L'IA, le nouvel assistant parental qui divise
Quick Look
- Des parents, notamment aux États-Unis, utilisent massivement l'IA pour gérer la parentalité, créant un nouveau marché.
- Cette tendance, centrée sur les mères, soulève des questions sur la délégation de la charge mentale et la fiabilité des conseils de l'IA.
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Why It Matters
L'IA, notamment ChatGPT, est de plus en plus utilisée par les parents pour les aider dans l'éducation de leurs enfants, créant un nouveau marché et soulevant des questions.
L'histoire est devenue virale l'été 2025. Lilian Schmidt, consultante en marque installée à Zurich, ne parvenait pas à endormir sa fille de trois ans et demi. Rideaux occultants, bruit blanc, massage, rien n'y faisait : chaque soir, le coucher tournait au combat de deux à trois heures. Épuisée, elle a fini par interroger ChatGPT. La réponse prenait le contre-pied de tous les conseils reçus : il fallait, au contraire, plus de stimulation avant le dodo, un chewing-gum ou un trampoline. En cinq minutes, l'enfant dormait. Lilian Schmidt n'en revenait pas.
De cette nuit est née une nouvelle vocation, et tout un marché.
Le phénomène est massif, surtout outre-Atlantique. Aux États-Unis, 79% des parents d'enfants mineurs utilisent l'IA, contre 54% des personnes sans enfant. Quelque 34% s'en servent pour organiser la garde et la logistique des enfants, selon une étude Menlo Ventures, un fonds d'investissement américain spécialisé dans l'IA, du 26 juin 2025.
En France, sur TikTok, plusieurs vidéos sont nées de la même tendance : un plan sur un bébé et en texte "Bébé 2026 élevé par Papa, maman et ChatGPT"
Fin 2025, sur un plateau de télévision américain, Sam Altman, le patron d'OpenAI, la maison mère de ChatGPT, confiait lui-même qu'il n'aurait pas su comment élever un nouveau-né sans son outil. Une phrase qui a déclenché une vague de critiques, lui qui ajoutait dans la foulée que l'humanité avait fait des enfants pendant des millénaires, sans problèmes.
Surtout, l'usage est devenu un produit. Sur TikTok, des mères monétisent leur façon de se servir de l'IA. Lilian Schmidt, dont l'audience a bondi à 27 000 abonnés en trois semaines, a créé une version sur-mesure de ChatGPT baptisée "Coparent", un assistant qui "n'oublie jamais la crème solaire ni ne vous demande de noter quoi que ce soit", et en vend l'accès 37 dollars. D'autres, comme l'Américaine Sarah Dooley et sa marque "the AI-Empowered Mom", ont quitté leur emploi pour animer des ateliers, publier des livres et vendre des prompts, ces instructions toutes prêtes à envoyer au robot.
Charge mentale, déléguée mais jamais partagée
C'est là le paradoxe, ces contenus s'adressent quasi exclusivement aux mères : 95% de l'audience de Lilian Schmidt est féminine. Logique, puisque ce sont elles qui portent encore l'essentiel de la charge mentale, ce travail invisible d'anticipation et d'organisation.
Le paradoxe est cruel. Pour une journaliste du média américain spécialisé en technologie, WIRED, l'IA fait comme l'aspirateur ou le lave-linge en leur temps : une innovation qui n'allège pas vraiment la charge, mais qui la rend juste un peu plus supportable, sans jamais en redistribuer la responsabilité. Apprendre à dompter ChatGPT pour faire tourner la maison devient même une corvée de plus sur une liste déjà interminable.
Reste à savoir si la machine est de bon conseil. Le premier piège tient à la nature même de ces outils : ils ont tendance à valider ce que dit l'utilisateur. Un parent qui cherche à être rassuré le sera, sans être vraiment confronté. En confiant à ChatGPT les angoisses du coucher, les colères et les bobos de leurs enfants, les parents déposent dans les serveurs des géants de la tech des fragments très intimes de leur vie de famille. De quoi se demander s'il ne faudrait pas simplement partager la charge avec son ou sa conjointe plutôt qu'avec ChatGPT.
Open Questions
- L'IA offre-t-elle de bons conseils parentaux ?
- La délégation à l'IA est-elle une nouvelle charge ?
- Faut-il partager la charge avec son conjoint plutôt qu'avec l'IA ?



