Procès du naufrage de migrants dans la Manche : deux premiers prévenus entendus
Quick Look
- Le tribunal correctionnel de Paris a entendu deux premiers prévenus dans le procès du naufrage meurtrier de migrants dans la Manche en 2021.
- Un Pakistanais et un Kurde irakien, tous deux trentenaires, sont poursuivis pour homicides involontaires et aide au séjour irrégulier en bande organisée, encourant jusqu'à 10 ans d'emprisonnement.
- Au total, 14 hommes sont jugés pour cette tragédie qui a causé la mort ou la disparition d'au moins 31 personnes, dont une fillette de 7 ans, la nuit du 23 au 24 novembre 2021.
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Why It Matters
Le naufrage de migrants dans la Manche en novembre 2021 a entraîné la mort ou la disparition d'au moins 31 personnes, dont une fillette de 7 ans. Ce drame s'inscrit dans un contexte de traversées périlleuses vers le Royaume-Uni, souvent organisées par des réseaux de passeurs. Le procès en cours à Paris vise à établir les responsabilités dans cette tragédie.
L'un concède «de mauvaises fréquentations», l'autre dit avoir voulu «tenter sa chance» vers l'Angleterre, mais en aucun cas ils ne sont des «passeurs». Le tribunal correctionnel de Paris a entendu deux premiers prévenus dans le procès du naufrage meurtrier de migrants dans la Manche en 2021.
Les deux hommes, un Pakistanais et un Kurde irakien trentenaires, soumis au feu roulant des questions de la présidente du tribunal mercredi et jeudi, sont poursuivis pour homicides involontaires et aide au séjour irrégulier en bande organisée. Ils encourent jusqu'à 10 ans d'emprisonnement. Au total, 14 hommes - dont deux sont en fuite - sont jugés pour leur responsabilité pour cette tragédie dans laquelle au moins 31 personnes, dont une fillette de 7 ans, se sont noyées ou ont disparu la nuit du 23 au 24 novembre 2021.
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Premier entendu mercredi, Farman A., léger embonpoint et calvitie précoce - il expliquera avoir perdu ses cheveux pendant son année de détention avant d'être placé sous contrôle judiciaire - tient à faire une déclaration liminaire. «Je suis pas un passeur. Je suis un chauffeur de VTC», lance ce Pakistanais, arrivé en 2017 en France où il a désormais le statut de réfugié.
Il est le seul des prévenus à parler français, les autres, en majorité des Afghans, sont assistés d'un interprète. Il lui est reproché de faire partie de la «filière afghane» qui, avec un autre réseau irako-kurde, est impliquée dans ce dossier.
«Mauvaises fréquentations»
S'il reconnaît avoir connu «Obaïd», le principal prévenu aujourd'hui en fuite, Farman A. affirme s'en être éloigné après le naufrage et avoir «compris avec le temps» que celui-ci était un passeur.
Sans convaincre la présidente. Elle énumère: les nombreux allers-retours, y compris nocturnes, effectués de la région parisienne à «la jungle» de Grande-Synthe (Nord), le nom donné aux campements de migrants attendant de passer en Angleterre. Le bornage de son téléphone à proximité des plages d'embarcation. Les centaines de communications passées avec Obaïd, y compris plusieurs semaines après le naufrage.
«Ce qu'Obaïd a fait, c'est son problème. Moi, je suis un chauffeur et je l'amène d'un point A à un point B, c'est tout», répète Farman A.
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«Ce qui m'est arrivé, c'est d'avoir fréquenté les mauvaises personnes pendant quelque temps», lâche finalement le prévenu, qui a eu lui aussi un lourd parcours d'émigration en 2016 depuis le Pakistan : Turquie, Bulgarie - où il est resté deux mois en rétention -, Serbie, Autriche, Italie et France. Un voyage payé 8.000 euros par son père à un passeur pakistanais. Il est aujourd'hui gérant d'une société de bâtiment, gagne 4 à 5.000 euros par mois, et «habite avec Madame», son épouse, à Sarcelles (Val-d'Oise).
«Un simple migrant»
«Je suis un simple migrant qui voulait passer en Angleterre», répète pour sa part Hossein F., un Kurde irakien de 29 ans ayant grandi en Iran. L'enquête a fait apparaître ses liens avec les deux filières d'immigration du dossier, et notamment avec un passeur kurde iranien, un certain Mariwan, à qui il «rendait des services» de traduction, de courses, de commandes de taxi...
Tout de noir vêtu, barbe et cheveux impeccablement taillés, Hossein F. est arrivé en France en 2017, sa demande d'asile rejetée en 2021. Il dit s'être fait promettre un «passage» vers l'Angleterre en échange de ses «petits services» à Mariwan. Le prévenu affirme avoir tenté à trois ou quatre reprises de rallier l'Angleterre, en 2021 et 2022, sans succès.
Ses nombreux séjours dans «la jungle»? «J'étais là-bas pour tenter ma chance.» Le fait que son téléphone borne à proximité du lieu d'embarcation la nuit du naufrage? «J'étais là-bas pour tenter de passer. Et parfois c'est Mariwan qui utilisait mon téléphone.»
Les explications des deux premiers prévenus n'ont pas été entendues par les familles des victimes. Neuf personnes étaient venues spécialement du Kurdistan irakien, dont étaient originaires la grande majorité des victimes. Deux pères et deux frères ont témoigné de leur souffrance à l'ouverture du procès, donnant un visage aux victimes de la catastrophe. Puis, ils sont repartis jeudi matin pour Erbil, avec les autres proches de victimes.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Le tribunal rendra son verdict dans les semaines à venir, avec des peines pouvant aller jusqu'à 10 ans d'emprisonnement pour les prévenus reconnus coupables.
Very likely · Within weeks
Les autorités françaises et britanniques annonceront de nouvelles mesures de coopération pour surveiller et prévenir les traversées irrégulières de la Manche.
Likely · Within months
Open Questions
- Quel sera le verdict final pour les 14 prévenus, dont deux sont en fuite ?
- Comment les autorités françaises et britanniques vont-elles renforcer la coopération pour prévenir de nouveaux naufrages ?
- Quelles mesures de soutien seront mises en place pour les familles des victimes ?
- Le démantèlement des filières de passeurs afghans et irako-kurdes sera-t-il efficace à long terme ?







