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Professionals in French Cinema Denounce Vincent Bolloré's Growing Influence
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France Info·17.05.2026·🇫🇷France·Politik

Professionals in French Cinema Denounce Vincent Bolloré's Growing Influence

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Construisons ensemble un mouvement capable de défendre notre indépendance et la possibilité de créer, de diffuser et de programmer librement." En plein Festival de Cannes, quelque 600 professionnels du cinéma ont signé, lundi 11 mai, une tribune publiée dans Libération, pour dénoncer "l'emprise grandissante" de Vincent Bolloré sur le cinéma.

A travers ce texte, des acteurs comme Swann Arlaud ou Juliette Binoche, s'alarment de l'intention du groupe Canal+, dont le milliardaire ultraconservateur est l'actionnaire de référence, de mettre la main sur UGC, le troisième plus grand réseau de salles de cinéma françaises. Ce projet inquiète le monde du 7e art, depuis qu'à l'automne Canal+ a officialisé le rachat d'une partie du capital d'UGC, à hauteur de 34%, avec l'ambition d'acquérir 100% des parts d'ici à 2028.

Le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a réagi à cette tribune, dimanche 17 mai, lors d'une prise de parole en marge du Festival de Cannes. "J'ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s'attachent à défendre l'indépendance de Canal+, et dans toute la diversité de ses choix. Et en conséquence, je ne travaillerai plus, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition", a-t-il lancé, cité par l'AFP et Le Film français. Dans une réaction transmise à l'AFP, le collectif Zapper Bolloré, associé à la tribune, affirme que la "menace" brandie par Maxime Saada confirme leurs "craintes".

Deux mastodontes du cinéma français

Le groupe UGC, dans lequel Canal+ investit, est un géant de l'audiovisuel français. Il représente 48 cinémas et plus de 500 salles en France, selon le groupe, dont le plus fréquenté du monde, l'UGC Ciné Cité Les Halles, à Paris, qui enregistre plus de 3 millions d'entrées par an. Cette prise de contrôle par Canal+ vise aussi la société de production et de distribution d'UGC. De son côté, le groupe Canal+ est le premier financeur privé du cinéma français, avec quelque 220 millions d'euros investis par an.

Si l'opération aboutit, Canal+ et sa société StudioCanal seraient présents en force à toutes les étapes de la vie d'un film, de son préfinancement à sa diffusion télé, en passant par son exploitation en salles. Et c'est justement ce qui alerte les signataires de la tribune. "Tout phénomène de concentration du marché ne peut se faire qu'au détriment des œuvres de la diversité et d'une offre riche, menaçant in fine la capacité même des publics à les découvrir", s'inquiétait dès septembre l'association de cinéastes indépendants Acid, qui organise chaque année une section parallèle au Festival à Cannes.

"[Vincent] Bolloré sera en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran."

Plus de 600 professionnels du cinéma

dans une tribune publiée dans "Libération"

Rosalie Brun, déléguée générale de la Société des réalisateurs de films, qui regroupe 500 cinéastes, redoute elle aussi un rétrécissement d'une filière par ailleurs fragilisée par la baisse de la fréquentation des salles. "Plus on a de concentration, moins bien on se porte", explique-t-elle à l'AFP.

Au début de sa vie, un film doit trouver un distributeur qui lui accordera un préfinancement et, en bout de chaîne, assurera notamment sa promotion et sa sortie en France, voire à l'étranger. Le choix d'un distributeur influence souvent le niveau de financement que les chaînes de télévision accepteront de débloquer pour soutenir un film. Or, en rachetant entièrement UGC, Canal+ engloberait la société de distribution d'UGC, au risque de faire disparaître un acteur vers lequel des productions peuvent actuellement se tourner pour se financer. "On perdrait un énorme guichet", déplorait en septembre une productrice indépendante auprès de l'AFP.

La crainte d'une "offensive idéologique"

Les signataires de la tribune, parmi lesquels figurent également les acteurs Jean-Pascal Zadi, Adèle Haenel, et Vimala Pons, le producteur Rémi Bonhomme, ou les réalisateurs Raymond Depardon et Arthur Harari, estiment aussi qu'"en laissant le cinéma français aux mains d'un patron d'extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l'imaginaire collectif".

"Si l'influence de cette offensive idéologique sur le contenu des films a été pour le moment discrète, nous ne nous faisons pas d'illusion : ça ne durera pas", écrivent ces producteurs, exploitants de cinéma, cinéastes, techniciens et comédiens. Les signataires affirment que "le milliardaire ne cache pas qu'il mène un 'projet civilisationnel', réactionnaire d'extrême droite, à travers ses chaînes de télé comme CNews et ses maisons d'édition".

Interrogé mardi sur cette tribune, le réalisateur Pierre Salvadori, qui présentait La Vénus électrique en ouverture à Cannes, a dit comprendre "cette émotion et cette inquiétude", tout en les nuançant. "Canal+ a une obligation d'investir dans le cinéma. Cette obligation est encadrée : il y a des clauses de diversité, il y a des clauses de volume et une garantie d'indépendance", a déclaré le cinéaste en conférence de presse. "Tant qu'ils respectent ça, je suis à l'aise. (...) Je ne ferai plus de films si on ne me laisse pas faire avec liberté", a-t-il prévenu.

L'inquiétude sur la place grandissante de Vincent Bolloré dépasse le monde du cinéma. De nombreux syndicats, associations et personnalités dénoncent depuis plusieurs années la mainmise croissante de l'homme d'affaires sur l'industrie et les médias et "l'idéologie réactionnaire" qui y est défendue. En avril, des centaines de professionnels de l'édition ont protesté contre le limogeage d'Olivier Nora, le PDG de Grasset, une maison d'édition du groupe Hachette, dans l'orbite du milliardaire ultraconservateur.

"Les signataires crient avant d'avoir mal"

La contestation s'est étendue jusqu'au milieu de la musique. Fin avril, Dominique A a décidé de ne plus jouer dans les salles de concert belonging à Vincent Bolloré, comme l'Olympia ou le Casino de Paris. Le chanteur affirme que le puissant patron "met tout en œuvre pour que le Rassemblement national accède au pouvoir, de manière de plus en plus volontariste".

Dans une rare prise de parole, à travers une tribune parue le 19 avril dans le Journal du dimanche, titre de presse également dans son escarcelle, Vincent Bolloré a réagi aux "attaques concernant (s)on 'idéologie'". "Je suis chrétien démocrate et les dirigeants de Hachette continueront à publier tous les auteurs qui le souhaitent", a-t-il assuré. Contacté par franceinfo, le groupe Canal+ n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet. Le réseau de salles UGC n'a, de son côté, pas répondu à nos sollicitations.

Les représentants d'organisations professionnelles du monde du cinéma, interrogés par Le Monde avant la réponse de Maxime Saada, s'étaient montré réservés. "Les signataires crient avant d'avoir mal", estime Marie Masmonteil, présidente du bureau des longs-métrages au Syndicat des producteurs indépendants (SPI). "Le parallèle avec Grasset ne tient pas", assure Zoë Wittock, coprésidente de la Société des réalisatrices et réalisateurs de films (SRF).

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"Chez Grasset, les auteurs n'ont qu'un interlocuteur. Dans le cinéma, Canal+ est un financier parmi d'autres, et cette diversité de guichets préserve la liberté de création", avance-t-elle. "Nous resterons très attentifs", prévient toutefois le président de l'Union des producteurs de cinéma, Marc Missonnier.

"Le législateur aura peut-être à s'interroger"

"Le législateur aura peut-être à s'interroger sur ces questions-là", a pour sa part réagi mercredi sur France Inter le directeur général du Festival de Cannes. Thierry Frémaux estime notamment que la loi française est en retard par rapport aux règles américaines. "Aux Etats-Unis, (...) ça fait longtemps que ce n'est plus possible : les studios ne peuvent pas posséder des salles de cinéma", rappelle-t-il, en référence à une décision de la Cour suprême de 1948 visant à garantir la concurrence.

This article was originally published by France Info.

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