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Affaire Lyhanna : comment le RN pourrait capitaliser sur le drame
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France Info6/16/2026Politics7 min readFrance

Affaire Lyhanna : comment le RN pourrait capitaliser sur le drame

Quick Look

  • Le drame de Lyhanna, fillette de 11 ans, suscite une émotion nationale et des interrogations sur les défaillances judiciaires.
  • Des responsables politiques estiment que le Rassemblement National pourrait bénéficier de cette colère et de ce sentiment d'insécurité, renforçant sa position à dix mois de la présidentielle.

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Why It Matters

L'affaire Lyhanna, concernant la mort d'une fillette de 11 ans, a révélé des dysfonctionnements potentiels au sein de la justice et de la gendarmerie, notamment concernant des signalements sur le principal suspect. Ce drame a suscité une émotion nationale et des manifestations.

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Je suis certain que cette affaire conforte le Rassemblement national.

Pour cet influent député de la macronie, l'affaire Lyhanna, qui a suscité une émotion nationale, aura sans nul doute des répercussions politiques. A dix mois de la présidentielle, il estime que le grand gagnant de cette séquence n'est autre que le parti d'extrême droite présidé par Jordan Bardella. "Remise en cause de la justice, indifférence des gens d'en haut, insécurité permanente..." liste-t-il comme autant de motifs pouvant expliquer le renforcement à venir du RN. Et cet élu n'est pas le seul responsable politique à tisser un lien entre les circonstances de la mort de cette petite fille de 11 ans et la présidentielle à venir.

"Ce drame ne peut que servir le RN, la colère le nourrit toujours. Ils semblent sûrs d'eux, prêts à ramasser le pouvoir comme si c'était déjà presque fait", relève un proche d'Edouard Philippe. "Ils prospèrent sur les drames et les difficultés, renchérit un conseiller ministériel. Je ne vois donc pas pourquoi cette affaire ferait exception." Il faut dire que la disparition brutale de Lyhanna suscite un grand nombre de sentiments – colère, tristesse, incompréhension – chez les Français, comme l'ont montré les manifestations organisées partout en France devant les tribunaux et devant le ministère de la Justice, place Vendôme.

En cause : le contexte de cette affaire et les potentiels dysfonctionnements qu'elle a révélés, tant du côté de la justice que de la gendarmerie. Ils doivent encore être confirmés par les premières conclusions de l'enquête administrative confiée à l'inspection générale de la justice et à celle de la gendarmerie nationale, qui doivent être rendues aux autorités le 22 juin (on a dit le 19 dans d'autres papiers), selon les informations de France Télévisions. Le principal suspect, Jérôme Barella, avait fait l'objet de plusieurs signalements et plaintes pour des violences sexuelles sur mineures, sans être inquiété.

"La colère est l'un des principaux déterminants du vote RN", rappelle Bruno Cautrès, politologue au centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). "On est dans la colère contre le système politique et social et cette affaire ne peut qu'accentuer cette colère." L'histoire de la petite Lyhanna a aussi mis en lumière, comme rarement auparavant, les défaillances de toute une société concernant la prise en compte de la parole des enfants en matière de violences sexuelles.

"Ce n'est pas du carburant, c'est de la nitroglycérine", soupire encore un cadre de Renaissance, persuadé que le RN ne peut qu'engranger des points dans ce contexte. "Cela semble montrer que le problème est systémique et pas budgétaire."

Comme d'autres responsables politiques, les cadres du RN ont très vite pointé les dysfonctionnements dans cette affaire. "Ce drame terrible aurait pu, aurait dû, être évité, si l'institution judiciaire n'avait pas connu de tels dysfonctionnements. L'Etat a très lourdement failli et le peuple français exige des comptes", a ainsi réagi sur X Jordan Bardella, le 4 juin, alors que le corps de la fillette n'avait pas encore été formellement identifié. "La sécurité de nos enfants doit vraiment redevenir la priorité", a embrayé, le lendemain, sur X, Marine Le Pen.

Le 9 juin, la présidente du groupe RN à l'Assemblée a elle-même interrogé le Premier ministre dans l'hémicycle, lors des questions au gouvernement. "Cette petite fille a été sacrifiée sur l'autel de la nonchalance d'un Etat dont l'appareil judiciaire a failli, un Etat englué dans le déni de l'explosion de la criminalité contre les enfants et la culture généralisée du 'pas de vagues'", a attaqué Marine Le Pen devant Sébastien Lecornu, qui l'a écoutée, les bras croisés.

Le matin même, la double finaliste aux présidentielles de 2017 et 2022 avait affirmé que la "longue dérive" de l'institution judiciaire était notamment due à des "causes idéologiques" qui ont "placé la réinsertion comme priorité" au détriment de "la protection de la société". Sur BFMTV, le 14 juin, le président du RN, Jordan Bardella, a estimé que la justice française avait ainsi "un problème d'idéologie" : il faut selon lui "changer la philosophie" et "il faut changer l'échelle des peines". Dès le début de l'affaire, les cadres dirigeants du parti d'extrême droite ont d'ailleurs mis au centre du débat leurs thèmes de prédilection, que ce soit la sécurité ou les défaillances judiciaires.

Face à ce drame, le gouvernement de Sébastien Lecornu s'est pourtant déployé tous azimuts pour montrer qu'il répondait à l'ampleur de cette affaire. Intégration de nouvelles mesures dans le projet de loi sur la protection des enfants comme la possibilité de requérir une peine de perpétuité pour les viols sur plusieurs victimes, accélération de l'examen de la proposition de loi "intégrale" contre les violences sexuelles ou sexistes par le Conseil d'Etat, futur décret pour motiver les classements sans suite pour crimes sexuels sur mineurs…

Sans compter l'activité médiatique du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui a présenté ses "excuses" aux Français et sommé les magistrats de reprendre les 70 000 dossiers de plaintes touchant à des enfants d'ici au 14 juillet. Insuffisant pour l'opinion publique puisque tant Sébastien Lecornu que Gérald Darmanin, dont le RN a demandé la démission, perdent des points dans les derniers sondages : -5 points pour le garde des Sceaux, qui reste néanmoins le ministre le plus apprécié (39%), et -4 points pour le Premier ministre, à 24% d'opinions favorables, selon une enquête Ipsos BVA pour La Tribune dimanche.

A contrario, les dirigeants du RN engrangent des points. Jordan Bardella est la première personnalité que les Français souhaitent voir à la tête du pays, avec 37% de sondés qui seraient satisfaits s'il devenait président, en hausse de 3 points par rapport au mois de mai. Marine Le Pen se positionne, elle, à la deuxième place, avec 35%, en hausse de 2 points. "On le sait, avec le RN, l'argument du parti fasciste, ça ne fonctionne plus", relève le politologue et constitutionnaliste Benjamin Morel. "L'argument qui marchait encore, c'était celui de l'amateurisme que l'on brandissait contre ce parti. Mais, lorsque vous êtes aux responsabilités, tous les dysfonctionnements vous sont attribués. Et cette affaire Lyhanna démontre une forme d'amateurisme du pouvoir."

Le RN sort aussi renforcé de cette séquence par un autre aspect. "Ce parti n'a jamais exercé le pouvoir et est donc totalement exonéré de toute forme de responsabilité", assure Bruno Cautrès. Hors La France insoumise, "les autres partis ont exercé le pouvoir". "L'affaire Lyhanna vient percuter un secteur de l'action publique très identifié par l'opinion, qui est celui de la sécurité intérieure. Un thème porté par l'extrême droite mais aussi la droite, poursuit le chercheur du Cevipof. Or, la droite, elle, a été au pouvoir, son président, Bruno Retailleau, était encore ministre de l'Intérieur il y a peu."

Si le RN était aux affaires, "tout serait différent", a ainsi pu promettre le député RN Jean-Philippe Tanguy, invité de l'émission "Questions politiques" sur France Inter, franceinfoTV et Le Monde, le 7 juin. Jusqu'à éventuellement reposer dans le débat public la question de la peine de mort. "Si demain, dans le cadre du référendum d'initiative citoyenne que nous voulons mettre en place, il y a un référendum que la population organise et que la peine de mort en sort, nous respecterons évidemment la volonté populaire", a annoncé, sur franceinfo, le 15 juin, le député RN Laurent Jacobelli. Et selon des élus, le sujet resurgit à la lumière de cette actualité. "J'entends beaucoup mes concitoyens reparler de peine de mort", soupire un député Renaissance.

Au-delà, l'affaire Lyhanna contribue au sentiment de déliquescence de la société ressenti par de nombreux citoyens.

"De manière plus profonde, cette affaire vient irriguer le sentiment diffus dans le pays d'une grande pagaille, d'un pays qui n'est pas en ordre. Et ça, c'est du carburant pour le RN."

Bruno Cautrès, politologue

à franceinfo

Difficile néanmoins de mesurer les effets qu'aura cette affaire sur le plus long terme. "Il faut être prudent, tout va très vite et on est encore très, très loin de la présidentielle", met en garde Benjamin Morel. "Ce drame national ne change pas les opinions politiques, croit savoir un député du bloc central. Par contre, les réponses que chacun va donner à ce drame peuvent changer les opinions." Bruno Cautrès est plus catégorique. "On est certes dix mois avant la présidentielle, mais cette affaire va rentrer en profondeur dans le pays. Il suffira de trois fois rien au candidat RN pour réactiver ces émotions vécues par les Français en disant : 'Rappelez-vous la petite Lyhanna…'"

What to Watch

AI outlook — possibilities, not facts

  • Le Rassemblement National capitalisera sur la colère et le sentiment d'insécurité pour gagner des voix lors de la prochaine présidentielle.

    Very likely · Within months

  • La question de la peine de mort pourrait refaire surface dans le débat public suite à cette affaire.

    Possible · Within months

Open Questions

  • Quelles seront les conclusions exactes de l'enquête administrative ?
  • Comment les dysfonctionnements révélés seront-ils corrigés ?
  • Quel impact concret aura cette affaire sur les élections présidentielles ?

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This article was originally published by France Info.

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