« Ils ont toqué à ma porte à deux heures » : Pogacar et Vingegaard confirment les contrôles antidopage nocturnes sur le Tour de France
Quick Look
- Les cyclistes Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard ont subi des contrôles antidopage inopinés en pleine nuit avant la 15e étape du Tour de France, suscitant la colère du peloton.
- Vingegaard a ensuite chuté et abandonné, tandis que le parquet de Paris a confirmé l'autorisation judiciaire de ces tests nocturnes.
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Why It Matters
Les deux premiers du classement général du Tour de France, Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard, ont subi des contrôles antidopage inopinés en pleine nuit, provoquant de vives réactions dans le peloton et des interrogations sur leur légalité.
C'est une information qui a fait grand bruit, dimanche 19 juillet, en amont de la 15e étape du Tour de France : les deux premiers du classement général, Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard, ont subi un contrôle antidopage en pleine nuit, à respectivement cinq et deux heures du matin. Des tests inopinés dont l'aspect réglementaire a été questionné, qui a beaucoup fait réagir dans le peloton et dans la sphère cycliste. Explications.
"Ils ont toqué à ma porte à deux heures" : Pogacar et Vingegaard confirment les contrôles
Alors que de premières informations, faisant état de ces contrôles, avaient commencé à fuiter dimanche dans la matinée, le maillot jaune Tadej Pogacar s'est arrêté en zone mixte avant le départ de la 15e étape pour confirmer avoir subi en test en pleine nuit.
"J'ai dormi quatre heures. C'était [le contrôle] à cinq heures du matin. Je me couche toujours tard. Ça a été un gros choc pour moi de n'avoir que quatre heures de sommeil. Je n'ai pas réussi à me rendormir, donc je me détendais, j'écoutais quelques vieux tubes d'Eminem. Et je faisais des cafés. J'arrive 'sur-caféiné' ce matin [dimanche]. Ce n'était vraiment pas agréable de se réveiller en plein milieu de doux rêves", a expliqué le quadruple vainqueur du Tour, ajoutant "être déjà contrôlé tous les jours en tant que porteur du maillot jaune".
Son rival danois, quelques instants plus tard, a livré sa version. "Ils ont toqué à ma porte à deux heures, et au début je pensais qu'ils n'avaient pas le droit, mais apparemment, d’après les règles, c’est autorisé. Je pense que c’est bien de nous tester, mais quand ça affecte les performances, je ne pense pas que ce soit bien. Je pense que contrôler à deux heures en plein milieu de la nuit, c’est un peu pousser les limites mais c’est comme ça et je ne peux rien y changer. Les contrôleurs étaient désolés de le faire à ce moment-là, mais ils font leur travail et ce n’est pas eux qui décident de faire ça."
Les contrôleurs ont-ils le droit de réveiller des coureurs en pleine nuit ?
Très vite, l'interrogation sur le caractère réglementaire - dont s'est fait l'écho Jonas Vingegaard - de ces tests inopinés s'est répandu. Au regard des règles émises par l'Union cycliste internationale (UCI), qui a délégué à l'International Testing Agency (ITA) les contrôles sur le Tour de France depuis 2021, un contrôle antidopage en pleine nuit est pourtant possible.
L'article 5.2.2 précise que "l'UCI peut exiger qu’un coureur, qui relève de sa compétence pour les contrôles (y compris un coureur purgeant une période de suspension), fournisse un échantillon à tout moment et en tout lieu". Néanmoins, dans le règlement, un commentaire précise qu'entre 23 heures et 5 heures du matin, un contrôle peu avoir lieu uniquement si le coureur "a identifié une période de soixante minutes pour les contrôles" sur cette période ou s'il a "consenti d’une autre manière à être contrôlé durant cette période". Autrement, l’UCI doit "avoir des soupçons graves et spécifiques" pour justifier un contrôle à de telles heures.
"Manque de respect", "inhumain"... Le peloton entre incompréhension et colère
Après les témoignages du Slovène et du Danois, des voix se sont élevés dans le peloton pour regretter avec force les horaires des contrôles, en pleine période de récupération des coureurs avant une étape de montagne très relevée. "On m'a demandé de garder mon opinion pour moi mais c'est un manque total de respect envers les coureurs. On fait énormément d'efforts pour essayer de récupérer, c'est crucial, surtout entre deux étapes de montagne aussi dures. Et on vous réveille à deux heures du matin. Ça me rend furieux", a fustigé notamment Matteo Jorgenson, vainqueur de Paris-Nice en 2024 et 2025 et coéquipier de Jonas Vingegaard.
"J’enverrai mon équipe ce soir pour les réveiller à trois heures du matin, pour qu’ils ressentent ce que c’est, et pour leur prélever du sang. C’est inhumain et c’est quelque chose que nous ne devrions vraiment pas accepter en tant qu’athlètes, parce que tout le monde sait que le sommeil est la seule récupération que nous ayons", a tancé, de son côté, le champion olympique Remco Evenepoel (Red-Bull Bora).
Le président de l’Union nationale des cyclistes professionnels (UNCP), Pascal Chanteur, est monté au créneau sur l'antenne de franceinfo : "Tous les coureurs sont contrôlés tout au long de la journée, ils peuvent être contrôlés n’importe où, à n’importe quelle heure. C’est carrément du harcèlement. Les coureurs sont fliqués, à la culotte. Aujourd’hui, ce n’est plus du contrôle, c’est du harcèlement […] Qu’il puisse y avoir des contrôles, il n’y a aucun problème, on ne vit pas dans un monde de Bisounours. La lutte antidopage est importante. Ce qu’on demande, c’est qu’il ne soit pas fait n’importe quoi. Venir réveiller les coureurs qui ont effectué déjà plus de dix jours de course, qui ont des journées difficiles, qui arrivent tard à l’hôtel, qui ont peu de temps pour récupérer, et qu’on les réveille à deux heures du matin, là, je crie au scandale."
Dans la soirée, après cette 15e étape, le directeur du Tour de France Christian Prudhomme a réagi au micro de la direction des sports de Radio France aux contrôles et à la colère grandissante dans le peloton. "Pendant une compétition, aller contrôler des champions à deux heures ou cinq heures du matin ça paraît bien tôt en effet. Je comprends la réaction des coureurs. Deux heures du matin, cinq heures du matin, évidemment que ça peut paraître surprenant".
Mais le patron de la Grande Boucle a rappelé que "l'agence internationale [antidopage] est indépendante". "On s'est battu pendant des années pour avoir une agence indépendante, on a une agence indépendante".
L'abandon de Vingegaard vient nourrir la polémique
Avec la chute, lors de cette 15e étape, du leader de la formation Visma | Lease a bike, la polémique a pris une autre tournure. Dans la descente menant au plateau de Solaison, Jonas Vingegaard a viré trop large après un rond-point avec un terre-plein central et a chuté lourdement, alors que son équipe roulait pour revenir sur l'échappée. Victime d'une fracture de la clavicule, le vainqueur du dernier Giro a été contraint à l'abandon, son premier sur le Tour de France.
Si les réseaux sociaux s'enhardissent, l'équipe du Danois a désamorcé : "Il ne faut pas spéculer sur ça. Les garçons étaient prêts, il était prêt", a rétorqué dans la soirée Marc Reef, directeur sportif de la Visma | Lease a bike. "Il se sentait bien pendant l’étape. La chute en elle-même, c’était plus une moto qui a dû freiner à cause du virage soudain. C’était une situation un peu étrange, ils ont tous dû freiner en tête de groupe. Et Jonas a été le premier à partir au sol." Le patron de l'équipe, Richard Plugge, a salué le fait qu'il y ait des contrôles, "nécessaires", mais a déploré un "mauvais timing".
Un juge des libertés et de la détention a autorisé les contrôles nocturnes
Lundi après-midi, le parquet de Paris a confirmé une information de L'Equipe, sur le fait qu'un juge des libertés et de la détention (JLD) du tribunal judiciaire de Paris a été saisi par l'ITA, "en application de l'article L.232-14-4 du code du sport, afin d'autoriser les contrôles antidopage survenus dans la nuit du 18 au 19 juillet dernier", à l'adresse de Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard. Les JLD des tribunaux judiciaires de Paris et Marseille "sont compétents concurremment pour statuer sur des demandes de contrôles antidopage de nuit", a précisé le parquet de Paris à l'AFP.
Open Questions
- Les procédures de contrôle antidopage nocturnes seront-elles révisées ?
- Quel sera l'impact à long terme de la chute de Vingegaard sur sa carrière ?
- Comment l'ITA justifiera-t-elle ces horaires spécifiques face aux critiques ?




