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IA : pourquoi les États-Unis bloquent l'accès aux modèles d'Anthropic pour les non-citoyens
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France Info6/16/2026Tech8 min readFrance

IA : pourquoi les États-Unis bloquent l'accès aux modèles d'Anthropic pour les non-citoyens

Quick Look

  • Le gouvernement américain a ordonné à la startup d'IA Anthropic de restreindre l'accès à ses modèles Fable 5 et Mythos 5 aux seuls citoyens américains, invoquant la sécurité nationale.
  • En réponse, Anthropic a bloqué l'accès mondialement, suscitant des inquiétudes en Europe quant à la souveraineté numérique et au protectionnisme.

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Why It Matters

Le gouvernement américain a imposé des restrictions d'exportation sur les IA d'Anthropic, invoquant la sécurité nationale. En réponse, Anthropic a bloqué l'accès mondialement, soulevant des inquiétudes sur le protectionnisme et la souveraineté numérique.

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C'est une première et elle inquiète. Le gouvernement de Donald Trump a imposé à la startup Anthropic, l'une des entreprises de pointe en matière d'intelligence artificielle (IA), de bloquer l'accès à certains de ses programmes pour les utilisateurs qui ne sont pas citoyens des Etats-Unis. En conséquence, la startup a préféré couper l'accès à Mythos 5 et Fable 5, les deux IA concernées, pour le monde entier, vendredi 12 juin.

Pourquoi l'administration Trump a-t-elle pris une décision si radicale ? Pourquoi les autres entreprises d'IA échappent-elles à ces restrictions ? Et pourquoi l'annonce inquiète, notamment en Europe ? Franceinfo fait le point.

1 Pourquoi l'accès à l'IA d'Anthropic a-t-il été suspendu ?

Dans un communiqué, la startup Anthropic a annoncé que "le gouvernement américain, invoquant ses pouvoirs en matière de sécurité nationale, a émis une directive de contrôle des exportations pour suspendre tout accès [aux IA] Fable 5 et Mythos 5 par tout ressortissant étranger, qu'il se trouve à l'intérieur ou à l'extérieur des Etats-Unis". Cette interdiction devait même inclure "les employés d'Anthropic qui sont des ressortissants étrangers". "Pour se soumettre à cette décision", Anthropic a annoncé couper l'accès à Fable 5 et Mythos 5 "pour tous les consommateurs".

Le gouvernement américain n'a pas communiqué publiquement sur le sujet. Selon le média Axios, c'est le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, qui a envoyé la directive. D'après le Wall Street Journal, la Maison Blanche s'est décidée après avoir demandé une analyse de Fable 5 auprès d'Amazon. L'entreprise aurait réussi à accéder à la version "débridée" de Fable, Mythos, qu'Anthropic avait pourtant présenté comme une menace pour la cybersécurité mondiale. Amazon a ainsi contourné les blocages ajoutés à Fable avec des techniques de manipulation (surnommées "jailbreaks") et a pu utiliser l'IA pour trouver des failles informatiques à exploiter lors de cyberattaques, ajoutent ces médias.

Anthropic dit trouver ces justifications insuffisantes. La startup soutient que "la lettre [de l'administration Trump] ne fournissait pas de détail spécifique sur les inquiétudes en matière de sécurité nationale" et que d'autres modèles d'IA accessibles facilement peuvent trouver les mêmes failles informatiques. De plus, la startup rappelle qu'aucun "jailbreak" ni aucune sécurité ne sont parfaits, pour ses IA comme pour celles des autres.

Les spécialistes pointent une autre justification possible : "Les Etats-Unis veulent empêcher d'autres pays comme la Chine d'exploiter les IA américaines pour créer des logiciels qui les concurrencent", rappelle pour franceinfo Anastasia Stasenko, cofondatrice de la start-up française Pleias, qui crée des modèles d'IA ouverts. Les capacités de l'IA chinoise Deepseek, sortie en janvier 2025, avait ébranlé une partie de l'industrie américaine.

"Pour moi, l'administration Trump a décidé que le moment était venu de transformer cet actif stratégique en avantage compétitif."

Anastasia Stasenko, cofondatrice de la start-up française Pleias

à franceinfo

Pour beaucoup, la décision de l'administration Trump est principalement motivée par une forme de protectionnisme, pour réserver les bénéfices des meilleures IA américaines aux Américains. "Ce n'était qu'une question de temps avant que les Etats-Unis mettent des limites à l'utilisation de modèles américains de plus en plus puissants", affirme à franceinfo Yann Lechelle, cofondateur de Probabl, une startup française qui développe des technologies de machine learning, ou apprentissage automatique, en source ouverte.

2 Pourquoi Anthropic est-elle visée spécifiquement ?

Les explications sont multiples. "Anthropic est le laboratoire d'IA le plus avancé", rappelle Anastasia Stasenko, qui juge également que la startup "fait les frais de sa stratégie de communication". "Les propos alarmistes et grotesques de Dario Amodei au sujet de Mythos/Fable (et de l'IA en général) finissent par porter leurs fruits", écrit sur LinkedIn le Français Yann Le Cun, un des "pères fondateurs de l'IA", ajoutant "on récolte ce que l'on sème".

La startup a aussi une relation plus que mouvementée avec la Maison Blanche. En février, le département de la Défense américain demandait à pouvoir utiliser ses IA sans garde-fou et pour "tous les usages légaux", y compris militaires, mais Anthropic avait refusé certaines utilisations. En réponse, l'administration Trump avait attribué à Anthropic le statut de "risque lié aux chaînes d'approvisionnement", une première pour une entreprise américaine, qui limite drastiquement l'utilisation de ses produits par l'Etat fédéral.

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"L'administration Trump et son conseiller à l'IA David Sacks n'ont jamais vraiment digéré le refus d'Anthropic, qu'ils ont pris comme un affront", analyse pour franceinfo Delphine Groll, cofondatrice et directrice des opérations de la startup Nabla, qui développe des assistants IA pour les médecins. "Ils ont attendu le moment opportun pour réaffirmer leur domination et rouvrir ce dossier."

"Il y a trois mois, le département de la Défense a expulsé Anthropic de ses locaux — pour toujours", et "chaque jour qui passe prouve que c'était la bonne décision", a réagi sur X le secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth. Sur X, le conseiller David Sacks conteste tout lien avec l'épisode du département de la Défense et prétend que l'administration a pris sa décision car Anthropic refusait de remédier au "jailbreak". L'entrepreneur et investisseur taxe la startup d'hypocrisie, l'accusant d'avoir publié un programme dangereux malgré ses appels à contrôler les dangers de l'IA.

3 Est-ce que le blocage va durer longtemps ?

Impossible de le savoir, l'administration Trump étant notoirement imprévisible. Axios, qui cite un responsable du gouvernement sous couvert d'anonymat, affirme que la restriction pourrait durer le temps que le gouvernement fédéral renforce ses défenses, avant une possible levée des restrictions dans les prochaines semaines. "L'administration espère désormais qu'Anthropic remédiera au problème de sécurité, que les restrictions d'exportation seront levées et que Fable sera à nouveau mis à la disposition du grand public (…) dès que possible", selon le message de David Sacks sur X.

"Nous estimons qu'il s'agit d'un malentendu et nous travaillons à restaurer l'accès dans les plus brefs délais", écrit Anthropic. De nombreux entrepreneurs américains spécialistes de la cybersécurité ont signé une lettre ouverte, dimanche 14 juin, pour convaincre l'administration Trump de revenir sur sa décision.

"On peut imaginer que les deux côtés ont intérêt à trouver une solution", pointe Yann Lechelle. "Anthropic prépare une entrée en Bourse et est toujours en concurrence avec OpenAI. L'administration Trump n'a pas non plus intérêt à freiner la puissance d'Anthropic, qui participe à l'hégémonie des Etats-Unis en matière d'IA." "Les deux camps se parlent en permanence, on n'a pas de doute sur le fait que l'accès va être rétabli", abonde Delphine Groll, pour qui "c'est toujours la méthode de Trump : il est très radical au début, puis il adoucit sa position".

4 Quelles sont les conséquences concrètes de ce blocage ?

Elles sont pour le moment limitées. "Ces IA n'étaient disponibles que depuis quelques jours, personne n'a vraiment eu le temps de s'habituer à les utiliser", note Yann Lechelle. L'accès étant bloqué pour tout le monde et pas seulement les non-Américains, il n'y a pas de risque actuel qu'un pays utilise Fable et Mythos pour prendre une avance importante en matière d'IA aux dépens des autres.

Mais les entreprises membres du "Projet Glasswing", qui rassemble des géants de la cybersécurité tels qu'Amazon, Google, Nvidia, Apple ou encore Microsoft et à qui Anthropic fournissait un accès à Mythos pour auditer leurs systèmes informatiques et corriger des failles, n'y ont plus accès. Les signataires de la lettre ouverte appellent la Maison Blanche à lever le blocage. "Il est essentiel de mettre l'IA à la disposition des programmeurs et des équipes de sécurité afin qu'ils puissent détecter et corriger les failles de leur propre code", écrivent les auteurs, pour lesquels "il est dangereux de priver les défenseurs de leurs meilleures capacités sans raison valable, alors que nos adversaires progressent rapidement".

5 Quelles sont les réactions en Europe ?

La décision américaine "envoie un message clair" : "Les grandes puissances considèrent désormais les technologies stratégiques comme des instruments de puissance", a réagi en France la ministre déléguée à l'IA, Anne Le Hénanff, qui réaffirme que "plus que jamais, la souveraineté numérique européenne est une nécessité". "Nous examinons de près les conséquences concrètes pour les utilisateurs européens", a complété le porte-parole de la Commission européenne Thomas Regnier, ajoutant que "les mesures d’urgence (…) ne doivent pas être discriminatoires à l’égard des partenaires" des Etats-Unis, selon l'agence Reuters.

"Il ne suffit plus de choisir le meilleur programme. La question de la dépendance devient un facteur : qu'est-ce qui m'arrive si le pays d'origine de l'IA décide de couper l'accès demain ?", interroge Delphine Groll, qui voit dans cette situation "une très bonne nouvelle pour Mistral et les autres alternatives européennes". "L'Europe a besoin d'accélérer sur l'IA pour regagner en puissance et revenir à la table des négociations", plaide Yann Lechelle, qui appelle les entreprises européennes à privilégier les solutions européennes : "Il faut que la demande s'intéresse à l'offre, ça ne sert à rien de biberonner des grands acteurs avec des subventions, si on ne les utilise pas ensuite."

"On entend des appels à la souveraineté depuis des années, mais rien n'est fait pour développer un véritable écosystème", dénonce Anastasia Stasenko. "Pour entraîner une bonne IA, il faut des fournisseurs qui apportent la puissance de calcul, les infrastructures, les données, mais il faut beaucoup de temps et d'efforts pour convaincre les entreprises de faire des choix souverains." "C'est le moment d'agir", insiste Anastasia Stasenko, pour qui "ce genre de situation va se banaliser".

What to Watch

AI outlook — possibilities, not facts

  • L'accès aux IA d'Anthropic sera rétabli, mais sous des conditions potentiellement plus strictes.

    Likely · Within weeks

  • L'Europe accélérera ses efforts pour développer une IA souveraine.

    Very likely · Within months

Open Questions

  • Quelle sera la durée exacte des restrictions ?
  • Les autres entreprises d'IA seront-elles visées ?
  • Comment l'Europe compte-t-elle renforcer sa souveraineté numérique ?

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This article was originally published by France Info.

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