et l'hippocampe.
Une chanson que vous n’avez pas entendue depuis quinze ans mais dont vous vous souvenez de chaque mot. Un souvenir qui remonte au bout de quelques notes… C’est l’un des superpouvoirs de la musique : elle peut raviver notre mémoire de manière assez bluffante. Et nous en avons sûrement tous fait l’expérience : « GoldenEye, 1995, Tina Turner. Dès les premières notes, réaction immédiate, le souvenir de voir James Bond au cinéma avec mon père, ce qui était une première », raconte Laëtitia, 43 ans.
Le début d’une longue tradition, celle de voir ensemble « tous les films de la saga qui sortaient au cinéma, […] seule activité que nous faisions tous les deux », poursuit-elle. Ce superpouvoir de la mélodie a évidemment piqué la curiosité des scientifiques, qui ont démontré que ce phénomène n’a rien de hasardeux.
Les émotions, le cœur de la machine mémoire
Si de simples notes peuvent raviver des souvenirs, c’est avant tout parce que « la fonction principale de la musique est de réguler les émotions », explique Emmanuel Bigand, professeur en psychologie cognitive à l’Institut universitaire de France et chercheur CNRS à l’université Bourgogne-Europe. Or, le centre des émotions dans le cerveau, le système limbique, « est lié à une des structures essentielles pour la mémoire » : l’hippocampe, dont « le rôle est de mémoriser toutes les situations qui sont associées à des émotions positives ou négatives ».
Mémoire et musique sont donc extrêmement liées, au point que les mélodies façonnent qui nous sommes. « Les moments et les émotions régulés par la musique laissent des traces en mémoire, ce que j’appelle des briques musicales, et nous construisons notre identité et notre personnalité avec toutes ces briques », illustre le spécialiste en neurosciences. Lina, 29 ans, se reconnaît dans ce fonctionnement : « Chacune des musiques que j’écoute a une signification particulière, un lien avec une période de ma vie, une personne, un endroit […]. Je cherche toujours de nouveaux artistes pour accompagner chaque moment de ma vie. »
Une mémoire vive
Ce lien fort entre musique et personnalité est particulièrement visible avec des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, « dont le système de mémoire s’effondre mais dont les briques musicales sont intactes », indique le chercheur. Ce qui permet, pour les thérapeutes, d’utiliser la musique comme « un outil pour mettre le patient en relation avec son histoire et son identité ».
Et lorsqu’une chanson vous renvoie instantanément à un moment particulier de votre vie, ce sont ces briques de personnalité qui sont réactivées d’un coup, car le système émotionnel répond très vite. « En faisant des expériences, on a montré qu’on peut retrouver l’identité et la familiarité d’une musique qu’on connaît en moins de 500 millisecondes », explicite Emmanuel Bigand, preuve que ces informations sont gravées dans les réseaux profonds de notre personne.
Une mémoire parfois un peu trop tenace
Si notre super mémoire de la musique peut nous servir à frimer en montrant qu’on connaît mot pour mot toutes les chansons de Queen ou d’Aya Nakamura, elle peut aussi rendre fou. Qui n’a jamais eu un refrain, un air, parfois seulement quelques mots, qui tournent en boucle dans notre tête pendant des heures, voire des jours ? Ce phénomène est « très spécifique à la musique », qui « repose sur des cellules mélodiques et rythmiques qui sont répétées un très grand nombre de fois dans une même chanson », explique Emmanuel Bigand.
Questions ouvertes
- Comment optimiser l'usage thérapeutique de la musique ?
- Quels sont les mécanismes neuronaux précis des refrains entêtants ?




