CFDT : comment le syndicat cherche à rajeunir ses effectifs et à impliquer les jeunes
Quick Look
- La CFDT, confrontée à un faible taux de jeunes adhérents (8% de moins de 35 ans), organise son congrès à Bordeaux pour réfléchir à de nouvelles stratégies d'implication.
- L'expérimentation consistant à faire assister des jeunes au bureau national vise à les former et à déconstruire leurs représentations du syndicalisme.
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Why It Matters
La CFDT cherche à rajeunir ses effectifs, car seulement 8% de ses adhérents ont moins de 35 ans. Le syndicat expérimente de nouvelles méthodes pour attirer et impliquer les jeunes générations.
C'est l'un des défis majeurs des organisations syndicales : rajeunir les effectifs. La CFDT à Bordeaux organise son congrès, à partir de lundi 22 juin et pour une semaine, et le premier syndicat de France réfléchit à de nouveaux moyens d'impliquer les plus jeunes générations dans sa confédération. Seulement 8% de ses adhérents ont moins de 35 ans (52 000 jeunes sur 641 798 adhérents fin 2025).
Pour attirer des jeunes dans les rangs de la CFDT, Nouha, délégué syndical dans un groupe de l'habillement, organise des "afterworks", des apéros dans les bars. "On n'est pas dans un bureau, entre quatre murs." Et pour sortir de l'ambiance travail, ce trentenaire mise sur le bouche-à-oreille. "Ce qu'on peut faire, c'est inviter un adhérent de moins de 35 ans et qu'il vienne avec un jeune, non-adhérent, de moins de 35 ans."
Assister au débat du bureau, pendant six mois
Encore faut-il pouvoir convaincre ces jeunes recrues. Pour Lydie Nicol, secrétaire nationale en charge des politiques jeunesse à la CFDT, la précarisation du marché du travail complique la tâche. "Ils multiplient les contrats courts. Se projeter, se syndiquer, nous qui sommes organisés autour d'un secteur professionnel, ça veut dire imaginer d'autres pratiques et d'autres formes de collectifs syndicaux." Force Ouvrière, par exemple, a relancé l'an dernier son mouvement uniquement dédié aux moins de 35 ans.
Les nouveaux syndiqués peuvent vite se désintéresser par manque de temps, de connaissances du travail syndical. Alors, pour éviter cela, la CFDT a lancé une expérimentation. Pendant six mois, deux jeunes comme Ambre, 28 ans, assistent au débat du bureau national. "Le bureau national est la plus haute instance de la CFDT." Ces réunions se tiennent à huis clos, y participer est donc une réelle opportunité, assure Ambre, même si elle n'a pas le droit de voter, ni de prendre part aux discussions. "On parle actualité, explique la jeune femme. On est en pleine préparation du congrès donc automatiquement on a des débats sur le sujet."
"J'ai pu apprendre énormément de choses sur la politique internationale durant ces bureaux nationaux !"
Ambre, 28 ans
à franceinfo
Ambre, qui travaille chez Ikea, a pris sa première carte auprès d'un autre syndicat. À l'époque, elle pensait que le syndicalisme était surtout tourné vers "les œuvres sociales", dans les comités d'entreprise avec, par exemple, "l'organisation de Noël". En 2024, elle décide de rejoindre la CFDT avec, reconnaît-elle, peu de connaissances sur le militantisme syndical, en dehors de son rôle de déléguée du personnel. Elle se fait alors former par le syndicat et découvre tous les autres aspects, même en dehors de l'entreprise.
Cette expérimentation permet donc à la jeune femme de se sentir plus impliquée dans ce syndicat qu'elle a rejoint il y a seulement deux ans. "Au tout début, je ne me sentais absolument pas légitime à porter un débat, même si je m'y connaissais un petit peu. J'ai eu énormément de chances d'être accompagnée, du coup ça rebooste, et ça donne énormément confiance."
Déconstruire des représentations sur la CFDT
À tel point qu'Ambre veut désormais davantage s'engager dans l'organisation, ce qui ravit Lydie Nicol, secrétaire nationale de la CFDT, convaincue qu'il faut faire de la place aux jeunes. "Ce n'est pas parce qu'ils ont moins de 35 ans, et qu'ils ne sont pas là depuis 20 ans, qu'ils ne peuvent pas apporter aux collectifs syndicaux. L'idée, c'est que ça irrigue aussi toutes les strates de l'organisation, que chaque collectif syndical se dise qu'on ne va pas faire péter le collectif parce qu'on va faire venir deux jeunes qui vont changer nos manières de faire." Au contraire, dit-elle, ils peuvent faire évoluer les pratiques syndicales, par exemple en investissant plus les réseaux sociaux.
"Un des freins majeurs à la syndicalisation des jeunes aujourd'hui, c'est 50 ans de précarisation du marché du travail pour les jeunes".
Lydie Nicol, secrétaire nationale CFDT
à franceinfo
Cette expérimentation doit faire "monter en compétences militantes" ces jeunes recrues. En accédant aux réunions du bureau national, "ça déconstruit un certain nombre de représentations qu'ils auraient pu se faire de qui, là-haut, à la CFDT, prend des décisions", poursuit Lydie Nicol. "Ils se rendent compte qu'ils ont leur place, qu'ils peuvent avoir accès à tout le processus de décision. […] L'idée c'est aussi d'être facilitateur du renouvellement générationnel dans nos collectifs syndicaux".
Open Questions
- Les nouvelles stratégies seront-elles efficaces à long terme ?
- Comment la CFDT va-t-elle adapter ses pratiques pour les jeunes ?
- Quels seront les résultats concrets de l'expérimentation du bureau national ?






