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Marjane Satrapi : l'autrice de Persepolis, une vie entre Révolution et exil
Culture
France Info6/4/2026Culture4 min readFrance

Marjane Satrapi : l'autrice de Persepolis, une vie entre Révolution et exil

Quick Look

  • L'autrice Marjane Satrapi, décédée à 56 ans, a marqué la BD avec "Persepolis", récit autobiographique de son enfance en Iran sous Révolution et dictature, puis son exil en Europe.
  • Son style graphique minimaliste et son approche de "micro-histoire" ont contribué à son succès international.

AI-generated summary

Why It Matters

Persepolis is a graphic novel by Marjane Satrapi recounting her childhood and adolescence in Iran during the Islamic Revolution and subsequent dictatorship, followed by her exile in Europe. The work is noted for its minimalist black and white drawings and its blend of humor, horror, and personal melodrama.

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Un trait noir simple et épais. Des visages ronds, expressifs et minimalistes. Un récit teinté d'humour et d'horreur, de souvenirs d'enfance et de mélodrames adolescents. Le tout sur fond de Révolution puis de dictature iranienne et enfin d'exil en Europe. Voici l'histoire de Marjane Satrapi, comme elle la raconte elle-même dans son œuvre majeure : Persepolis, publiée en quatre tomes chez L'Association, de 2000 à 2003.

Décédée le 4 juin 2026 à l'âge de 56 ans, l'autrice Marjane Satrapi laisse derrière elle un récit qui a marqué à jamais le monde de la bande dessinée, autant par son histoire que par la manière qu'elle a choisie pour la raconter. Elle y raconte sa vie, enfin la vie de "Marji", de ses 10 ans à ses 25 ans en 1994, l'année de son départ définitif d'Iran.

C'est une histoire à la première personne, une autofiction que Marjane Satrapi a voulue au plus proche de son vécu d'enfant puis d'adolescente marquée par la dictature, le régime des mollahs et sa surveillance constante. L'histoire de vies quotidiennes qui continuent malgré tout. Un récit aussi personnel qu'universel.

"Persepolis n'arrive pas tout seul, mais après Maus d'Art Spiegelman [publication de 1986 à 1991], première bande dessinée mémorielle qui consiste à faire mémoire de sa propre histoire ou de celle de ses proches, contextualise l'historienne Isabelle Delorme. Après Maus, il y a eu une sidération dans le monde de la bande dessinée et c'est Marjane Satrapi qui a réussi à s'emparer de ce nouveau mode de narration, où on ne raconte plus une fiction mais son histoire."

Raconter une histoire plus grande que soi

Maus raconte la mémoire de la Shoah, par l'intermédiaire du père d'Art Spiegelman, rescapé des camps. L'auteur alterne entre le temps du présent – où son père est parvenu à construire une vie à New York mais demeure marqué à jamais – et celui du passé, par le récit de ce dernier à son fils, de son enfance à la Seconde Guerre mondiale. Inspiré par cette première pierre du récit à la première personne posée par Art Spiegelman, le "je" s'est imposé à Marjane Satrapi, comme elle le racontait au micro d'"À voix nue" sur France Culture. "Ça n'a jamais été mon truc de raconter ma vie. J'ai utilisé mon histoire personnelle pour raconter quelque chose qui se passait autour de moi. Si je faisais autrement, c'est comme si je prétendais que j'étais sociologue ou historienne, mais je n'ai pas cette science."

Utiliser son subjectif pour raconter une histoire plus grande que soi relève aussi d'une forme d'impératif : raconter pour que les vies de ses proches, leurs luttes, leurs existences ne soient pas effacées de l'histoire avec un "H" majuscule. "Quand elle se représente à 10 ans en train d'écouter le récit de son oncle qui sort de prison, qu'elle n'a jamais vu et qui lui dit 'n'oublie pas ce que je te raconte', Marjane répond : 'Je n'oublierai jamais'. D'une certaine manière son récit est là, elle transmet la mémoire de sa famille", se souvient Isabelle Delorme. Persepolis est avant tout un récit extrêmement précis sur la vie quotidienne, ce qui se rapproche de la "micro-histoire", selon l'historienne : les petites histoires qui racontent la grande.

Un trait simple

La première impression qu'on se fait de Persepolis est celle d'un trait simple, efficace. Marjane Satrapi ne perd pas de temps dans les détails ou les précisions. Ses personnages parviennent à être très expressifs dans une grande économie de traits. Si cela peut paraître plus facile, enfantin ou "naïf" – comme beaucoup d'autrices s'entendent le dire à propos de leur dessin –, il n'en est rien.

"Plus le trait est simple, plus il va impacter. Le lecteur peut s'identifier dans ces visages peu définis dans lesquels il peut placer ceux qu'il connaît", souligne Isabelle Delorme, qui rappelle que cette théorie a été développée dans L'Art invisible de l'Américain Scott McCloud. Le dessin est moins hermétique, plus efficace.

Peut-être que cela explique aussi le succès international de Persepolis. Vendu à plus de quatre millions d'exemplaires dans le monde, l'endroit où il est le plus lu demeure les États-Unis, où le livre est en lecture cursive dans de nombreux cursus de lettres modernes. De son vivant, Marjane Satrapi y multipliait les conférences sur ses ouvrages.

En Iran, sa publication est interdite, mais peu importe, "tout le monde l'a lu", racontait l'autrice. Un des passages les plus marquants de la "vie qui continue", même sous la dictature, est peut-être celui où Marjane Satrapi se raconte, adolescente, allant au marché noir acheter des œuvres bannies par le régime des mollahs. Elle découvre ainsi le rock, la musique occidentale et le cinéma. "Aujourd'hui, c'est moi qu'on lit au marché noir", ironisait l'autrice.

Une postérité internationale

Persepolis a fait la fortune de L'Association, qui l'a publié. Fondée en 1990 par une poignée d'auteurs parmi lesquels Lewis Trondheim ou David B., cette petite maison se distingue avant tout par sa grande liberté de ton, de forme et une grande envie de permettre la publication d'auteurs en dehors des codes des grandes maisons d'édition. "Son succès a permis à L'Association de prendre plus de risques et de publier dans sa foulée toute une flopée d'auteurs et d'autrices innovants", ajoute Isabelle Delorme.

En 2007, Persepolis est porté au grand écran par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. Il donne un second souffle à la postérité de cette bande dessinée. Projeté à Cannes la même année, il remporte le prix du jury – fait très rare pour un film d'animation – ainsi que les César du meilleur premier film et de la meilleure adaptation en 2008.

"Tel Arthur Conan Doyle, qui a voulu tuer Sherlock Holmes tant celui-ci était devenu populaire, Marjane Satrapi a assez rapidement été agacée par l'immense succès de son œuvre. Tout le monde ne lui parlait que de ça", conclut Isabelle Delorme. En 2004, elle publie sa dernière bande dessinée, Le Soupir. Elle se tourne vers le cinéma, la réalisation et la peinture. Elle a d'autres choses à faire et à dire.

Open Questions

  • What were the specific details of Marjane Satrapi's life in exile in Europe?
  • How did the success of Persepolis influence Marjane Satrapi's later artistic choices?
  • What is the current status of Persepolis publication and reception within Iran?
  • What other authors have been influenced by the 'memory comic' genre pioneered by Maus and Persepolis?

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This article was originally published by France Info.

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