Netflix lance "Dans la sauce" avec les champions du monde de foot 1998
Quick Look
- Netflix lance "Dans la sauce", une émission d'humour où les champions du monde de football 1998 se font "roaster" par des humoristes.
- Ce format, populaire aux États-Unis, arrive en France avec des humoristes comme Pablo Mira et Paul de Saint Sernin à l'animation.
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Why It Matters
Netflix lance une nouvelle émission d'humour intitulée "Dans la sauce", mettant en scène les champions du monde de football de 1998. Le concept, appelé "roast", consiste à se moquer gentiment d'une personne avec son consentement, un format populaire aux États-Unis mais qui peine à s'implanter en France.
Les Bleus de 1998 face aux Bleus de 2018. Ce n'est pas un match de football, mais une émission d'humour, diffusée à partir de mercredi 3 juin sur Netflix.
Dans ce nouveau format, intitulé Dans la sauce, les champions du monde vont se "roaster" avec l'aide d'humoristes tels que Pablo Mira, Monsieur Poulpe, Hakim Jemili, Sarah Lélé ou encore Kheiron.
Le "roast", ce mélange de clash et de comédie, très populaire aux États-Unis, émerge très progressivement en France, après plusieurs échecs.
"Roaster", "passer sur le grill" en français, consiste à se moquer d'un autre humoriste ou d'une célébrité, avec son consentement.
"Un 'roast', c'est quand on défonce une personne mais qu'elle est d'accord. Du coup, Patrick Bruel n'est pas venu", ironise Paul de Saint Sernin, l'animateur choisi pour animer cette émission, dans une vidéo de présentation publiée par la plateforme sur ses réseaux sociaux.
"Pour qu'un 'roast' fonctionne, il faut que ce soit méchant et drôle. Si ce n'est que méchant, c'est complètement gratuit. Et si ce n'est que drôle, ce n'est pas du 'roast' !", résume Paul Brunstein-Compard, professeur de stand-up au cours Florent.
De la violence consentie, "comme les pratiques BDSM"
Lui-même comédien sous le nom de "Pauk", il constate une pratique émergente du "roast" depuis deux ans dans les comedy clubs parisiens.
"Je me lance peut-être dans une allégorie un peu bizarre, mais je compare le 'roast' aux pratiques BDSM, poursuit Paul Brunstein-Compard. C'est vraiment violent, mais c'est de la violence consentie, tout le monde est d'accord, et les gens posent leurs limites."
Ainsi, lors d'un "roast", les humoristes se connaissent et "vont même parfois s'échanger des informations, avant, pour faire un bon show. Quand je vais en loge après des 'roasts', on continue à en rigoler, ce n'est pas du tout une ambiance d'affrontement…"
Paul de Saint Sernin est loin d'être le premier à tenter de populariser le "roast" en France.
Dès 2007, en pleine campagne présidentielle, Thomas Ngijol profite d'une chronique pour "roaster" Nicolas Sarkozy.
"Il y a plein de jeunes de banlieue qui veulent voter pour vous parce que, si vous êtes président, vous ne serez plus ministre de l'Intérieur", lance l'humoriste au ministre-candidat, sur le plateau du Grand Journal sur Canal +.
Seize ans plus tard, le duo de youtubeurs McFly et Carlito a tenté un "auto-roast", en se vannant eux-mêmes.
Le "roast" a tout de même eu un petit succès dans le rap, lors des "Rap contenders", sur YouTube, au début des années 2010.
La pratique a donc été utilisée avec parcimonie sur la scène française de l'humour, jusqu'à être intégrée dans Drag Race France, diffusée sur France TV, en adaptant un rendez-vous devenu incontournable de l'émission originale américaine.
"En France, les challenges de 'roast' ne sont pas les plus réussis, ni les plus appréciés, parce que le public de Drag Race France prend ça très vite pour de la méchanceté gratuite et pas pour de l'humour", regrette La Cagagne, une drag queen du collectif parisien La Gomorrhée, à l'origine d'une première soirée consacrée au "roast", en avril dernier.
Et de citer l'exemple de Cookie Kunty, critiquée après son passage dans l'émission, "parce qu'elle était très piquante et méchante, alors que c'est comme ça que les drag queens parlent entre elles !"
Un "bad buzz" tourné en "good buzz"
Aux États-Unis, le "roast" plaît davantage, au point d'être au cœur de plusieurs émissions populaires depuis les années 1970.
Donald Trump s'est même prêté au jeu, en 2011, cinq ans avant d'être élu président.
Lors de cette émission sur la chaîne américaine Comedy Central, Snoop Dogg a "roasté" le milliardaire, avec d'autres humoristes.
Moqué notamment pour sa coiffure, Donald Trump avait tout de même fixé une règle : les blagues sur le fait qu'il n'était pas aussi riche qu'il le prétendait étaient interdites, selon le journaliste Alex Jung, en 2016 dans un article publié sur le site américain Vulture.
"On manque encore un peu d'autodérision en France et je pense que les Américains arrivent mieux à rire d'eux-mêmes"
Paul Brunstein-Compard, professeur de stand-up au cours Florent
à franceinfo
"Le 'roast', c'est un 'bad buzz' qui est, en réalité, un 'good buzz', explique Paul Brunstein-Compard, professeur de stand-up au cours Florent, également membre du Poulet Comedy Club, à Paris.
C'est un énorme coup de publicité que de se faire 'roaster' à la télévision."
Ce spécialiste du "roast" trouve "plus sain" cette pratique plutôt que celle, plus répandue dans le stand-up français, qui consiste à se moquer du public, et notamment des premiers rangs.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
L'émission "Dans la sauce" pourrait contribuer à populariser le format "roast" en France.
Possible · Medium term
Le public français pourrait percevoir le "roast" comme de la méchanceté gratuite, comme cela a été le cas pour Drag Race France.
Possible · Short term
Open Questions
- Quel sera le niveau de succès de cette émission en France ?
- Les humoristes parviendront-ils à trouver le juste équilibre entre méchanceté et humour ?
- Le public français sera-t-il réceptif à ce format de "roast" ?
- Quels autres humoristes seront présents dans l'émission ?



