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Choose France : des annonces record, mais quel impact réel sur l'économie française ?
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Choose France : des annonces record, mais quel impact réel sur l'économie française ?

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Effets d'annonce ou véritable effet sur l'économie française ? Créé par Emmanuel Macron en 2018, le sommet Choose France, grand-messe des investissements étrangers en France, a affiché des chiffres records lors de sa neuvième édition, lundi 1er juin. Quelque 93 milliards d'euros d'investissements étrangers et la création de plus de 15 600 emplois ont été promis. L'édition 2026 a ainsi dépassé les 87 milliards cumulés d'investissements lors des huit précédents événements.

"Durant ces sept dernières années, la France est le pays en Europe qui a attiré le plus d'investissements étrangers", a clamé lundi le président à l'Elysée, à l'occasion de sa rencontre avec le directeur général de SoftBank. Ce géant japonais représente, à lui seul, près de la moitié des investissements annoncés lors de Choose France 2026.

Le groupe prévoit, en partenariat avec l'entreprise française Schneider Electric, d'implanter des centres de données (data centers) dans les Hauts-de-France. Cet investissement devrait représenter 45 milliards d'euros d'ici à 2031, et 75 milliards d'euros à terme. Mais derrière ces montants vertigineux, quel impact sur l'économie ont eu les projets officialisés lors de Choose France depuis 2018 ?

Douze projets abandonnés

Entre 2018 et 2025, 231 annonces d'investissements étrangers ont été faites lors des sommets Choose France, selon Business France, l'entreprise publique qui pilote le sommet. L'Usine nouvelle a enquêté sur leur devenir. Selon le décompte du magazine, 49 de ces projets concernent l'implantation de nouveaux sites de production, de centres de données ou de centres de recherche. A ce stade, 18 d'entre eux ont été concrétisés avec l'ouverture de nouvelles usines, ajoute L'Usine nouvelle. Le reste des annonces concerne des réinvestissements sur des sites existants ou des projets dans d'autres secteurs d'activité.

Interrogée par franceinfo, Business France ne confirme pas ces chiffres. En revanche, l'entreprise affirme que "120 projets sont déjà opérationnels", sans détailler précisément ce que cela recouvre, "12 sont abandonnés et le reste en cours de réalisation". L'agence publique a expliqué ne pas pouvoir entrer davantage dans le détail "par respect de la confidentialité due à chaque entreprise".

Parmi la dizaine de projets abandonnés se trouve notamment celui de l'entreprise britannique Fluidstack. La firme s'était engagée lors de Choose France 2025 à investir 10 milliards d'euros dans un supercalculateur IA. Ce montant représentait près d'un quart des annonces de cette huitième édition. Moins d'un an plus tard, l'entreprise s'est retirée et a déplacé son projet aux Etats-Unis, a rapporté en mars le média américain Bloomberg.

Un autre projet emblématique est quant à lui au point mort. Lors de Choose France 2022, les groupes franco-italien STMicroelectronics et américain GlobalFoundries avaient annoncé la sortie de terre d'un nouveau site de production de semi-conducteurs d'ici 2027, en Isère. Les entreprises avaient promis de créer 1 000 emplois et d'investir 5,7 milliards d'euros. Un montant qui correspondait à 85% des promesses faites lors de cette édition. Ce projet "contribuera très significativement à renforcer la résilience industrielle française et européenne en matière d'approvisionnement en composants", s'était félicité le gouvernement dans un communiqué de presse. En 2023, l'Etat français a même accordé 2,9 milliards d'euros d'aides pour la nouvelle usine.

Le projet a cependant été épinglé en avril par un rapport de la Cour des comptes. Fin juin 2025, STMicroelectronics avait reçu 574 millions d'euros, tandis qu'"aucun paiement n'a été réalisé pour GlobalFoundries, qui n'a pas commencé sa part du projet, contrairement au schéma initialement envisagé", alerte la Cour des comptes, qui met en avant "un schéma juridique encadrant insuffisamment l'ensemble du projet".

Des projets peu générateurs d'emplois

"Il faut s'interroger sur ce qu'apportent à l'économie française ces investissements étrangers. Profitent-ils d'une subvention ? Y a-t-il un retour sur investissement en termes d'emplois et de recettes fiscales, en échange de cette aide du contribuable ?", questionne Bruno Coquet, expert du marché du travail et chercheur associé au département Analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Interrogé au sujet des subventions publiques accordées, Business France affirme ne pas pouvoir "communiquer de chiffres sur cette question", mais assure que "les entreprises concernées [par les aides publiques] sont très minoritaires".

Ces projets génèrent par ailleurs peu d'emplois en France en comparaison d'autres pays européens. En effet, chaque projet industriel étranger crée 34 emplois en moyenne en France, selon les chiffres du baromètre du cabinet d'audit américain EY, sur lequel le gouvernement s'appuie pour ces sommets. Chez ses principaux concurrents, l'Allemagne et le Royaume-Uni, un projet génère respectivement 63 et 49 emplois. En Hongrie, ce sont 406 emplois qui sont créés en moyenne par projet.

Cette différence s'explique notamment par le fait que ces projets sont davantage "des extensions de sites existants, moins générateurs d'emploi que des créations nettes de nouveaux sites industriels", analyse l'économiste Thomas Grjebine, responsable du programme scientifique "Macroéconomie et finance internationales" au Centre d'études prospectives et d'informations internationales. En effet, en 2025, seuls 13% de l'ensemble des projets industriels étrangers réalisés dans l'Hexagone, annoncés ou non dans le cadre de Choose France, portent sur de nouvelles implantations, note EY. Contre 29% au Royaume-Uni et 32% en Allemagne.

Les milliards d'investissement dans des centres de données, annoncés lors de l'édition 2026, ne devraient pas inverser la tendance car "une fois que les travaux de construction de ces centres de données sont achevés, ils nécessitent assez peu d'effectifs", estime Bruno Coquet.

Au-delà des "15 000 emplois nouveaux" annoncés lundi, "on a aussi des emplois qui ne sont pas détruits" grâce aux investissements dans la modernisation des infrastructures industrielles, défend pour sa part le directeur général de Business France sur franceinfo. Interrogé par franceinfo sur le nombre total d'emplois créés grâce à Choose France depuis 2018, Business France affirme que "ces données ne sont actuellement pas disponibles".

La création d'usines à son plus bas

Pour vanter le bilan de la politique de réindustrialisation menée par Emmanuel Macron, l'exécutif s'appuie sur les "baromètres de l'attractivité de la France" d'EY et des "bilans des investissements internationaux" de Business France. Ces rapports, qui font effectivement état d'une hausse du nombre de projets d'investissements étrangers en France, sont cependant incomplets. Ils ne prennent en effet pas en compte les sorties de capitaux de la France vers l'étranger.

En réalité, les chiffres de l'Insee relativisent "ce discours très positif selon lequel il y a une vague d'investissements très forte en France", souligne l'économiste Xavier Timbeau, directeur de l'OFCE. Les investissements directs étrangers (IDE) en France s'élevaient à 29,5 milliards d'euros en 2018, année du premier sommet Choose France. En 2024, ils atteignaient 25,2 milliards d'euros. Malgré une forte augmentation des IDE après le Covid en 2022 (78,1 milliards d'euros), Choose France n'a pas fait exploser les investissements étrangers en France.

Par ailleurs, les 87 milliards d'euros de promesses d'investissements étrangers cumulées des huit précédentes éditions de Choose France correspondent à environ 10,7 milliards d'euros par an. "Cela représente près de 3% de l'investissement annuel total des entreprises en France. Même si ce montant est significatif, il reste relativement faible en part des investissements des entreprises françaises, relativise Thomas Grjebine. Ce n'est pas ça qui fait une dynamique industrielle d'un point de vue macroéconomique."

En effet, avec la disparition de 57 usines en France en 2025, la création nette d'usines a été à son plus bas depuis 2022, selon le baromètre industriel de l'Etat du ministère de l'Economie. Les observations du cabinet spécialisé dans l'investissement et l'emploi Trendeo, publiées début février, sont encore plus pessimistes. En 2025, le cabinet a recensé un solde négatif de -63 entre les créations et les ouvertures de sites industriels, "qui n'avait plus été atteint" depuis 2013. En témoigne la production industrielle, qui a baissé en volume de 0,3% entre le premier trimestre de 2018, moment du premier sommet Choose France, et le premier trimestre de 2026, selon l'Insee. La production manufacturière a, elle, baissé de 0,6% sur la même période.

"Choose France, c'est une vitrine de la politique de l'offre, ce n'est pas le cœur d'une stratégie de réindustrialisation. Ce n'est pas uniquement en attirant des annonces d'investissements étrangers que l'on reconstruit une base industrielle."

Thomas Grjebine, économiste

à franceinfo

Thomas Grjebine rappelle au passage que l'industrie européenne connaît aujourd'hui "des difficultés très importantes". Selon lui, "si cette industrie ne se dote pas d'une véritable stratégie de défense et de puissance industrielle, faire beaucoup de Choose France ne suffira pas".

This article was originally published by France Info.

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