Après avoir remporté l'Eurovision à Vienne avec son titre « Bangaranga », la chanteuse bulgare DARA revient sur son combat contre le cyberharcèlement et son ascension internationale.
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La Bulgarie n'avait pas participé à l'Eurovision depuis 2022 avant le retour de DARA en 2026. La chanson Bangaranga est devenue le premier succès international majeur pour une artiste bulgare.
Elle ouvre un grand cahier rose, son journal intime, et nous dit : « Regardez ce que j’ai dessiné le 3 mars ». On se penche sur la page : la chanteuse DARA s’est représentée, brandissant un trophée sur lequel on lit « Eurovision Winner ». Deux mois et demi après que ces traits ont été esquissés, dans la nuit du 16 au 17 mai, l’image est devenue réalité : l’artiste bulgare de 27 ans (elle en aura 28 en septembre) a remporté le concours musical à Vienne (Autriche). Depuis, elle vit dans un tourbillon.
Star en Bulgarie, elle a été révélée là-bas il y a dix ans à travers sa participation au télécrochet « X Factor ». Ont suivi, au fil des ans, un paquet de tubes. Sa victoire à l’Eurovision lui a fait prendre une autre dimension. Sa chanson, Bangaranga, a dépassé les 50 millions de streams sur Spotify. La plateforme musicale l’a classée parmi les succès de l’été. Le carton à l’international s’illustre par une collection de tops 10 dans les classements étrangers (n° 1 en Allemagne, en Autriche, en Suède, en Turquie, en Lituanie et en Croatie, n° 2 en Finlande, en Suisse et au Luxembourg…). Le morceau a aussi intégré le Billboard Global 200. Du jamais vu pour une chanson made in Bulgaria.
Son pays multiplie les honneurs. Après son triomphe, elle a été reçue en grande pompe par le Premier ministre Roumen Radev. Sa victoire, la première pour la Bulgarie à l’Eurovision, a réveillé la fierté de tout un peuple. L’organisation de l’édition 2027, à Bourgas, a été qualifiée de « priorité nationale ».
Avant les honneurs, la vague de haine
DARA a reçu la clé de la capitale, Sofia, et été nommée citoyenne d’honneur de cette même ville, ainsi que de Varna, où elle est née, et d’Avren, d’où son mari Ervin est originaire… « J’ai eu cette reconnaissance parce que je suis son épouse, nous dit-elle, semblant aussi déconcertée qu’amusée. J’ai été décorée de médailles un peu partout pour la créativité et l’artistique, c’est énorme. » De passage à Paris mi-août, elle nous accorde une interview. On la rencontre dans le restaurant du Mandarin Oriental, rue du Faubourg Saint-Honoré.
Elle nous parle de cette vague d’amour qu’elle reçoit en Bulgarie et qui lui fait un peu peur, parfois. « Quand je suis rentrée de l’Eurovision, des gens venaient me voir en pleurs, dans tous leurs états. Parfois à un point tel que je me demandais s’il fallait que je prenne la personne dans mes bras ou que je me protège », raconte-t-elle. Il y a encore quelques mois, c’est une haine massive qu’elle devait affronter. Quand on lui demande à quoi ressemble sa vie aujourd’hui, après avoir remporté le plus grand concours de chansons du monde, elle ne feint pas la réponse extatique. Pas de description béate d’un quotidien soudainement revêtu de paillettes et de gloire.
« Pour savoir où j’en suis maintenant, vous devez savoir d’où je viens et l’énorme combat que j’ai dû mener pour surmonter les angoisses suscitées par le fait que je me sentais rejetée par mon peuple, par ma nation. Je n’avais jamais rien ressenti d’aussi douloureusement déchirant », nous glisse DARA. Retour à son grand cahier rose, qu’elle feuillette devant nous, laissant apercevoir des dessins, des textes de chansons, des réflexions personnelles (en bulgare ou en anglais).
Hésitations
Au début de l’été dernier, la chanteuse commence à écrire, chaque jour, la phrase : « Je vais gagner l’Eurovision ». Un souhait qui a alors tout du vœu pieux : la Bulgarie s’est retirée de la compétition depuis plusieurs années, n’y a plus participé depuis 2022. « Que ça paraisse délirant [ « delusionnal »], je m’en fichais, affirme-t-elle. Je continuais à me le répéter à moi-même. »
Courant octobre, surprise : la chaîne BNT la contacte, lui annonce que la Bulgarie fera son retour à l’Eurovision en 2026 et l'invite à participer à la sélection nationale. Le rêve finit par se réaliser : DARA s'impose fin janvier dans un télécrochet face à quatorze autres artistes et décroche son ticket pour représenter la Bulgarie.
« Il y a eu un retour de bâton. Après l’annonce, j’ai eu l’impression, la sensation physique, qu’on m’avait tiré dessus en plein visage », décrit-elle. Elle se tient alors le plus loin possible de son téléphone. Ne rien lire, se préserver des attaques gratuites des haters. Malgré tout, une nuit, elle se réveille à 1 heure et, pendant trois heures, vit une intense attaque de panique. Elle songe à tout arrêter et le révèle publiquement. Elle redoute notamment que ce stress intense puisse avoir un effet sur sa santé et l’empêche, un jour, de tomber enceinte.
Trois mois de préparation intense à Athènes
Sa prise de parole suscite une grande vague de soutien qui, couplée à celui que lui témoigne son entourage, la réconforte et la motive à poursuivre l’aventure Eurovision. Une fois la chanson Bangaranga désignée lors d'une ultime émission en prime time, en février, au cours de laquelle le public et un jury étaient invités à voter parmi trois morceaux qu'elle a interprétés, DARA part loin de la Bulgarie pour se préparer au concours.
Direction Athènes (Grèce) pendant trois mois. Elle développe une routine quotidienne à laquelle elle ne déroge jamais : lever à 6h30, une première session de running pour déstresser, puis une autre pour la préparation physique, puis la rédaction de son journal, une douche froide, des exercices de méditation et quatre heures de répétition, à interpréter en boucle la chanson et la chorégraphie. « Ces mois-là ont changé ma vie, m’ont changée en tant que personne, je n’ai jamais grandi aussi vite », insiste-t-elle.
Elle est préservée, également, des haters qui continuent à répandre leur venin sur les réseaux sociaux. « Plein de gens détestaient Bangaranga et moi à travers elle. Mais je ne m’en suis plus soucié à ce moment-là, parce que j’avais décidé de lâcher prise », précise la vingtenaire.
« Bangaranga » est un terme d’argot jamaïcain pouvant signifier « tumulte » ou « émeute ». DARA avait cette chanson dans ses tiroirs depuis trois ans. Elle connaissait son potentiel. « A travers les paroles, je voulais faire passer un message : Qu’est-ce que c’est de croire en soi et de se débarrasser de ce qui nous empêche ? » Ce titre est un appel à faire sa révolution intérieure. Ce qu’accomplit DARA tout au long de cette aventure à l’Eurovision. Sa mise en scène, appelant à faire fi du culte des apparences, repose sur une chorégraphie frénétique faisant allusion à la tradition bulgare du Kukeri, une chasse aux mauvais esprits.
Un album en anglais est prêt
L’exorcisme fonctionne. Une fois sur place à Vienne, fin avril, dans l’ultime ligne droite du concours, l’artiste se sent parfaitement à sa place. « Je suis comme entrée dans une bulle, j’ai ressenti tellement d’amour et de paix, tout me semblait plus facile, je n’avais pas peur, je ne me suis jamais autant sentie en sécurité », confie celle qui remporte la compétition en s’imposant aussi bien en tête des votes du public que du jury. « Je pense que je suis bonne quand j’ai un défi à relever, en ressentant de la pression, je peux me concentrer sur mon objectif », avance DARA.
Son aventure dans « X Factor » en est une autre preuve : « A l’époque, je ne parlais pas anglais et je ne savais pas comment chanter de la pop. Mon registre, c’était le folklore bulgare. J’ai menti à la production en disant que je connaissais deux cents chansons. Je n’en connaissais qu’une seule, mais chaque semaine j’en apprenais une nouvelle, dans une langue différente. C’était un bon challenge. »
DARA est en train de terminer son nouvel album, en anglais. « Ces chansons inédites et cet opus sortiront dans les mois à venir », annonce-t-elle. Elle a enregistré en studio en Suède, en Grèce et en Bulgarie. Ce projet évoque « tout ce dont nous sommes en train de parler : les combats à mener pour réaliser un rêve. » Elle rouvre son journal pour nous montrer les titres de ses nouvelles chansons réparties en différentes étapes jusqu’à atteindre « le nirvana ». Elle a une idée très précise de l’identité visuelle qu’elle entend donner à cet opus. Elle confie son envie de multiplier les collaborations, de travailler avec des artistes d’autres horizons.
Un Grammy, Coachella…
Elle souhaite que la visibilité internationale que lui a offerte l’Eurovision lui permette d’ouvrir la voie à d’autres. « C’est difficile de percer à l’étranger quand on vient des Balkans. La Bulgarie, ce n’est pas le Royaume-Uni ou l’Espagne, le marché est plus restreint. Alors si ma victoire a permis à la Bulgarie d’apparaître sur la carte musicale et peut aider tous les artistes talentueux du pays, qui méritent que l’on s’intéresse à eux… »
DARA évoque les récents succès sportifs bulgares, dont celui de Stiliana Nikolova, médaillée d’or aux massues aux Championnats du monde de gymnastique rythmique. « Plein de jeunes bulgares se mettent à briller. Je pense que nous sommes les seuls en mesure de nous sauver, personne ne le fera pour nous, alors si on peut inspirer des gens autour de nous et leur donner de l’espoir… »
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Sortie d'un nouvel album en anglais dans les mois à venir.
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