Tour de France : cinq questions pour comprendre les tactiques des coureurs
L'essentiel
- Le Tour de France, souvent perçu comme une simple procession, est en réalité un jeu complexe de tactiques.
- Cet article explique pourquoi les coureurs roulent en peloton, comment les échappées se forment, l'organisation de la poursuite, le rôle des équipiers et le principe du drafting pour économiser l'énergie.
Résumé généré par IA
Si pour vous, le Tour de France s'apparente à une longue procession de coureurs à l'heure de sieste dans des paysages magnifiques, c'est que vous n'avez pas perçu les spécificités du cyclisme, et notamment les tactiques mises en place pour que le scénario à l'écran n'ait rien d'un hasard. Franceinfo: sport a choisi cinq questions pour vous aider à décrypter la prochaine étape de la Grande Boucle que vous verrez, à partir de ce samedi 4 juillet.
Pourquoi les coureurs roulent-ils en peloton ?
C'est peut-être la question la plus entendue par ceux qui découvrent la Grande Boucle. Sur toutes les étapes sans exception, la très grande majorité des coureurs roule en peloton compact, tous proches les uns des autres, dans un exercice d'équilibriste pendant plusieurs heures par jour. Pourquoi alors s'infliger cela au lieu de rouler en file indienne comme vous sur la piste cyclable ? "Cela fait gagner énormément d'économie d'énergie et de vitesse en bénéficiant des effets d'aspiration, tout simplement, de l'effet de groupe. Il y a une traînée en termes d'aérodynamisme et de coefficient de pénétration dans l'air", nous détaille notre consultant Lilian Calmejane.
Dans un peloton, les hommes tout devant sont donc ceux qui font le plus d'effort pour maintenir une vitesse semblable, alors que ceux pile au milieu – surnommée la "boule" – sont ceux qui en font le moins. "En deuxième position, tu économises déjà environ 30 à 40%. Puis en troisième ou quatrième position du peloton, tu es déjà à 60% d'économies. C'est-à-dire que lorsqu'un coureur en tête de peloton sera à une puissance de 400 watts, un autre, qui est bien dans la boule sans trop de turbulences, sera à 200 à peine. Donc l'économie d'énergie, elle est énorme", poursuit l'ancien coureur. Un gain colossal qui, s'il rend les risques de chute plus élevés en étant au milieu, fait gagner énormément d'énergie sur une étape entière. Sauf dans les cas où le peloton doit s'étirer, en fonction du vent, des chutes, ou quand le rythme s'accélère.
Pourquoi certains coureurs partent en échappée et pas d'autres ?
La constitution de l'échappée est toujours la première séquence d'une étape, dès que le départ réel est donné. Si elle peut parfois paraître chaotique, elle répond pourtant toujours à des raisons pragmatiques. En fonction du profil de l'étape, plate, vallonnée ou de montagne, tout d'abord. "Plus l'étape est vallonnée mais sans être non plus avec une arrivée au sommet, plus il y a de chances que l'échappée aille au bout. Donc il y a beaucoup plus de candidats. Plus l'étape est plate, moins il y a de chances qu'elle aille au bout, donc il y a moins de candidats. C'est proportionnel au taux de réussite de l'échappée", décrypte Lilian Calmejane, qui avait remporté en échappée sa victoire d'étape sur le Tour de France, en 2017.
Mais la constitution d'une échappée dépend également des stratégies individuelles et collectives des équipes. "Souvent, il y a un ou deux leaders par équipes au départ du Tour. En fonction de ça, on répartit les rôles", résume notre consultant. Plus le coureur est classé proche du maillot jaune au classement général, moins le peloton le laissera partir car il représentera un danger. C'est pour cela que les leaders ne tentent jamais de partir dans l'échappée matinale. En revanche, les coureurs plus éloignés au général – soit par choix, soit par impuissance – bénéficient beaucoup plus d'un "bon de sortie".
Comment s'organise la poursuite d’une échappée ?
Pour qu'une échappée puisse prendre du champ et du temps, il faut que le peloton donne – symboliquement – son assentiment. Ce sont les équipes qui souhaitent la victoire d'étape ce jour-là, en fonction du profil de l'étape, qui en décident. Dans le cas d'une étape de plaine, ce sont les équipes de sprinteurs qui auront souvent le dernier mot, tout comme les équipes des leaders du général pour une étape de montagne. "Dès le début de l'étape, les équipes qui veulent contrôler se postent devant, c'est la première mission du jour. Le but, c'est de filtrer l'échappée et veiller à ce qu'elle convienne à la situation qu'on veut avoir. L'idéal, c'est d'avoir entre trois et cinq coureurs maximum, parce que plus l'échappée est fournie, plus elle va vite, donc plus c'est dur à contrôler", explique Lilian Calmejane.
La poursuite s'engage alors entre les équipes qui veulent la victoire d'étape et l'échappée. Souvent tranquille dans la première moitié de course, la course s'accélère, parfois brutalement, au moment où les équipes intéressées le décident. "Une fois que cette première mission est réussie, les équipes vont poster deux équipiers qui vont rouler quasiment toute la journée et essayer de réguler l'écart à deux ou trois minutes. Et puis dans les 50 derniers kilomètres, entamer une vraie chasse pour pouvoir les rattraper", poursuit notre consultant. Car rattraper l'échappée trop loin de l'arrivée peut en recréer une nouvelle qui pourrait être plus dure à gérer. Mais parfois la poursuite est mal estimée, et l'échappée peut aller au bout.
Pourquoi certains coureurs travaillent-ils toute la journée pour un autre sans jamais essayer de gagner ?
Le cyclisme est un sport individuel qui se court en équipes. Les huit coureurs d'une équipe du Tour de France sont tous choisis pour un rôle précis, qu'ils acceptent. La plupart des équipes disposent d'un leader clair (soit pour le classement général, soit pour les sprints), de quelques lieutenants de très bon niveau, et enfin d'équipiers entièrement dévoués à la réussite de l'équipe, soit par choix comme Tim Wellens (UAE Team Emirates) ou Michal Kwiatkowski (Ineos), soit car leur niveau personnel ne leur permet pas de prétendre à quelque chose d'important. "C'est la hiérarchie. Ce sont les ouvriers de l'entreprise, puis il y a les contremaîtres, ensuite, il y a les cadres, et puis il y a le PDG", résume Lilian Calmejane de manière imagée.
Car une équipe du Tour reste une entreprise où tout est mis en place pour réaliser le meilleur résultat. Si la hiérarchie est normalement bien définie au Grand Départ, il peut arriver qu'elle soit mouvante, soit par l'abandon du leader, soit par la révélation d'un coureur. "Ce qui est important, c'est que dans le sport, encore plus facilement que dans la vie active, un ouvrier peut devenir cadre ou PDG assez rapidement, tout n'est pas fixé. Même si au départ du Tour, ça l'est plus ou moins", nuance notre consultant.
Pourquoi se coller à la roue d'un autre coureur fait-il économiser autant d'énergie ?
Lorsque des coureurs forment un petit groupe, vous avez peut-être remarqué que celui en tête donne parfois un coup de coude sur le côté. C'est le signal que celui derrière doit prendre le relais en tête du groupe, dans une rotation – normalement – équitable afin de maintenir le peloton à distance. Dans cette hypothèse, les coureurs sont en file indienne pour bénéficier de l'aspiration, ou "drafting". Le coureur de tête fend le vent, ce qui crée une poche d'air avec moins de résistance où le coureur suivant peut se glisser, ce qui lui permet d'utiliser moins d'énergie pour aller la même vitesse, et ainsi de suite pour tout le groupe. "C'est le principe du drafting, tu es aspiré", appuie Lilian Calmejane.
Grâce à cette technique, utilisée dans de nombreux sports cyclistes, les coureurs d'une échappée, par exemple, se "reposent" dans la roue du coureur suivant, avant de reprendre leur relais pour reposer à leur tour les autres. En effet, pour résister au peloton, beaucoup plus nombreux et disposant donc de beaucoup plus de coureurs à même de se relayer, toute once d'énergie à sauver est précieuse. Surtout pour remporter une victoire d'étape sur la plus grande course du monde.






