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Le sujet du brevet de français 2026 : Blaise Cendrars, "Les sentiers de la gloire" et deux sujets de rédaction
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Le Figaro Actualités26.06.2026Education13 dk okumaFrance

Le sujet du brevet de français 2026 : Blaise Cendrars, "Les sentiers de la gloire" et deux sujets de rédaction

L'essentiel

  • Le brevet de français 2026 a eu lieu ce vendredi 26 juin.
  • Le sujet comprenait un texte de Blaise Cendrars sur la Première Guerre mondiale pour la dictée et la compréhension, ainsi que deux sujets de rédaction au choix.

Résumé généré par IA

Pourquoi c'est important

Le brevet est un examen national passé par les élèves à la fin du collège en France. Le sujet de français porte sur la compréhension de texte, la grammaire, la dictée et la rédaction.

Taille de police

C’est parti ! En France métropolitaine, l’écrit de français du brevet 2026 se tient ce vendredi 26 juin entre 9 heures et 12 heures 15.

Le sujet du brevet de français en bref : pour la dictée, les questions de grammaire et de compréhension, les candidats sont tombés sur un texte de Blaise Cendrars qui raconte un souvenir de la Première Guerre mondiale. La photo choisie est tirée du film de Stanley Kubrick (1957), Les sentiers de la gloire, film américain qui traite de la Première guerre mondiale également, avec Kirk Douglas. Petit piège, le texte a été publié en 1945, soit à la fin de la Seconde guerre mondiale !

Pour la rédaction, les candidats avaient le choix entre un sujet d’imagination : « Quand je rentrai au campement, avant le lever du jour, les hommes me dirent :

- Dis donc, caporal, tu nous as fait une belle peur, cette nuit. Qu’est-ce qui t’est arrivé ? »

Le narateur leur fait alors le récit de sa nuit en masquant sa peur et en se présentant sous un jour héroïque.

Vous raconterez cette scène.

Le deuxième sujet était : Qu’apporte au lecteur ou au spectateur la découverte d’œuvres qui se déroulent à une autre époque ?

La dictée

Texte de la dictée :

La peur de mourir. Jamais je n’ai vu quelqu’un avoir aussi peur de ça que Faval. Il en devenait extravagant et tout le monde se moquait de lui et le faisait marcher. Mais lui, comprenant très bien que les camarades lui jouaient des mauvais tours ou lui montaient des bateaux pour lui faire peur, ne se mettait jamais en colère et continuait à avoir peur, une peur bleue. C’était un être très simple, voire fruste. Il avait les jambes courtes et trapues, un torse démesuré et puissant, des bras formidables, une petite tête, pas de front, une tignasse de violoniste et des yeux souriant avec une candeur enfantine. C’était un être d’une force musculaire prodigieuse, sans aucune méchanceté et qui croyait tout ce qu’on lui disait.

D’après Blaise Cendrars, L’Homme foudroyé, 1945.

Texte littéraire

Blaise Cendrars raconte un souvenir de la Première Guerre mondiale durant laquelle il a été mobilisé. Une nuit, il part en éclaireur, seul, pour repérer l’emplacement des tranchées allemandes.

Tout à coup je saisis mon fusil, prêt à tirer. J’avais l’impression qu’un homme avait bougé, là, en face de moi.

Était-ce victime d’une illusion des sens ? Je ne voyais rien, mais j’étais sûr qu’un homme était là.

Je bandais toutes mes facultés¹. J’aurais crié de frayeur. Je ne voyais rien, je n’entendais rien, je ne percevais rien.

J’attendis longtemps.

Le sang me montait à la tête. Je sentais mon cœur battre. La vue, l’ouïe, le flair, tout commençait à me faire mal tellement ma tension était aiguë.

J’étais sûr qu’il était là.

Des gouttes de sueur me coulaient entre les omoplates.

Il était si proche qu’il devait m’entendre respirer puisque je m’entendais respirer, moi. Comme moi, il devait être saisi.

Je m’attendais à recevoir un coup de feu d’une seconde à l’autre.

Rien.

Toujours rien.

Rien.

Au bout d’un long moment, j’osai bouger. Je collai mon oreille au sol. Rien. Attention. Rien. Mais si… J’entends comme un bruit d’herbe froissée… On s’approche en rampant… Ils doivent être deux ou trois… Alors, je pousse un soupir de soulagement. S’ils viennent, si je les entends, le danger est moins proche que je ne le croyais, je ne suis plus en tête à tête dans le noir avec cet ennemi invisible dont j’ai cru deviner la présence, là, en face de moi, si près, si près que je craignais qu’il ne perçoive mon souffle. Les autres peuvent venir, je les attends, prêt à tirer… et c’est alors que concentrant toute mon attention sur mon index placé sur la gâchette, c’est alors que je me rends compte que ma main tremble nerveusement et que ce bruit d’herbe foulée, que je prenais pour l’approche de deux ou trois Allemands rampant imperceptiblement vers moi, était causé par la pointe de ma baïonnette² à qui le tremblement nerveux de la main, transmis par la longueur de mon fusil, faisait décrire un va-et-vient d’une certaine amplitude parmi les herbes folles où cette pointe était engagée.

— Pauvre Blaise, me dis-je, en me détendant, tu as eu une sacrée frousse³ ! …

Et à l’instant même me partit en plein visage un coup de feu qui, si j’avais porté barbe ou moustache, m’eût roussi le poil. Et ce fut une galopade de bottes. Je tirai deux coups de fusil en direction de cette galopade et lançai quelques grenades, dont une grosse à manche, dans le petit bois.

… Et la belle nuit sereine reprit son cours…

Blaise Cendrars, L’Homme foudroyé, « Dans le silence de la nuit », 1945.

¹ Je bandais toutes mes facultés : j’étais en alerte.

² Baïonnette : sorte de petite épée fixée au bout d’un fusil.

³ Frousse : peur (familier).

I. Compréhension et compétences d’interprétation (32 points)

Le corrigé de Jean Faure-Beaulieu est en gras.

1. Donnez un titre à chacune des quatre parties du texte :

— lignes 1 à 17 ;

L’attente angoissée de l’ennemi

— lignes 18 à 32 ;

Redescente de la tension

— lignes 33 à 36 ;

L’explosion inattendue/ Résolution rapide du récit

— ligne 37. (4 points)

Retour à la tranquillité

2. Lignes 1 à 17 :

Quel sentiment ou quelle émotion éprouve le narrateur dans cette première partie du texte ? Justifiez votre réponse par deux citations du texte. (4 points)

Dans cette première partie du texte, le narrateur éprouve de la terreur. On peut le voir dans les citations suivantes : « J’aurais crié de frayeur » (l.5) et « Je sentais mon cœur battre. La vue, l’ouïe, le flair, tout commençait à me faire mal tellement ma tension était aiguë. » (l.8)

3. Lignes 14 à 20 : de « Je m’attendais à recevoir […] » à « […] Ils doivent être deux ou trois… »

Comment le narrateur rend-il compte de son inquiétude ? Deux éléments de réponse sont attendus. Chacun d’eux s’appuiera sur l’identification précise et l’analyse d’un procédé d’écriture. (6 points)

Le narrateur rend compte de son inquiétude tout d’abord en ralentissant l’action lorsqu’il écrit : « Je m’attendais à recevoir un coup de feu d’une seconde à l’autre.

Rien.

Toujours rien.

Rien. »

Dans ce passage, la succession des phrases courtes qui n’ajoutent aucun événement nouveau ainsi que le retour à la ligne, ralentit l’action et pousse le lecteur à entrer dans la même attente inquiète que le narrateur.

Ensuite, le narrateur nous fait partager son inquiétude en nous plongeant au cœur de l’action, lorsqu’il écrit :

« Attention. Rien. Mais si… J’entends comme un bruit d’herbe froissée… On s’approche en rampant… Ils doivent être deux ou trois »

Dans ce passage, le récit passe au présent de narration, ce qui favorise l’immersion dans la scène en la rendant présente. Le narrateur décrit chaque petit événement au fur et à mesure, comme s’ils étaient en train de se produire, et en partageant aussi ses hésitations, manifestées par les contradictions « Mais si… », les doutes « comme un bruit », « Ils doivent être » et les points de suspension.

4. Lignes 20 à 32 : de « Alors, je pousse un soupir de soulagement. […] » à « […] tu as eu une sacrée frousse ! … »

Que fait le narrateur pour se rassurer ? Deux éléments de réponse sont attendus, justifiés chacun par une citation du texte. (4 points)

Pour se rassurer, le narrateur tente de se raisonner en se convaincant qu’un ennemi est réellement présent devant lui, donnant ainsi un corps à son angoisse aveugle : « S’ils viennent, si je les entends, les danger est moins proche que je ne le croyais, je ne suis plus en tête à tête dans le noir avec cet ennemi invisible dont j’ai cru deviner la présence. » (l.l.22) Il peut alors se fier à ses armes : « Je les attends, prêt à tirer » (l.24)

Ensuite, lorsqu’il comprend l’origine du bruit perçu, il se parle à lui-même en tourant en dérision la peur qu’il a eue : « Pauvre Blaise, me dis-je, en me détendant, tu as eu une sacrée frousse !... » (l.32) Il utilise un registre familier qui rabaisse la frayeur ressentie à une simple « frousse »

5. Comment le narrateur, tout au long du texte, parvient-il à entretenir le doute sur la présence d’un ennemi ? Vous développerez votre réponse en vous appuyant sur trois éléments, justifiés chacun par une citation du texte. (6 points)

Le narrateur entretient le doute sur la présence d’un ennemi par plusieurs procédés :

- En faisant alterner des informations contradictoires, selon ce que perçoit le narrateur: « J’étais sûr qu’il était là » (l.10), « Rien. Toujours rien » (l.15), « Ils doivent être deux ou trois » (l.20), « ce bruit d’herbes foulées […] était causé par la pointe de ma baïonnette » (l.26). Le lecteur ne sait plus quoi croire de toutes ces informations.

- En donnant une perception interne de la scène très floue : Lorsqu’il dit « Je ne voyais rien, je n’entendais rien, je ne percevais rien. » (l.5), « la vue, l’ouïe, le flair, tout commençait à me faire mal » (l.8) et « J’entendais comme un bruit », on voit que les sens du narrateur sont soit complètement voilés, soit brouillés et soumis au doute.

- En donnant la succession de ses doutes et de ses hypothèses en focalisation interne, afin que le lecteur n’en sache pas plus que le narrateur : « Étais-je la victime d’une illusion des sens ? » (l.3), « Je m’attendais à recevoir un coup de feu d’une seconde à l’autre. » (l.14), « Ils doivent être deux ou trois… » (l.20)

6. Texte et image

Dans quelle mesure ce photogramme du film Les Sentiers de la gloire peut-il illustrer le texte ? Vous développerez votre réponse en vous appuyant sur deux arguments au moins. Chacun devra être justifié en vous référant au texte et à l’image. (8 points)

Ce photogramme illustre très bien le texte, en effet :

- Il représente un soldat dans une situation comparable à celle décrite par Blaise Cendrars. Le soldat est allongé au sol, son fusil à la main, comme le narrateur qui part seul en éclaireur. Son regard très attentif montre qu’il est en état d’alerte.

- Ensuite, l’image met en valeur la tension psychologique. Le regard du soldat est fixe, les yeux écarquillés, et sa mâchoire est crispée, ce qui révèle de la peur ou du moins une tension forte. Son corps est plaqué contre le sol. Cela rappelle la peur du narrateur lorsqu’il attend un éventuel ennemi invisible.

- Enfin, l’uniforme du militaire, son casque et son arme (un revolver) semblent dater de la Première Guerre Mondiale, et donc appartiennent à la même époque que le texte de Cendrars.

Grammaire

II. Grammaire et compétences linguistiques (18 points)

7. « Mais si… J’entends comme un bruit d’herbe froissée… On s’approche en rampant… » (l. 19-20)

a) Recopiez les verbes conjugués. Indiquez le mode et le temps de ces verbes. (2 points)

« entends » : présent de l’indicatif

« approche » : présent de l’indicatif

b) Dans ces phrases, quelle est la valeur de ce temps ? (1 point)

Dans ces phrases, il s’agit d’un présent de narration

8. « Les autres peuvent venir, je les attends, prêt à tirer… » (l. 24)

a) Quelle est la classe (ou nature) grammaticale du mot souligné ? (1 point)

« les » est un pronom personnel

b) Quelle est sa fonction grammaticale ? (1 point)

Sa fonction est COD du verbe « attends »

9. « cet ennemi invisible » (l. 22)

a) Identifiez et nommez les trois éléments qui composent le mot souligné. (1,5 point)

- In- : préfixe privatif

-Vis- : radical

-ible : suffixe exprimant la possibilité

b) Expliquez son sens et donnez un mot de la même famille. (1,5 point)

Il veut dire « qui ne peut pas être vu »

Exemple de mot de la même famille : visuel, révision, aviser…

10. Réécrivez le passage suivant en remplaçant « je » par « nous ». Faites toutes les modifications nécessaires. (10 points)

« je les attends, prêt à tirer… et c’est alors que concentrant toute mon attention sur mon index placé sur la gâchette, c’est alors que je me rends compte que ma main tremble nerveusement et que ce bruit d’herbe foulée, que je prenais pour l’approche de deux ou trois Allemands rampant imperceptiblement vers moi, était causé par la pointe de ma baïonnette » (lignes 24 à 28).

« Nous les attendons, prêts à tirer… Et c’est alors que concentrant toute notre attention sur notre index placé /nos index placés sur la gâchette, c’est alors que nous nous rendons compte que notre main tremble nerveusement, et que ce bruit d’herbe foulée, que nous prenions pour l‘approche de deux ou trois Allemands rampant imperceptiblement vers nous, était causé par la pointe de notre baïonnette /nos baïonnettes. »

Le sujet de la rédaction du brevet 2026

Au choix :

Sujet d’imagination :

« Quand je rentrai au campement, avant le lever du jour, les hommes me dirent :

- Dis donc, caporal, tu nous as fait une belle peur, cette nuit. Qu’est-ce qui t’est arrivé ? »

Le narrateur leur fait alors le récit de sa nuit en masquant sa peur et en se présentant sous un jour héroïque.

Vous raconterez cette scène.

Commentaire de notre professeur :

Le sujet est assez libre, plutôt facile, et contient peu de subtilités susceptibles de dérouter les élèves.

Points de vigilance :

Sujet de réflexion

Qu’apporte au lecteur ou au spectateur la découverte d’oeuvres qui se déroulent à une autre époque ?

Pistes de correction :

I- Elargir ses connaissances

a) Une connaissance historique par le récit

- Le récit permet de rendre l’enseignement historique plus agréable

- Le récit donne de nombreux éléments vus de l’intérieurs, qu’on ne peut imaginer avec une vision surplombante

- Le récit permet de vivre les événements comme les gens l’ont vécu

b) La connaissance historique par le particulier

- On entre dans des détails qui rendent plus réels les événements

- Le récit d’une expérience particulière peut en dire plus qu’une description extérieure

II- Vivre une expérience du passé

a) Vivre des événements qu’on n’aurait pas pu connaître à notre époque

- L’art permet de vivre des expériences à travers la subjectivité d’un auteur, sans avoir à vivre leur dureté (épidémies, guerres)

- Créer une relation entre les vivants et les morts : on peut connaître des personnages figés par l’histoire, comme de vraies personnes. (ex : les Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar)

b) Apporter un enseignement sur notre époque

- Certains événements passés peuvent nous renvoyer à notre propre condition et nous permettre de lire notre présent à cette lumière

- Ex : situaton d’épidémie de COVID-19, on a pu relire La Peste de Camus

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This article was originally published by Le Figaro Actualités.

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