En Inde, des ouvriers servent de chair à canon pour l'IA
Quick Look
- En Inde, des ouvriers sont payés pour filmer leurs gestes au travail afin d'entraîner des robots humanoïdes.
- Cette main-d'œuvre bon marché alimente l'IA pour des entreprises étrangères, soulevant des questions sur le remplacement humain.
AI-generated summary
Why It Matters
Des ouvriers en Inde filment leurs gestes pour entraîner des robots IA, recevant une rémunération supplémentaire pour cette tâche.
Quand elle prend son poste à l'usine le matin, une ouvrière du sud de l'Inde ne s'apprête pas seulement à étiqueter des sacs destinés à l'exportation. Elle va aussi nourrir l'intelligence artificielle. Depuis cinq mois, plusieurs jours par semaine, une caméra fixée sur sa tête filme pendant qu'elle travaille ses moindres faits et gestes. Ces données seront ensuite transmises à une entreprise qui conçoit des robots humanoïdes. "La caméra doit être bien droite pour bien filmer mon travail", confie la jeune femme. Pour cette tâche, elle est payée en plus de son salaire, 2,30 euros de l'heure. Quand on lui demande si elle n'a pas peur qu'un robot la remplace, elle répond : "Qu'est-ce que je peux vous dire ? Je filme et collecte les données d'un travail que je fais déjà. Tout ça pour l'intelligence artificielle. Donc bien sûr que je me pose la question."
Des dizaines de vidéos d'ouvriers indiens qui filment ainsi leur travail, sur des chantiers ou à l'usine, ont circulé sur les réseaux sociaux ces dernières semaines. Car pour s'entraîner, l'intelligence artificielle a besoin d'une immense quantité d'images. Dans le sud de l'Inde, une entreprise en produit 1 000 heures chaque jour. Payés 250 euros par mois, deux employés se filment plusieurs heures par jour en train d'effectuer des tâches basiques à l'aide de pinces, qui imitent la mécanique d'un robot. "Les robots ne savent pas comment ranger une serviette dans une armoire. Mais en leur transmettant ces données, ils pourront comprendre comment faire", précise Ranjani Dhanabalan, employée d'Objectways.
L'entreprise, créée par un Indien, ne travaille que pour des sociétés étrangères, pour la plupart américaines. Elle enregistre aussi des vidéos pour des robots qui seront destinés à travailler dans nos cuisines, nos salles de bain, nos salons. La clé, c'est la répétition. Dans un bureau, ce diplômé en intelligence artificielle consacre la moitié de son temps de travail à reproduire les mêmes gestes. "Là, je dois placer les crayons horizontalement et par couleur", détaille-t-il. Il rêve d'un monde où les robots auraient toute leur place et ne craint pas qu'ils remplacent un jour le travail des humains. Il explique : "On ne peut pas empêcher les humains de développer un nouveau savoir. Maintenant qu'on a créé un monde de robots, on ne peut pas s'arrêter là."
Portée par sa main-d'œuvre bon marché, l'Inde constitue un terrain idéal pour les entreprises qui conçoivent l'intelligence artificielle. Dans ses champs, un homme est venu distribuer des téléphones à des agriculteurs pour qu'ils se filment pendant leur travail. Pour cela, ils seront payés 1 euro de l'heure. Et tant pis si, à l'avenir, les robots les remplacent. Ce qui compte pour eux, c'est la promesse d'une rémunération immédiate. "Je le fais cinq heures par jour environ, donc je gagne 5 euros. Ça me permet de couvrir mes dépenses ménagères", confie une femme.
Tout l'enjeu pour les autorités indiennes est de faire en sorte que l'Inde ne soit pas seulement le pays des petites mains de l'intelligence artificielle, mais bien un géant du secteur. L'Inde se rêve en grand rival des États-Unis et de la Chine dans le domaine.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
L'Inde pourrait devenir un acteur majeur dans le développement de l'IA.
Likely · Medium term
Open Questions
- Quel sera l'impact à long terme sur l'emploi en Inde ?
- Comment les entreprises gèrent-elles les questions éthiques ?
- L'Inde parviendra-t-elle à devenir un leader mondial de l'IA ?






