France's child poverty rate is the fifth highest in the EU, according to the European Commission
Le chiffre a de quoi surprendre, mais aussi de quoi faire frémir. Le déclassement de la France serait-il plus avancé qu’on ne le pensait jusqu’alors ? Tel est le questionnement qui survient lorsque la Commission européenne met en avant que le taux de pauvreté des enfants en France est le cinquième plus élevé de l’Union européenne. Dans son « paquet de printemps du semestre européen 2026 », ensemble de documents donnant des orientations économiques et budgétaires à chaque État membre, Bruxelles souligne que 27,5 % des enfants en France sont « à risque de pauvreté et d’exclusion sociale, bien au-dessus du reste de la population (20,8 %)». Le seuil de risque de pauvreté est fixé à 60% du revenu médian disponible après transferts sociaux dans chaque pays.
La situation se détériore depuis dix ans - ce taux était de 22,4 % en 2015 - tandis que dans le reste de l’Union européenne la situation s’améliore : de 27,4 % en 2015, le taux est passé à 24,3 % en 2025. « Les indicateurs vont dans le sens opposé de la tendance européenne, le chômage a pourtant baissé en France » sur cette période, s’alarme-t-on au sein de la Commission européenne. Mais le taux de pauvreté des personnes occupant un emploi suit la même trajectoire, les courbes de la France et de la moyenne européenne se croisent. En dix ans, il est passé de 7,5 % à 8,7 % dans notre pays, alors que dans l’UE il a baissé de 9,8 % à 8,2 %.
Précarisation du travail
Plusieurs raisons sont avancées pour tenter de comprendre cet appauvrissement des travailleurs et, par conséquent, des enfants. « Le travail à temps partiel involontaire et le travail précaire réduisent le nombre total d’heures travaillées, tandis que le nombre de travailleurs indépendants (micro-entrepreneurs et travailleurs de plateformes numériques) aux revenus très faibles et à l’autonomie limitée a augmenté. Par ailleurs, les bas salaires et l’accès insuffisant à la formation freinent l’évolution de carrière, et les préoccupations relatives aux conditions de travail persistent, notamment les longues heures de travail et la forte proportion d’accidents mortels du travail », analyse Bruxelles.
En découlent des conditions de vie détériorées pour les enfants. « La pauvreté des travailleurs a fortement augmenté parmi les ménages avec enfants, touchant particulièrement les familles monoparentales, majoritairement dirigées par des mères, souligne la Commission. Parmi les parents isolés actifs, un sur cinq était menacé de pauvreté en 2025, en raison d’un travail à temps partiel involontaire et d’opportunités de carrière manquées, souvent par manque de solutions de garde d’enfants adéquates. » L’offre de services de garde d’enfants est relativement forte en France, cependant l’accès reste inégalitaire, selon les auteurs du document. « L’écart entre les enfants issus de milieux favorisés et ceux issus de milieux défavorisés (36 points de pourcentage) est supérieur à la moyenne européenne (20 points de pourcentage). En 2023, 76 % des familles vivant dans la pauvreté n’avaient pas les moyens de faire garder leurs enfants ».
Taux de pauvreté global en hausse
Le chômage, en hausse continue depuis le quatrième trimestre 2024, joue également un rôle prépondérant. Ainsi « 9,2 % des enfants vivent dans des foyers sans emploi, soit l’un des taux les plus élevés de l’UE », est-il indiqué. Plus globalement, la tendance est à la précarisation en France : le taux de personnes « à risque de pauvreté et d’exclusion sociale » ne fait qu’augmenter, alors que celui de la moyenne européenne ne fait que se réduire. En 2025 les courbes se croisent, à 20,8 %. Un constat préoccupant dont la Commission ne parvient pas à fournir toutes les explications.




