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Kiléma Le Lieu : un tiers-lieu culturel inclusif pour les personnes en situation de handicap à Paris
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France Info3 days agoSocial6 min readFranceView translation

Kiléma Le Lieu : un tiers-lieu culturel inclusif pour les personnes en situation de handicap à Paris

Situé dans le XVIIe arrondissement, cet espace innovant propose une librairie adaptée, des ateliers et un lieu de vie sociale pour favoriser l'inclusion des personnes en situation de handicap intellectuel.

Quick Look

  • Kiléma Le Lieu, un tiers-lieu culturel de 250 m2 à Paris, offre un espace inclusif dédié aux personnes en situation de handicap intellectuel.
  • Fondé par Cécile Arnoult et Philippe Le Squéren, il propose une librairie spécialisée, des ateliers et un cadre de travail.

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Why It Matters

Kiléma Le Lieu est un tiers-lieu culturel inauguré au printemps 2024 à Paris, dédié à l'inclusion des personnes en situation de handicap intellectuel.

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À l'image de la rue, avec son large trottoir, un lumineux espace trône au 24 avenue de la Porte de Clichy dans le XVIIe arrondissement de Paris depuis le printemps dernier. Kiléma Le Lieu est un tiers-lieu culturel, inclusif et inédit, dédié aux personnes souffrant d'un handicap intellectuel et qui s'organise autour d'une librairie où ils peuvent dénicher des ouvrages adaptés, notamment ceux en Falc (Facile à lire et à comprendre) de Kiléma éditions. La grande hauteur sous plafond et une surface qui s'étire en longueur sur 250 m2, confèrent à Kiléma Le Lieu des volumes qui font souffler comme un vent de liberté. Sa vocation paraît s'imprimer dans les murs : "offrir un lieu de culture, un lieu de travail, un lieu de vie sociale aux personnes déficientes intellectuelles et à tous", dixit Cécile Arnoult dont c'est l'œuvre.

Avec son mari Philippe Le Squéren, ils sont parents d'une Lucie atteinte de trisomie 21 pour laquelle ils ont imaginé cet espace inclusif. Au cours de la journée, on vient donc acheter des livres, se poser pour boire un café ou profiter d'un moment de convivialité, travailler, participer à un atelier culturel, à une activité ou à un échange qui peut aussi se dérouler au niveau inférieur qui est privatisable. Certains viennent se restaurer à midi. Dans l'après-midi, une mère vient faire les devoirs avec sa fille et lui offre un goûter proposé au bar. Plus loin, un comptable qui habite le quartier, travaille sur son ordinateur dans cette surface modulable qui peut servir à la restauration. Plus tôt, des parents d'enfants en situation de handicap ont fait leurs réserves d'ouvrages, avant de déjeuner et proposer leurs services comme futurs bénévoles.

"Voir et être vu"

Dans Paris, "des lieux comme le nôtre, il n’y en pas du tout", note la maman de Lucie. "Il n’y a pas de lieu de culture totalement inclusif. C’est l’aboutissement de cinq ans de travail", explique Cécile Arnoult qui a porté le projet. "Kiléma Le Lieu, c'est 18m de façade. C’est un lieu pour voir le monde extérieur. Les personnes en situation de handicap voient le monde extérieur et sont vues. Voir et être vu. Kiléma Le Lieu est une énorme vitrine où on mélange tout le monde."

Bientôt sa fille Lucie et ses camarades de classe viendront s'exercer à de nouveaux métiers, entre le café, la librairie et "l'espace d’échange, de travail et de formation dédié à l’inclusion, aux pratiques éducatives et à l’accompagnement des professionnels de l’éducation et du médico-social". "Ma fille a 20 ans, poursuit Cécile Arnoult. L’année prochaine est sa dernière année scolarisée. A partir de septembre prochain, je vais organiser avec son école un programme de professionnalisation. Dans ce cadre, on va accueillir ici des jeunes, des stagiaires à qui l'on va apprendre des métiers ou différentes tâches comme la réception du livre, spécifique à la librairie, ou l'accueil du public qui est transversal."

Un lieu que l'on s'approprie

Mathis, 17 ans, a déjà profité de cette démarche. Il est venu faire à Kiléma Le Lieu un stage de trois semaines achevé en juin dernier. En bac pro MRC (métiers de la relation clients), il a aidé à la librairie et à la cuisine du bar. "J'ai des problèmes avec ma main. Quand j'écris, je me fatigue vite", explique-t-il. Quand on lui demande quels sont les maux dont il souffre, il parle "de dyslexie et de TSA [troubles du spectre de l'autisme]". "Quand on m’a dit de faire un stage dans une librairie, je me suis dit que ça allait être nul. Et finalement, j’ai beaucoup aimé. Quand je suis avec mon tuteur, à la libraire, ou en cuisine, j’apprends beaucoup de choses", confie-t-il à propos de son stage. Et à la librairie, il a découvert "pas mal de livres", lui qui "n’aime pas lire". Désormais, il aime "un peu plus maintenant" les ouvrages, notamment ceux sur le sport qu'il y a trouvés.

Le tiers-lieu est un endroit où l'on apprend et où l'on travaille aussi, comme Laura qui est relectrice Falc chez Kiléma Editions, installée sur le site. "Pour ma fille Lucie, à l’issue de son année scolaire, ce sera son lieu, confie Cécile Arnoult. On a créé Kiléma Le Lieu pour elle. Elle aura un endroit où elle pourra travailler, où elle pourra boire des verres et rencontrer ses amis. Elle aura un endroit où elle pourra acheter des livres, se cultiver à travers différentes activités initiées par les gens. On offre un espace et les gens se l'approprient, que ce soient des associations qui proposent des activités pour les personnes en situation de handicap, ou les personnes en situation de handicap elles-mêmes qui recherchent quelque chose et qui se disent que l'endroit où on peut le faire, c'est ici."

"Une seule et même histoire, plusieurs manières de lire"

Morgane, 25 ans, qui souffre de troubles cognitifs, est de celle-là. En cherchant "un lieu dédié à l’inclusion", elle avait repéré Kiléma Le Lieu avant même son ouverture. Et c'est le premier endroit à Paris qui correspond à ses attentes. "J’ai trouvé un moment pour découvrir ce lieu. C’est pratique, ce n’est pas très loin de chez moi". Ses atouts : "le fait qu’il y ait une librairie, que le lieu soit accessible aux personnes en situation de handicap et qu’il y ait des ateliers". Comme l'atelier céramique qu'elle a raté de peu parce qu'il s'est tenu la veille de son passage.

La jeune femme, qui bénéficie d'une allocation adulte handicapée, cherche aussi du travail avec son bac pro gestion administrative obtenu en 2022. "Quand on est en situation de handicap, travailler dans une entreprise, c’est compliqué. On n’est pas assez accompagné". Morgane ne s'est pas sentie "accueillie" lors de son expérience précédente. "Je me suis sentie mise à l’écart. En même temps, les gens travaillent et n’ont pas toujours le temps de s’occuper d’une personne en situation de handicap. Mais c’est vrai que cela m’a un peu gênée et démotivée".

Côté culture, la jeune femme a trouvé son bonheur à la librairie : Morgane a déniché Les Trois mousquetaires en Falc chez Kiléma Editions. "J’ai grandi dans une famille où la culture est super importante. C’est un classique de la littérature qui n’est pas accessible à tout le monde. Même en audio. Je lis mais j’ai des troubles de concentration. Je me fatigue rapidement". Avec quelque 3 200 titres dont "15 à 20% d'éditions adaptées", la librairie est une caverne d'Ali Baba pour toutes les personnes neurotypiques. "On a constitué le premier cercle du fond de la librairie avec des éditions adaptées en Falc, pour les dys [troubles spécifiques du langage et de l'apprentissage tels la dyslexie ou la dyspraxie], des livres tactiles, des ouvrages en braille, en grands caractères et des livres audio", explique Cécile Arnoult, fondatrice de Kiléma Editions dont dépend la librairie. Et parce que "finalement peu de titres sont estampillés 'adaptés' ", le fonds s'est élargi aux albums et livres graphiques sans texte.

"Puis, petit à petit, ajoute Cécile Arnoult, on s'est dirigé vers la littérature générale parce qu'on veut que cette librairie, comme tout le concept du projet, rime avec inclusion". Le slogan de la structure résume la philosophie : "Une seule et même histoire, plusieurs manières de la lire". "Plus on donne les cartes aux gens et plus tout le monde peut avoir les mêmes références culturelles et littéraires", plaide Jules, le responsable de la librairie. "C'est une librairie dans laquelle le livre adapté est la norme et non plus l'exception", insiste Cécile Arnoult qui estime que "les droits culturels des personnes en situation de handicap sont complètement bafoués".

Et ce ne sont pas les seuls droits que les parents de Lucie estiment piétinés. De façon plus large, ils dénoncent l'approche sociétale de la déficience intellectuelle en France. "Le handicap intellectuel est jugé tellement différemment que les droits des personnes ne sont pas les mêmes", constate Philippe Le Squéren, ingénieur de formation qui a revendu son entreprise pour créer le Fonds de dotation Kiléma, bras financier des projets Kiléma (maison d'édition et tiers-lieu).

Cécile Arnoult et Philippe Le Squéren ont donné corps à Kiléma Le Lieu afin de montrer qu'une alternative était possible. "La lecture, la culture, c'est la base de cette possibilité d'émancipation des personnes en situation de handicap", plaide le responsable du Fonds de dotation Kiléma. "Nous on veut changer le monde, poursuit-il, changer l'image du handicap intellectuel en disant que les personnes concernées doivent avoir les mêmes droits et qu'on doit leur apporter les mêmes services et la même culture. Mais dire ça ne suffit pas si l'on ne s'adapte pas à elles". Les parents de Lucie s'insurgent aussi contre "les endroits fermés" comme "les IME (Institut médico-éducatif), Esat, foyers de vie", des structures d'un parcours médico-social qu'ils ont refusé pour leur fille.

"Il est hors de question que je fasse vivre ma fille dans un autre monde que celui dans lequel je vis."

Cécile Arnoult

"On a plein de témoignages de jeunes qui sont passés du système traditionnel d'éducation à des IME et qui ont régressé, affirme Cécile Arnoult. Il faut être tiré vers le haut pour s'élever. Les trisomiques sont, par exemple, des éponges", sensibles à la bonne ou mauvaise dynamique de leur environnement. "Ce ne sont pas les personnes derrière ces institutions qui sont à remettre en cause, analyse Cécile Arnoult, mais c'est l'institution elle-même".

Avec Kiléma Le Lieu, les parents de Lucie recherchent de nouveaux alliés dans une bataille que de nombreux mécènes soutiennent déjà. Objectif avoué de Kiléma Le Lieu : créer une communauté. "Les gens qui viennent là manger une bonne tarte ou boire un café franchissent une étape qu’ils ignorent souvent encore", note Philippe Le Squéren. Une adhésion à l'association qui gère le lieu sera proposée. Elle offrira notamment un accès prioritaire à l'espace de travail. Une contribution, parmi d'autres, quand le loyer à verser à la Régie immobilière de la ville de Paris (RIVP) pour le lieu s'élève à 90 000 euros par an : "beaucoup trop cher et trop lourd quand on s'intéresse à un public spécifique et que l'on crée, par ailleurs, de l'emploi pas que pour les personnes en situation de handicap", fait remarquer Cécile Arnoult. Pour l'heure, alors que la programmation culturelle de la rentrée commence à se dévoiler, franchir la porte de Kiléma Le Lieu est un premier pas. Entre autres "pour essayer de faire évoluer la présomption d'incompétence associée au handicap", selon la formule du papa de Lucie. "Nous sommes tous humains", insiste Philippe Le Squéren et "les personnes en situation de handicap font partie de la population générale", lance encore Cécile Arnoult.

What to Watch

AI outlook — possibilities, not facts

  • Lancement d'un programme de professionnalisation pour les jeunes en septembre.

    Very likely · Within months

Open Questions

  • Comment le modèle économique sera-t-il pérennisé face au loyer élevé ?
  • Quels seront les résultats du programme de professionnalisation en septembre ?

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This article was originally published by France Info.

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