L'Affaire Marie-Claire : Charlotte Gainsbourg incarne Gisèle Halimi
Quick Look
- Le film "L'Affaire Marie-Claire" retrace le procès historique de Bobigny en 1972, où l'avocate Gisèle Halimi (incarnée par Charlotte Gainsbourg) défend une jeune fille ayant avorté illégalement.
- Le film, présenté à Cannes, vise à rappeler les combats pour le droit des femmes.
AI-generated summary
Why It Matters
Le film "L'Affaire Marie-Claire" retrace le procès de Bobigny en 1972, où l'avocate Gisèle Halimi a défendu Marie-Claire Chevalier, une jeune fille de 16 ans poursuivie pour avoir avorté illégalement après un viol. La stratégie de Halimi était de transformer ce procès local en un acte politique national pour contester la loi qui criminalisait l'avortement.
Mesdames, je crois en vous, ça va aller", répète comme pour s'en convaincre Gisèle Halimi, alias Charlotte Gainsbourg, au début de L'Affaire Marie-Claire. Un film présenté à Cannes lundi 18 mai, six mois avant sa sortie en salles, en Séances spéciales, une section qui valorise les œuvres à portée historique et sociale. Volontaire et intransigeante, comme l'était l'avocate (avec un e, elle y tenait), elle encourage ses clientes avant leur entrée dans la salle d'audience : "Vous n'êtes pas coupables, ne l'oubliez pas."
À l'automne 1972, la jeune Marie-Claire Chevalier (Saül Benchetrit), 16 ans, comparaît devant le tribunal de Bobigny pour avoir avorté illégalement après un viol. Sa mère (Cécile de France) et deux collègues qui l'ont aidée (Sarah Suco, Florence Loiret Caille) sont également poursuivies et risquent la prison. Gisèle Halimi va leur proposer une stratégie inédite et risquée : refuser de plaider coupable et attaquer le texte qui criminalise chaque année des milliers de femmes. "On ne fera pas votre procès mais le procès de la loi", leur promet-elle dans le film. Son objectif : transformer un procès local et banal en acte politique de portée nationale. La France est alors profondément divisée sur la question du droit des femmes à disposer de leur corps.
Sur la terrasse du Palais des festivals, au lendemain de la projection, les deux réalisateurs du film, Lauriane Escaffre et Yvo Muller, nous confient que les héroïnes du procès de Bobigny et la personnalité de Gisèle Halimi les ont toujours fascinés. "Ce sont des femmes courageuses et hyper inspirantes, dit Yvo Muller. On a souvent l'impression en tant qu'individu de ne pas pouvoir changer quoi que ce soit. Voir ce petit groupe de femmes faire bouger les choses et obtenir pour toutes les femmes des droits qu'elles n'avaient pas, on trouve ça super."
Lauriane Escaffre, qui joue dans son propre film un personnage de fiction, la secrétaire de Gisèle Halimi, ajoute : "Le public qu'on aimerait pour ce film, ce sont les 15-30 ans parce qu'évidemment, ils ne connaissent pas tous Gisèle Halimi. On avait très envie de mettre en lumière le courage de ces femmes afin que les plus jeunes prennent conscience de ces combats et gardent en tête que les droits qu'ils ont aujourd'hui, c'est grâce à des femmes qui se sont battues avant." Et d'ajouter : "On a des retours en arrière dans certains pays assez effrayants, comme en Pologne ou aux États-Unis. Il faut prendre conscience que des droits acquis peuvent ne plus l'être et rester vigilants."
Les deux auteurs se sont beaucoup documentés pour rester au plus près de la réalité historique. "On a la chance d'avoir une retranscription écrite du procès de Bobigny. Même si c'était illégal, l'association Choisir l'a publiée à l'époque et elle a été vendue à 30 000 exemplaires", explique Yvo Muller. "Il y a des choses qu'on n'a pas changées, poursuit Lauriane Escaffre. En particulier sa plaidoirie. On avait vraiment envie de faire honneur aux mots de Gisèle Halimi, même si on a fait des coupes." La part de fiction du film concerne plutôt son intimité, ses relations avec son mari et ses rapports difficiles avec sa mère.
"D'où vient cette rage ?", demande un journaliste à Gisèle Halimi dans le film. Assurément de son enfance. Ses parents, des Juifs de Tunisie, auraient préféré un garçon et mettent trois semaines à annoncer sa naissance. La petite Gisèle comprend très tôt qu'à leurs yeux, ses frères valent plus qu'elle et se rebelle contre cette injustice. "On sait que le désamour de sa mère a été à la naissance de tous ses combats", assurent les réalisateurs. Le film s'attarde sur cette relation âpre. "Tu peux pas être une femme normale ?", lui assène sa mère. "Avorter, c'est parjure."
Les deux auteurs se sont aussi inspirés d'une pièce de théâtre dans laquelle Ariane Ascaride incarnait Gisèle Halimi et du livre qu'elle a écrit avec Annick Cojean en 2020 : Gisèle Halimi, une farouche liberté. Ils ont rencontré son fils Jean-Yves, avocat comme elle, de nombreuses personnes l'ayant côtoyée, et toute la famille de Marie-Claire Chevalier, décédée prématurément en 2022, à l'âge de 66 ans. Sa mère Michèle vit en maison de retraite.
Charlotte Gainsbourg en pasionaria
Pour incarner la pasionaria Gisèle Halimi, les réalisateurs ont choisi Charlotte Gainsbourg. "On a vraiment eu une évidence, expliquent-ils de concert. On savait que les failles, la fragilité face à sa mère, on l'aurait facilement avec elle. Et que l'on pouvait réussir à l'amener vers la force, la froideur, la dureté de l'avocate. Il y avait quelque chose d'inattendu là-dedans qui nous rendait curieux, un territoire qu'on avait envie d'explorer avec elle."
La comédienne endosse la robe et tous les combats de la militante, prête à remuer ciel et terre pour obtenir gain de cause face à l'inflexible magistrat interprété par Xavier Robic. Lui se réfugie derrière la loi et rien que la loi, elle va jusqu'à trahir les promesses faites à Marie-Claire et à sa mère pour l'emporter. Dans le rôle du mari, Grégory Gadebois et sa force tranquille, offre un parfait contrepoint. "Gisèle Halimi dit dans le film qu'elle n'avait pas le choix, analyse Lauriane Escaffre. Sa stratégie ne fonctionne pas et tous ses plans ont échoué. Ce qui nous a intéressés cinématographiquement parlant. Elle se retrouve complètement acculée et trahit effectivement sa parole, à son plus grand regret. Cela en fait un personnage qui n'est pas complètement lisse, pas une sainte."
Le film et son actrice principale se sont trouvés au cœur d'une polémique en septembre 2025. Généralement discrète sur ses engagements, Charlotte Gainsbourg a signé avec d'autres personnalités une tribune dans Le Figaro appelant Emmanuel Macron à conditionner la reconnaissance de l'État de Palestine par la France à la restitution des otages israéliens et au démantèlement du Hamas. Certains ont alors estimé qu'elle ne pouvait incarner Gisèle Halimi dont les convictions anticoloniales étaient notoires.
Absolument méconnaissable, Cécile de France impressionne dans le rôle de Michèle Chevalier. Cette modeste employée de la RATP, qui élève seule ses trois filles, n'a pas fait appel à Gisèle Halimi par hasard. Pendant la guerre d'Algérie, période durant laquelle de nombreux viols furent commis, l'avocate a défendu Djamila Boupacha, une militante du FLN torturée et violée avec une bouteille pendant sa détention. "Vous avez pris des risques. J'aurais aimé avoir votre courage", lui dit-elle. Gisèle Halimi fait aussi partie des 343 Françaises qui ont signé le Manifeste "Je me suis fait avorter" paru en 1971 dans Le Nouvel Observateur pour appeler à la légalisation de l'avortement en France.
Classique dans sa forme, L'Affaire Marie-Claire est un film de procès efficace et une piqûre de rappel bienvenue. Car le temps où le Code pénal criminalisait des milliers de citoyennes n'est pas si lointain. La reconstitution minutieuse du procès remet en lumière les pratiques peu reluisantes de l'époque, pour ne pas dire barbares. "Pour que les femmes s'en souviennent", certains médecins pratiquaient des curetages à vif, sans anesthésie. Des "faiseuses d'anges" exerçant parfois dans des conditions sanitaires déplorables exigeaient des sommes exorbitantes, sachant les femmes coincées. On repense au livre d'Annie Ernaux, L'Evénement, adapté au cinéma par Audrey Diwan en 2021 dans un film particulièrement âpre sur le parcours de combattante infligé à une étudiante (Anamaria Vartolomei) cherchant par tous les moyens à mettre un terme à sa grossesse.
Ce n'est pas le violeur de Marie-Claire qui était assis sur le banc des accusés, c'est la jeune fille de 16 ans qu'il avait mise enceinte. La loi était alors du côté du crime. Trois ans plus tard, grâce à Marie-Claire et Michèle Chevalier, Gisèle Halimi, Simone de Beauvoir, Simone Veil et tant d'autres, l'avortement était dépénalisé en France. "La défense, en tout cas pour moi, c'était une manière de changer le monde", disait Gisèle Halimi. David avait gagné contre Goliath.
La France a été le premier pays au monde à reconnaître dans sa constitution, le 8 mars 2024, la liberté de recourir à l'avortement.
La fiche
Open Questions
- Quel a été l'impact exact de la stratégie de Gisèle Halimi sur l'opinion publique à l'époque ?
- Comment le film aborde-t-il les détails intimes de la vie de Gisèle Halimi et ses relations familiales ?
- Quelles sont les réactions spécifiques du public jeune visé par les réalisateurs ?
- Comment le film traite-t-il la dimension de la culpabilité et du regret chez Gisèle Halimi suite à ses stratégies ?



