Newsgather
Back|TotalEnergies : 5,8 milliards de profits au T1 2026, la France veut taxer les « superprofits »
TotalEnergies : 5,8 milliards de profits au T1 2026, la France veut taxer les « superprofits »
NEWSAI
Politico EU·4/29/2026·Business

TotalEnergies : 5,8 milliards de profits au T1 2026, la France veut taxer les « superprofits »

La guerre au Moyen-Orient fait flamber les cours du pétrole et les bénéfices des pétroliers, provoquant un débat politique sur la redistribution

4 min read·%70 importance·892 words
#totalenergies#profits#carburants#guerremoyenorient#superprofits#taxation#sébastienlecornu#énergie
P
Politico EU
Publisher
Font size

PARIS — La guerre au Moyen-Orient fait flamber les prix des carburants, mais aussi les profits des entreprises pétrolières, comme TotalEnergies. Le Premier ministre a invité l'énergéticien à « redistribuer » d'une manière ou d'une autre ces profits. La gauche et le Rassemblement national appellent à taxer ces gains qualifiés de « superprofits » pour les redistribuer aux ménages affectés par la crise.

Portée par l'envolée des cours du pétrole brut et des produits raffinés, TotalEnergies vient en effet d'annoncer d'excellents résultats pour le premier trimestre 2026. Durant ces trois premiers mois, la major française a engrangé un résultat net de 5,8 milliards de dollars, en hausse de 51% par rapport à la même période l'an passé. Bien qu'une partie de ses sites soit à l'arrêt dans le golfe Persique, la multinationale a réussi à maintenir sa production pétrogazière qu'elle peut ainsi vendre au prix fort tandis que ses raffineries tournent à plein, « capturant pleinement » la volatilité des prix.

Les actionnaires vont en profiter (dont de nombreux Français, puisque 6% du capital est détenu par des actionnaires individuels dans le pays) : TotalEnergies vante la « plus forte croissance de dividende parmi les majors pétrolières ». La classe politique espère que ça ne sera pas les seuls à bénéficier de ces bons résultats.

« Ce sont des profiteurs de guerre », anticipait mardi la députée Insoumise Aurélie Trouvé, dont le parti a déposé une proposition de loi pour nationaliser une partie de TotalEnergies. Chaque groupe de gauche à l'Assemblée a dégainé son texte, les socialistes étant les derniers ce mercredi — qui pour bloquer les prix, qui pour encadrer les marges, qui pour taxer les profits.

« Il faut bien que TotalEnergies se positionne d'une manière ou d'une autre sur une manière de redistribuer et potentiellement de la manière la plus efficace qui soit et de la manière la plus rapide », a indiqué aussi le Premier ministre, Sébastien Lecornu, mercredi dans l'hémicycle du Sénat. « Nous ne fermons aucune porte », a poursuivi le Premier ministre, même si la fiscalité, « réflexe français un peu pavlovien », n'est à ses yeux pas la seule approche possible.

« Personne ne doit profiter de cette crise », avait également commenté Maud Bregeon à la sortie du conseil des ministre. Une partie de ces profits a particulièrement fait polémique. Fin mars, le Financial Times affirmait que la filiale trading de TotalEnergies, établie en Suisse, avait empoché un milliard de dollars en achetant de nombreuses cargaisons au tout début de la guerre.

« Nous ne savons pas du tout comment [ce chiffre] a été calculé », a commenté mardi la directrice France du groupe, Isabelle Patrier, auditionnée par l'Assemblée nationale. « TotalEnergies se doit se sécuriser des approvisionnements », répond également l'entreprise, qui reconnaît néanmoins dans ses résultats trimestriels, une « très forte performance » de ses activités de négoce.

L'entreprise estime par ailleurs avoir fait sa part. « Nous avons mis sans attente qu'on nous le demande une politique de plafonnement des carburants dont les Français bénéficient et nous comptons poursuivre ce plafonnement. C'est comme cela que nous redistribuons nos profits », a-t-elle fait savoir dans une communication transmise mercredi après-midi à POLITICO.

Un choix que Maud Bregeon a salué. « Il faut arriver à avoir un discours平衡né », a développé la ministre le matin même, estimant d'un côté que « le fait d'avoir un grand énergéticien français a été un atout pendant cette crise » et de l'autre qu'« aucun superprofit n'est acceptable ». En bref, être « extrêmement exigeant » mais « sans tomber dans le Total-bashing ».

**Superprofits... à l'étranger**

Taxer des plus-values exceptionnelles enregistrées pendant une crise énergétique, ça a déjà été tenté. Avec un faible succès. A l'automne 2022, dans les premiers mois de l'invasion russe en Ukraine, le gouvernement avait décidé de ponctionner des rentes « de situation », grâce notamment à une « contribution exceptionnelle de solidarité » sur les bénéfices des entreprises pétrolières. D'après une analyse de l'Institut des politiques publiques (IPP), celle-ci avait permis de récolter 69 millions d'euros contre 200 millions d'euros attendus.

Pourquoi un tel écart ? TotalEnergies rappelle souvent qu'elle paie ses impôts là où elle réalise ses bénéfices, c'est-à-dire dans les pays où sont extraits les hydrocarbures, ou bien là où sont implantées ses filiales de négoce. « TotalEnergies est l'entreprise la plus taxée au monde », avec un taux d'imposition de 40% l'an passé, s'est défendue Isabelle Patrier devant les député. Sous-entendu : avec un tel taux d'imposition, on ne pourrait accuser TotalEnergies de pratiquer l'évitement fiscal.

En France, à l'inverse, l'entreprise n'était pas redevable de l'impôt sur les sociétés ces dernières années. Et pour cause, les raffineries européennes sont « structurellement déficitaires », affirmait encore Isabelle Patrier devant les député, car plus chères que leurs homologues du reste du monde. TotalEnergies s'est acquittée de deux milliards d'euros au fisc français l'an passé au titre des autres impôts, aime-t-elle rappeler.

« La France ne peut taxer que des résultats en France et les résultats des entreprises pétrolières y sont assez médiocres », estime Olivier Gantois, président de l'Ufip-EM, qui représente la chaîne pétrolière en France. Quatre raffineries ont fermé leurs portes depuis 2010 et trois ont changé de mains. Pour Olivier Gantois, une telle taxe « ne va pas renflouer les caisses ni avoir d'impact sur la transition » mais pourrait fragiliser le secteur du raffinage en France. Il suspecte d'ailleurs la contribution exceptionnelle de 2022 d'avoir été un des éléments « déclencheurs » de la vente par ExxonMobil de ses deux raffineries françaises à North Atlantic.

Ceux qui profitent vraiment de la guerre, insistent les sceptiques, ce sont les pays producteurs d'hydrocarbures, comme les Etats-Unis.

**Pour une autre méthode de taxation**

Cette réponse ne convainc pas ceux qui militent pour une taxation des entreprises pétrolières. Dans son analyse, l'IPP explique la pauvre récolte de la taxe sur les profits pétroliers de 2022 par un périmètre plus restreint que prévu d'entreprises concernées, mais aussi le fait que les compagnies pouvaient imputer leurs pertes des années passées. L'IPP estime « quelques dizaines d'entreprises représentant 72% des superprofits » ont été épargnées.

C'est pourquoi, dans la proposition de loi qu'elle a récemment déposée, la députée Ecologiste Eva Sas propose d'élargir le périmètre, de modifier la base d'imposition et d'augmenter le taux de taxation. « On peut apprendre des leçons de 2022 pour éviter un coup d'épée dans l'eau », pense Bastien Gebel de Transport & Environment.

Des ONG défendent une autre approche, dite « taxe unitaire », en s'appuyant sur les travaux de la base de l'Observatoire international de la fiscalité, dirigé par l'économiste Gabriel Zucman — qui a récemment publié une étude affirmant que la part de profits déclarés par les géants pétroliers dans les paradis fiscaux augmentait en temps de crise.

« L'idée est de taxer en fonction de l'activité réelle que les entreprises pétrogazières réalisent en France », poursuit Bastien Gebel, sans pour autant pratiquer l'extraterritorialité fiscale. Oxfam France estime ainsi que les impôts payés par TotalEnergies en France ne reflètent pas son activité réelle dans le pays, 22,8% de son chiffre d'affaires mondial étant généré en France (ce à quoi les entreprises rappellent de distinguer chiffre d'affaires et bénéfices). L'ONG évalue à 2 milliards d'euros la somme qui pourrait être récupérée par l'Etat rien qu'en taxant TotalEnergies.

Dans sa note, l'IPP souligne que la France est « un grand pays de consommation, d'emploi et d'actifs tangibles dans la chaîne de valeur de TotalEnergies mais un nain en termes de profitabilité relative et donc en termes d'impôt », ce qui s'expliquerait par le fait que « les groupes pétroliers [font] de la France, et non de ses voisins, un centre de coûts plutôt que de profits ».

This article was originally published by Politico EU.

Related Stories

UK visitor economy needs government support, not more barriers
NEWSAI
business

UK visitor economy needs government support, not more barriers

The UK's visitor economy, vital for regional growth and local businesses, faces challenges from rising costs and increasing regulation. While demand for domestic travel is strong, hospitality businesses are struggling, leading to higher prices and reduced affordability for families. The article argues for government support, lighter regulation, and a cohesive strategy to treat travel as a key economic engine.

Negative
2h ago