Démission d'Edgar Grospiron, président du Cojop des Jeux d'Alpes 2030
Quick Look
Après une période de calme relatif, le Comité d'organisation des Jeux d'Alpes 2030 (Cojop) fait face à une nouvelle crise avec la démission annoncée jeudi 10 septembre de son président Edgar Grospiron, ajoutée à une série de départs depuis l'attribution des Jeux en juillet 2024, marquée par des retards dans la garantie financière de l'État, l'adoption tardive de la loi olympique en février 2026, des désaccords sur la gouvernance et des tensions internes révélées par un audit sur la santé mentale des agents.
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Why It Matters
Les Jeux d'Alpes 2030 ont été attribués aux Alpes françaises le 24 juillet 2024 par le CIO sous réserve de garanties financières de l'État et des régions. La garantie financière du gouvernement a été signée le 2 octobre 2024 après un délai lié à l'instabilité politique post-dissolution de l'Assemblée nationale. La loi olympique, essentielle pour des dérogations en urbanisme, logement, santé, travail et sécurité, a été adoptée le 5 février 2026 après neuf mois d'attente. Martin Fourcade a refusé le poste de président du Cojop en février 2025, laissant la place à Edgar Grospiron, champion olympique de ski de bosses en 1992.
Après le calme revient la tempête. Le Comité d'organisation des Jeux d'Alpes 2030 (Cojop) a connu un printemps et un début d'été plutôt tranquilles, durant lesquels il en a profité pour révéler la carte des sites ainsi que les emblèmes de ses Jeux. Mais après quelques mois de répit, le Cojop est donc de nouveau dans la tourmente et doit faire face à une nouvelle démission, celle de son président Edgar Grospiron, annoncée jeudi 10 septembre. En début d'année, il y avait déjà eu quatre départs médiatisés. Alors que le Cojop apparaît aujourd'hui fragilisé, ce dernier espère rebondir avec le changement de gouvernance. Retour sur ces deux années de turbulences.
La garantie financière du gouvernement longue à venir
Les grains de sable dans la machine ont commencé dès l'attribution des Jeux olympiques d'hiver de 2030 aux Alpes françaises, le 24 juillet 2024, par le Comité international olympique (CIO). Ce dernier les attribue sous réserve de recevoir les garanties financières de l'Etat français et des régions en cas de déficit du Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop). Mais ce qui devait être une formalité se complique, puisque la France se trouve dans une nette instabilité politique depuis la dissolution de l'Assemblée nationale décidée par le président Emmanuel Macron, le 9 juin 2024.
Après plusieurs semaines sans gouvernement, Michel Barnier, nommé Premier ministre le 5 septembre 2024, n'a pu signer la lettre d'engagement du gouvernement qu'un mois plus tard, le 2 octobre, étant contraint d'attendre son discours de politique générale à l'Assemblée nationale. Un délai supplémentaire avait alors été accepté par le CIO.
Neuf mois d'attente pour la loi olympique
Après avoir demandé un délai pour la garantie financière, il a ensuite fallu s'armer de patience pour faire voter la loi olympique. Après neuf mois d'attente, le Parlement adopte, le 5 février 2026, cette loi proposée en conseil des ministres le 15 mai 2025. Approuvée par les Sénateurs par 390 voix contre 99, elle a connu un long périple parlementaire, adoptée en première lecture en juin par la chambre haute, puis mis en suspens par une nouvelle crise politique.
Cette étape était déterminante pour la bonne préparation des Jeux, puisqu'elle permet des dérogations temporaires au droit commun en matière d'urbanisme, de logement, de santé, de travail mais aussi de sécurité. L'expérimentation d'un dispositif de vidéosurveillance algorithmique a aussi été prolongée jusqu'en 2027, après une phase de test lancée pour les JO de Paris 2024, qui a pris fin en mars 2025. Par ailleurs, ce texte prévoit aussi de donner la possibilité aux agents privés de sécurité de procéder à l'inspection visuelle des véhicules et leur coffre. Cette loi, essentielle à la préparation des Jeux, a même été qualifiée de "boîte à outils essentielle à la bonne livraison des Jeux" par la ministre des Sports, Marina Ferrari.
Grand favori, Martin Fourcade refuse le poste de président du Cojop, Edgar Grospiron choisi
Qui pour être le "Tony Estanguet des Alpes 2030" ? Un premier nom émerge, celui de Martin Fourcade, sextuple champion olympique de biathlon. "Je comprends que Martin Fourcade peut être le Tony Estanguet des montagnes, ce qui serait formidable", glisse même le président de la République, Emmanuel Macron, en août 2024, à l'issue des JO de Paris. Si le poste l'intéresse, et s'il fait même office de favori, celui qui a été président de la commission des athlètes de Paris 2024 préfère jeter l'éponge début février 2025, évoquant des désaccords profonds sur "le mode de gouvernance, la vision, l'ancrage territorial" avec les autres acteurs des Jeux.
"Mon ambition pour ces Jeux est claire : ils doivent être en phase avec leur époque, pleinement conscients des enjeux écologiques et ancrés dans la réalité économique de notre pays", revendiquait-il. Deux semaines plus tard, Edgar Grospiron, champion olympique de ski de bosses en 1992, est nommé président du Cojop. "Je n'avais pas d'historique, je n'ai pas pris le dossier tel que j'aurais voulu le voir ou tel que j'aurais aimé qu'il soit. Et mon job, avec l'équipe que je vais recruter, va être de délivrer des Jeux dans ce cadre-là", avait-il alors déclaré.
Des démissions et un président du Cojop au centre des critiques
Depuis son arrivée, Edgar Grospiron navigue en eaux troubles. En décembre 2025, les démissions s'enchaînent au sein du Cojop. Anne Murac, la directrice des opérations, est la première à quitter ses fonctions le 9 décembre, suivi du directeur de la communication Arthur Richer, le 23 janvier pour "un désaccord sur la stratégie". Le 3 février, nouvelle démission, celle de Bertrand Méheut. Le président du comité des rémunérations du Cojop dénonce, lui, une "dérive importante" et vise directement Edgar Grospiron et son management.
Le 25 février, rebelote, avec le départ du directeur général Cyril Linette, pour des "désaccords insurmontables entre le président Edgar Grospiron" et le DG. Seul ce dernier poste a depuis trouvé son successeur, Vincent Roberti, nommé début mai, après plusieurs mois d'intérim assuré par Michel Cadot, ancien délégué interministériel aux Jeux de Paris 2024.
"Un mois et demi de retard" sur les délais prévus
Les nombreux problèmes liés à la gouvernance n'ont pas été sans conséquence. Le Cojop a en effet pris du retard sur les délais annoncés. La France a "un mois et demi de retard, ce qui n'est pas catastrophique parce qu'on a la chance d'avoir des infrastructures qui sont déjà sur place et un savoir-faire sur les territoires", remarquait, le 6 mars, la ministre des Sports, Marina Ferrari, qui se voulait rassurante : "Ces Jeux, nous les livrerons", avançait-elle confiante.
"Je suis là pour qu'on ait une organisation qui tourne, qui soit efficace, avec une gouvernance qui soit pérenne dans le temps, on commence à avoir un peu de retard, donc il ne faut pas qu'on s'endorme", a-t-elle néanmoins prévenu. Pour atteindre cet objectif, "il faut absolument aujourd'hui que nous remettions la gouvernance sur de bons rails", pointait alors encore la ministre. Lors d'un Comité exécutif, le 11 juin 2026, le CIO décidait d'ailleurs de repousser de trois semaines l'annonce de la programmation complète de ces Jeux (nombre de participants, disciplines...).
L'élection d'Eric Ciotti à Nice rebat les cartes
Alors que la carte des sites se fait attendre depuis des mois, les élections municipales du printemps 2026 ont jeté un voile d'incertitude sur le projet des Alpes 2030, notamment sur la partie des Alpes du sud. Initialement, le secteur devait accueillir le pôle glace – le patinage artistique, le hockey sur glace, le short-track, le curling – ainsi que le village olympique ou encore un centre des médias. La cérémonie de clôture devait également se dérouler à Nice. Le maire sortant – et battu au deuxième tour des municipales – Christian Estrosi avait porté le projet, aux côtés du président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Renaud Muselier.
Mais l'arrivée d'Eric Ciotti à la mairie niçoise a fait voler en éclat le projet initial. Si le nouvel élu "souhaite les Jeux à Nice", certains "éléments (lui) paraissent incohérents". Le gros point noir, selon lui, est la mobilisation de l'Allianz Riviera, le stade de Nice, pendant plusieurs semaines, privant ainsi l'OGC Nice de son écrin en pleine saison de Ligue 1. Face à ce refus catégorique, le Cojop a planché sur une autre option faisant de Lyon le nouveau pôle glace des Jeux de 2030. Un plan B validé par le CIO fin juin.
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Un bureau exécutif reporté et un "audit sur la santé mentale" lancé
Après quelques mois de répit, les tensions ont repris au cours de l'été. Lors du bureau exécutif du Cojop, le 23 juillet, lors duquel l'évolution de la gouvernance était à l'ordre du jour, les parties prenantes ont reporté le sujet à la rentrée, "sans que cela n'impacte la bonne marche du projet", assurait alors Edgar Grospiron. Lors de ce bureau exécutif, deux nouveaux postes de directeur, des opérations et de directeur de la cellule exécutive, devaient être validés.
En parallèle, des salariés du Cojop ont témoigné auprès du Parisien, d'un environnement de travail néfaste, évoquant de la "terreur", de la "brutalité", et du "harcèlement" dans le management, relayant également des "risques psychosociaux, arrêts maladie, menaces de démission". Le numéro 2 du Cojop Vincent Roberti, a alors annoncé qu'un "audit sur l'état, la santé morale, mentale, le bien-être des agents" serait mené "pour voir si ce qu'on écrit est vrai ou pas vrai", en réaction à l'article du Parisien. Au 8 septembre, aucune conclusion n'avait été rendue sur le sujet, a confirmé le Cojop auprès de franceinfo: sport.
Le président Grospiron présente sa démission
Annoncé le 8 septembre dans la presse, le départ d'Edgar Grospiron se déroule dans un climat silencieux. Le Cojop ne confirme pas l'information avant le bureau exécutif. Seule l'annulation en dernière minute, et sans raison précise, d'une annonce autour des partenaires met la puce à l'oreille. Contacté par franceinfo: sport, le département de la Savoie "ne souhaite pas prendre la parole sur le sujet, n'étant pas un acteur clé, mais seulement un partenaire".
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Du côté de la région Auvergne-Rhône-Alpes, acteur au cœur de l'organisation, son président Fabrice Pannekoucke botte lui aussi en touche et précise seulement que le "bureau exécutif [de jeudi] et une commission de coordination la semaine prochaine nous permettra de continuer à travailler". Avec plus de sérénité ? "On va travailler pour", a-t-il acquiescé, le 9 septembre. Le départ d'Edgar Grospiron est finalement annoncé officiellement jeudi 10 septembre, en fin de journée. Une page se tourne donc dans l'organisation des Jeux des Alpes françaises, sans que l'on ne sache pour autant qui reprendra les rênes de cette mission titanesque.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Un nouveau président sera nommé pour le Cojop dans les semaines suivant la démission d'Edgar Grospiron.
Very likely · Within weeks
L'audit sur la santé mentale des agents du Cojop révélera des dysfonctionnements managériaux nécessitant des réformes internes.
Likely · Within weeks
Open Questions
- Qui succédera à Edgar Grospiron à la présidence du Cojop ?
- Quelles seront les conclusions de l'audit sur la santé mentale des agents du Cojop ?
- Le choix de Lyon comme nouveau pôle glace sera-t-il définitivement validé par toutes les parties prenantes ?
- Comment les retards accumulés affecteront-ils le calendrier final de préparation des Jeux ?





