Canicule à Paris : musées, cinémas et centres commerciaux pris d'assaut pour fuir la chaleur
Quick Look
- Face à une vague de chaleur exceptionnelle, Parisiens et touristes cherchent des îlots de fraîcheur dans les musées, cinémas et centres commerciaux.
- La canicule rend la vie difficile dans la capitale, poussant certains à investir les lieux climatisés.
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Why It Matters
Une vague de chaleur exceptionnelle s'abat sur la France depuis plusieurs jours, rendant la vie difficile dans la capitale. Les températures ont frôlé les 40°C, poussant les habitants et les touristes à chercher des lieux plus frais.
Il devrait y avoir foule autour de la pyramide du Louvre, comme tous les autres jours de l'année. Pourtant, la cour, dénuée de toute verdure, est quasi vide, lundi 22 juin. Un groupe de touristes, qui n'a pas réservé ses billets pour visiter le musée le plus prestigieux du monde, renonce. "C'est complètement idiot de nous demander de faire la queue en plein soleil", s'agace une Allemande en tournant les talons. A y regarder plus attentivement, il y a bien quelques visiteurs, agglutinés contre les parois ombragées du Palais royal, ou sous la passerelle Richelieu, dans un courant d'air tiède. "Je savais qu'il ferait chaud. Mais je ne pensais pas que ce serait à ce point-là. On se croirait en Arizona", compare Mike, un touriste américain d'une quarantaine d'années.
Ventilateurs portatifs, ombrelles, crème solaire et brumisateurs sont de mise dans les rues suffoquées de la capitale, où le mercure a frôlé les 40°C. La conséquence d'une vague de chaleur exceptionnelle, tant par son intensité que par sa durée, qui s'abat sur la France depuis plusieurs jours, et doit encore durer. Alors, les touristes et de nombreux Parisiens, tentant de fuir la chaleur de leurs appartements ou de leurs bureaux non climatisés, sont partis à la recherche des rares îlots de fraîcheur. Ils ont été nombreux à investir musées, cinémas et centres commerciaux, tandis que les plus téméraires ont allégrement profité de la zone de baignade tout juste ouverte dans le canal Saint-Martin.
"Culture et climatisation, que demander de plus ?"
Contrairement à ce que pourrait laisser penser l'ambiance à l'extérieur du Louvre, il y a bien du monde à l'intérieur du musée, où de nombreux touristes sont venus profiter de l'air climatisé. "Culture et climatisation, que demander de plus ?", plaisante Mary, une Américaine de 63 ans venue de Cleveland, dans l'Ohio. "Encore faudrait-il qu'elle marche", ironise son mari, Robert, en s'aérant avec un plan du musée. Il faut admettre que la climatisation ne semble pas fonctionner à plein régime. "Je ne suis pas sûre qu'elle fonctionne bien dans toutes les salles, surtout celles qui sont bondées de monde", suppose une surveillante, assise face à un ventilateur.
Dans la Grande Galerie du Louvre, à quelques pas de la salle qui abrite La Joconde, Kinga, une Polonaise de 30 ans, et Zeki, un Turc de 34 ans, regrettent de ne pas pouvoir profiter de la ville comme ils le voudraient. "En général, on marche le plus possible, mais là c'est vraiment compliqué. C'est dommage, parce que c'est comme ça qu'on en apprend le plus sur la culture et l'architecture", estime la jeune femme. Adieu les balades sur la butte Montmartre et les Champs-Elysées… Le lendemain, le couple visitera le musée d'Orsay à la recherche de fraîcheur.
Les cinémas ont la cote
Pour fuir la canicule, certains se tournent vers les salles obscures. C'est le cas de Sylvie et Emma, une mère de 58 ans et sa fille de 26 ans. Pas totalement convaincues par les films au programme cette semaine, elles ont finalement choisi le film d'animation Toy Story 5. "On habite au 6e étage d'un vieil immeuble mal isolé. On a beau suivre les recommandations et fermer les fenêtres et les volets, la chaleur est insupportable", témoigne la première. "Alors, on organise des sorties", ajoute la seconde. Hier, elles sont allées voir une exposition à la Bourse de commerce. Demain, elles iront au Palais Galliera.
Lucie et ses deux enfants de 8 et 10 ans, Leonie et Louis, ont également choisi d'aller voir le nouveau Pixar. "Ils devraient être à l'école, mais j'ai fait le choix de les garder à la maison aujourd'hui et demain. C'était autorisé par la direction", explique cette cheffe de cabinet d'une quarantaine d'années. Comme bien d'autres, la petite famille fuit la chaleur étouffante de son appartement sous les toits parisiens. "Pendant la dernière vague de chaleur en mai, il a fait jusqu'à 38°C dans notre appartement. Alors ça nous a convaincus d'investir dans une ‘clim' mobile. Avec, on redescend à 26°C", explique-t-elle. Pas de glaces au menu pour cette séance de ciné, mais des bonbons et des chocolats. "J'ai préféré éviter les accidents. C'est une séance en 4DX [avec des sièges mouvants], ça va secouer", justifie la mère.
Des télétravailleurs dans les allées des centres commerciaux
D'autres ont fait le choix d'investir les allées climatisées du centre commercial Beaugrenelle, dans le 15e arrondissement de Paris. "Today, it's mall day" ("Aujourd'hui, c'est journée centre commercial"), plaisante Jolene. Cette touriste canadienne est arrivée tôt dans la matinée de Vancouver avec ses deux enfants, George et William. "Ce n'était pas la première chose qu'on pensait faire en arrivant à Paris. Mais on ne s'attendait pas à une telle chaleur, ça n'arrive jamais chez nous", justifie-t-elle. La petite famille, qui déjeune autour d'une pizza, compte se rendre à Disneyland et visiter la tour Eiffel dans la semaine. "Mais j'ai vu que certains créneaux étaient annulés à cause des températures… J'espère qu'on pourra y aller", souffle la mère de famille. Et cet après-midi ? "Visite aux Galeries Lafayette", s'amuse-t-elle.
Dans le centre commercial, on croise aussi des étudiants et télétravailleurs, penchés sur leurs ordinateurs. C'est le cas de Joo-hee, un Sud-Coréen d'une trentaine d'années. Cuisinier dans un palace parisien, il prépare la "mise en place" des services de la semaine. "C'est mon bureau pour la journée, sourit-il. Je suis mieux ici que chez moi." A quelques mètres de là, Jade potasse ses cours sur son ordinateur. Cette étudiante infirmière de 24 ans "suffoque" elle aussi dans son petit appartement, un studio de 11 m2. "J'ai un ventilateur, mais il brasse de l'air chaud et il me donne mal au crâne à force. Et puis ça m'embête de le laisser tourner toute la journée", explique-t-elle.
Des centaines de jeunes au canal Saint-Martin
Ne se contentant pas des quelques brumisateurs et fontaines mis à disposition des Parisiens par la mairie de Paris, d'autres ont fait le choix de mouiller le maillot. Au canal Saint-Martin, dans le 10e arrondissement de Paris, des centaines de jeunes profitent de la zone de baignade ouverte la semaine précédente par la municipalité. "Elle est super bonne", assure Joséphine, une étudiante en fac de lettres de 19 ans. "Elle est sûrement un peu crade, mais ça fait vraiment du bien", ajoute son amie Angélique. "Vaut mieux des traces de vase que des traces de transpiration", s'amuse Philippine. En pleine période de révisions, les trois copines ont pris l'habitude de venir se rafraîchir dans le canal ces derniers jours. "C'est vraiment compliqué de travailler avec cette chaleur, notre fac n'est pas climatisée et on étouffe dans nos petits appartements. Ces pauses fraîcheur font du bien", ajoute la première.
Au canal, la baignade est autorisée, mais pas les plongeons depuis les ponts et passerelles. Pourtant de nombreux adolescents bravent l'interdit et font la queue pour sauter dans l'eau. "Ici tout le monde filme. Alors si on plonge bien, on va peut-être devenir connu. Le canal, on le voit partout sur TikTok, il est devenu mondial", assure Léonard, 14 ans, dans la file des plongeurs. "C'est dommage qu'on n'ait pas le droit de sauter, mais c'est déjà super cool que la police nous laisse nous baigner", juge le jeune garçon, en classe de quatrième dans un collège voisin. Dans l'établissement, "ça fait longtemps que tout le monde vient sauter au canal", c'est même une "tradition", mais avant, c'était au risque de prendre une amende.
Depuis la semaine dernière, Leonard et ses camarades viennent tous les après-midi se rafraîchir. En ce lundi, les cours ont été annulés l'après-midi à cause de la canicule. "Heureusement qu'ils ont fait ça. Au collège, c'est horrible, il fait beaucoup beaucoup trop chaud", assure Elea. "C'est la guerre des ventilateurs", confirme Chloé. Le petit groupe de jeunes est en joie. Et pour cause : ils fêtent le début des vacances. "Maintenant, on va pouvoir se baigner tout l'été".
Open Questions
- La climatisation des musées fonctionnera-t-elle mieux à l'avenir ?
- Quelles mesures seront prises pour les prochaines vagues de chaleur ?



