La fin du livre, une menace existentielle amplifiée par l'IA
Quick Look
- La crise du secteur de l'édition s'aggrave, confrontée à la baisse des ventes, la hausse des loyers et la concurrence de l'occasion.
- L'essor des IA génératives menace désormais la production éditoriale vivante en dévalorisant le langage et en instaurant un doute sur l'authenticité des œuvres.
AI-generated summary
Why It Matters
La perspective d'une fin du livre due à Internet est un sujet récurrent depuis les années 2000. La crise actuelle, marquée par la baisse des ventes et la hausse des loyers, semble accélérer cette tendance.
La perspective d’une possible fin du livre, depuis la généralisation d’Internet au tournant des années 2000, s’apparente à un serpent de mer. Or, cette conjecture, que l’on voulait croire infondée, ou vouée à être indéfiniment repoussée, semble désormais prendre corps.
Plusieurs raisons à cela. Depuis quelques mois, la baisse des ventes atteint des niveaux inquiétants. Le continuel recul du temps de lecture est documenté, notamment chez les jeunes, tel qu’en atteste le dernier rapport du Centre national du livre. Dans les grandes villes, les loyers deviennent intenables. Au point d’avoir vu récemment le groupe Gibert et le réseau des librairies Furet du Nord et Decitre placés en redressement judiciaire. Enfin, le marché de l’occasion occupe une part croissante, sans que les chiffres générés n’entrent dans la chaîne de valeur usuelle de la filière.
Alors que les signaux alarmants se multiplient, un autre facteur, plus sournois, est en passe de donner un coup fatal à ce qui s’apparente dorénavant à un gigantesque château de cartes. A savoir, les intelligences artificielles (IA) génératives, qui font planer la menace d’une mort, pure et simple, de la production éditoriale vivante. Et ce, pour trois raisons principales.
Situation déloyale
Premièrement, la libre mise à disposition de technologies de l’énonciation automatisée ne peut que conduire à une dévalorisation du langage. Car dès lors que chacun dispose de systèmes à même de nous dispenser de l’effort, c’est le mérite – jusqu’au prestige, lorsqu’il s’agit d’œuvres de l’esprit –, associés à notre capacité naturelle à produire du discours qui s’estompe.
Deuxièmement, est appelé à se généraliser, consciemment ou non, un rapport de suspicion à l’égard de toute nouvelle parution. Dans la mesure où nous serons toujours plus incapables d’opérer la distinction entre réalisations humaine et machinique. A cette enseigne, imaginons un Arthur Rimbaud publiant de nos jours, à l’âge de 19 ans, Une saison en enfer, recevant alors des commentaires incrédules affirmant impensable qu’un être si juvénile soit l’auteur de telles pages. Le régime du doute formant, à terme, un poison à même de miner l’intérêt porté aux œuvres, pour voir émerger un processus inverse : des foules faisant générer des « fictions » ou des « essais » répondant à leurs moindres souhaits, devenant toujours plus indifférentes aux vues singulières d’autrui.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
La production éditoriale vivante pourrait être significativement réduite.
Likely · Medium term
Un rapport de suspicion généralisé envers les nouvelles parutions pourrait émerger.
Likely · Medium term
Open Questions
- Quel sera l'impact réel des IA sur la création littéraire ?
- Comment le secteur de l'édition peut-il s'adapter à ces nouvelles menaces ?
- Les régulations futures pourront-elles protéger les auteurs et éditeurs ?





