L'Ukraine s'apprête à ouvrir le premier chapitre de négociations d'adhésion à l'UE
Quick Look
- L'Ukraine franchit une étape clé vers l'UE avec l'ouverture officielle des négociations d'adhésion.
- Malgré les défis liés à la guerre et aux réformes, Kiev espère une adhésion d'ici 2030, soutenue par une large majorité de sa population.
AI-generated summary
Why It Matters
L'Ukraine s'apprête à ouvrir officiellement le premier chapitre de négociations d'adhésion à l'Union européenne, une étape cruciale dans son processus d'intégration, malgré les défis persistants liés à la guerre et aux réformes internes.
L'Ukraine va franchir une nouvelle étape dans son chemin vers l'Union européenne. Les Vingt-Sept s'apprêtent à ouvrir officiellement le premier chapitre de négociations avec Kiev, lors d'une conférence intergouvernementale organisée au Luxembourg lundi 15 juin. Cette étape importante du processus d'adhésion, jusque-là bloquée par la Hongrie de Viktor Orban, vise à s'assurer que le pays est en phase avec les lois et les valeurs de l'Union européenne.
En novembre 2025, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, disait à Euronews espérer une adhésion d'ici à 2030. Ce sentiment était alors jugé "réaliste" par la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. Depuis, Kiev entretient des discussions informelles avec la Commission européenne. "Nous pensons que votre avenir se trouve au sein de l'Union européenne", a réitéré le président du Conseil européen, Antonio Costa, le 9 mai.
L'Ukraine "au milieu de sa trajectoire d'adhésion"
Au-delà des discours enthousiastes, un long chemin reste à parcourir pour le pays aux 40 millions d'habitants, qui deviendrait le cinquième le plus peuplé de l'Union. "L'Ukraine se trouve au milieu de sa trajectoire d'adhésion, qui est avant tout un long processus politique", souligne Roman Petrov, titulaire de la chaire Jean-Monnet de droit de l'UE à l'université Kiev-Mohyla.
L'adhésion à l'UE est un travail immense, minutieux et intense, qui repose sur deux piliers. Le pays candidat doit d'abord respecter les critères de Copenhague, c'est-à-dire être une démocratie stable, qui respecte l'Etat de droit et dispose d'une économie de marché fonctionnelle. Vient ensuite l'adoption des "acquis communautaires", l'ensemble des lois et des règles européennes. Ce sont ces sujets qui seront discutés par des négociateurs lors de l'examen d'une trentaine de chapitres.
Presque aucun thème n'est laissé de côté, du droit des sociétés à la justice, en passant par l'environnement et la libre circulation des travailleurs. Les sujets sont aussi précis que le type de bouchons qui peut être utilisé sur une bouteille en plastique, ou aussi larges que le fonctionnement de l'Etat de droit. Bonne nouvelle pour Kiev, l'Ukraine a déjà effectué une partie importante du travail, "impulsée dès la signature de l'accord d'association de 2014", un traité diplomatique et de libre-échange, souligne Tinatin Akhvlediani, responsable du programme d'élargissement de l'UE au sein du Centre for European Policy Studies, un groupe de réflexion basé à Bruxelles.
Une population largement favorable à l'UE
L'adhésion à l'UE est l'une des priorités du gouvernement de Volodymyr Zelensky. "C'est un but très largement partagé par la population ukrainienne, qui a été inscrit dans notre Constitution en 2022", rappelle à franceinfo la députée Kira Rudyk, présidente du parti d'opposition pro-européen Holos. Un sondage du Centre Razumkov, un groupe de réflexion ukrainien, montrait ainsi en septembre 2025 que 81,7% des Ukrainiens étaient en faveur d'une adhésion à l'UE. Du jamais-vu pour un pays candidat.
Depuis le début de l'invasion russe à grande échelle en février 2022, Kiev a accéléré ses réformes, grâce au travail du Parlement, qui a continué à fonctionner malgré les drones et les missiles s'abattant quotidiennement. Les priorités fixées par la Commission européenne en juin 2022, portant notamment sur une réforme de la Cour constitutionnelle, la justice, la lutte contre la corruption et les droits des minorités nationales, ont toutes été atteintes, selon un rapport de l'exécutif européen publié en octobre 2024.
"Le fait que le pays continue de progresser sur le plan des réformes tout en étant en guerre contre la Russie est impressionnant."
Tinatin Akhvlediani, responsable du programme d'élargissement de l'UE au Centre for European Policy Studies
à franceinfo
Malgré ses efforts, l'Ukraine n'est certainement pas encore prête à intégrer l'UE. Le dernier rapport de la Commission européenne, en novembre 2025, ne classait que quatre chapitres sur 34 dans la catégorie "bon niveau d'avancement". Rien d'anormal cependant : en mai, le Monténégro, le pays candidat le plus avancé, n'avait conclu que 14 chapitres, ouverts en 2021. D'autant que la marche vers l'Europe se fait dans des circonstances particulières. "Ce n'est pas tant la transposition du droit européen qui pose un problème, mais sa mise en œuvre, qui est un vrai défi dans un pays en guerre", pointe Tinatin Akhvlediani.
En Ukraine, certains sujets restent sensibles, comme celui de la corruption, un problème endémique. Dernier épisode en date, le placement en détention provisoire d'Andriy Yermak, ancien principal conseiller du président Volodymyr Zelensky, soupçonné d'être impliqué dans un vaste réseau de détournement de fonds.
A l'été 2025, le chef de l'Etat avait même tenté de mettre fin à l'indépendance des puissantes agences anticorruption du pays, mais la pression de l'UE avait fini par le faire reculer. "L'UE est dans son rôle : fournir les orientations, conseils et soutiens aux Etats sur la manière d’éliminer complètement la corruption et de se conformer aux principes fondamentaux de l'Union", souligne Tinatin Akhvlediani. Ces sujets sont "généralement les plus complexes", en particulier "pour un pays en guerre".
La guerre empêche une adhésion rapide
Le conflit avec la Russie, débuté en février 2022, plane comme un nuage de drones au-dessus des négociations d'adhésion. Comment imaginer que l'Ukraine puisse intégrer l'UE alors qu'elle est toujours en guerre et qu'une partie de son territoire est occupé ? "L'Ukraine est en guerre depuis plus longtemps que la France pendant la Première Guerre mondiale. Notre économie est en ruine. Nous avons perdu environ 10 millions d'habitants [qui ont fui le pays]. Des milliers de nos soldats et de nos civils ont péri", rappelle Roman Petrov. A Bruxelles, personne n'imagine qu'une adhésion puisse se faire sans accord de paix, alors que les traités européens prévoient une clause de solidarité en cas d'attaque sur l'un des Etats membres.
Pour l'instant, avec une ligne de front gelée depuis des mois et des négociations au point mort, aucune porte de sortie ne se dessine. "C'est évidemment un élément bloquant, mais l'adhésion de l'Ukraine pourrait faire partie d'un accord de paix", suggère Kira Rudyk. Ce point faisait d'ailleurs partie du plan de paix américain présenté en fin d'année 2025, décrié car jugé trop à l'avantage de la Russie et depuis abandonné. L'UE, même si elle a mis en place des procédures uniques visant à accélérer le processus d'adhésion, se refuse à donner une date butoir.
Volodymyr Zelensky, lui, n'hésite pas à donner des objectifs. Le dernier en date : 2030. "C'est une promesse qui est uniquement à destination des Ukrainiens. C'est une sorte de réconfort psychologique pour la population, qui souhaite savoir quand la guerre sera terminée", analyse Roman Petrov.
A lire aussi
En attendant une adhésion encore lointaine, certains proposent des solutions alternatives, mais aucune ne fait l'unanimité. L'idée, émise fin mai par le chancelier allemand, Friedrich Merz, de donner à l'Ukraine un statut de "membre associé" sans droit de vote en attendant son adhésion, est mal passée à Kiev. Un tel statut n'est de toute façon pas prévu par les traités. "Je ne veux pas que l'Ukraine devienne une zone tampon éternelle", prévient Yevheniia Kravchuk, députée de Serviteur du peuple, le parti de Volodymyr Zelensky. "La place de l’Ukraine au sein de l’Union européenne doit être complète, pleine et égale", a tranché le président ukrainien sur X.
Convaincre les Européens des bénéfices d'une adhésion
Une fois la guerre terminée et les chapitres clos, restera encore une étape : la négociation du traité d'adhésion, qui définira les modalités de l'arrivée de l'Ukraine. Il devra ensuite être adopté par les 27 Etats membres, parfois par le biais d'un référendum. Un exercice risqué, alors que tous les gouvernements ne sont pas convaincus par l'arrivée de Kiev. En France, plusieurs partis politiques, comme le Rassemblement national, y sont opposés. En juin 2025, seuls 35% des Polonais se déclaraient en faveur de l'arrivée de leur voisin dans l'UE (42% contre), selon un sondage Ibris.
Concurrence déloyale des agriculteurs, arrivée d'Ukrainiens dans les Etats membres, aides européennes redirigées vers Kiev… Les sujets d'inquiétude ne manquent pas. "Nous comprenons qu'il y aura des problèmes sur certains points, notamment l'agriculture et la lutte contre la corruption, plaide Yevheniia Kravchuk. "La Pologne a connu des négociations difficiles avant son adhésion en 2004", rappelle-t-elle. A l'époque, Varsovie avait d'ailleurs accepté un délai avant que sa population ne puisse bénéficier de la liberté de circulation commune aux Vingt-Sept.
Les arguments en faveur de l'arrivée de Kiev à la table de l'UE ne manquent pas, affirment cependant ses défenseurs. "Le problème majeur pour l'Europe est la sécurité. L’invasion russe a démontré qu’il s’agit d’une menace existentielle. Or, l’Ukraine est extrêmement résiliente, elle possède l’armée la plus puissante d’Europe, forte d’un savoir-faire militaire approfondi et diversifié, d’un entraînement rigoureux et d'une solide expérience du combat", souligne Tinatin Akhvlediani. L'économie du pays, "sa taille et son marché", apporteraient aussi des bénéfices économiques au reste du bloc, défend la députée Kira Rudyk.
L'UE risque de perdre la bataille morale
Les arrivées de l'Ukraine, de la Moldavie, du Monténégro, candidat depuis 2008, ou de l'Islande, candidate depuis 2009, posent de toute façon d'importantes questions à l'UE. Comment fonctionner correctement à plus de 30 Etats membres, alors qu'un seul pays peut bloquer des décisions importantes pendant des mois, voire des années ? "Il est grand temps que l'UE se réforme", juge Roman Petrov, qui rappelle qu'une Conférence sur le futur de l'Europe avait été mise en place pendant le premier mandat d'Ursula von der Leyen à la tête de la Commission. Face au peu d'appétence des gouvernements pour modifier les traités, ses propositions sont pour l'instant restées lettre morte.
Il faudra bien trouver une solution, estiment les experts. "Ce serait aussi la preuve que l'UE est encore capable de s'étendre", affirme Yevheniia Kravchuk. Car l'adhésion ukrainienne est aussi un enjeu important pour l'UE, coincée entre un partenaire américain jugé de moins en moins fiable et une Chine de plus en plus puissante. "L'Ukraine peut devenir un exemple positif d'adhésion", souligne Roman Petrov. A condition de ne pas faire attendre les Ukrainiens pendant des dizaines d'années, comme certains pays des Balkans.
"Les gens se sentiraient un peu trahis par une attente trop longue. On constate de la déception et une forte baisse de soutien à l'UE en Serbie et en Macédoine du Nord."
Kira Rudyk, députée ukrainienne du parti Holos
à franceinfo
Les Ukrainiens et leurs soutiens préviennent que Bruxelles pourrait perdre la bataille morale avec Moscou si elle ne respectait pas sa promesse. "L'un des atouts de l'UE est son pouvoir d'attraction. Ne pas répondre aux aspirations du peuple ukrainien – qui se bat pour cela – serait une faute morale et ternirait son image", avance Tinatin Akhvlediani. "Si l'Ukraine tombe sous contrôle russe ou cesse d'être un pays démocratique et pro-européen, elle sera dirigée par des autocrates, des envahisseurs et des agresseurs", poursuit la spécialiste. Une épine de plus dans le pied de l'UE.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Ouverture officielle du premier chapitre de négociations d'adhésion de l'Ukraine à l'UE.
Very likely · Within days
Adhésion de l'Ukraine à l'UE d'ici 2030.
Speculative · Within years
Open Questions
- Quand l'Ukraine sera-t-elle prête à intégrer pleinement l'UE ?
- Comment la guerre affectera-t-elle la mise en œuvre des réformes ?
- Quelles seront les réactions de la Russie à cette avancée ?




