
Gabriel Attal et plusieurs experts plaident pour avancer l'apprentissage de la lecture dès la maternelle, à l'instar de modèles anglo-saxons, tandis que d'autres soulignent l'importance du langage oral.
Gabriel Attal et des experts plaident pour avancer l'apprentissage formel de la lecture dès la maternelle en France, s'inspirant des pays anglo-saxons bien classés au PISA, malgré les réserves de syndicats et de spécialistes attachés au langage oral.
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En France, l'apprentissage formel de la lecture commence traditionnellement au CP à l'âge de 6 ans, contrairement à certains pays anglo-saxons où il débute dès 5 ans.
Apprendre à lire dès la maternelle, la solution pour améliorer le niveau des élèves français ? Gabriel Attal, candidat Renaissance à l'élection présidentielle de 2027 a appelé de ses vœux une telle réforme dans un entretien au Monde, mardi 25 août. Une évolution également défendue par la pédagogue Céline Alvarez dans son livre Pourquoi il faut apprendre à lire en maternelle, paru jeudi.
En France, l'enseignement primaire, destiné à l'apprentissage de savoirs fondamentaux, dont la lecture, commence à l'âge de 6 ans. Une temporalité similaire à "près de trois pays et économies sur quatre", selon un rapport de l'OCDE publié à la rentrée 2025. Plusieurs pays et nations anglophones font toutefois exception, notamment l'Angleterre, l'Australie ou la Nouvelle-Zélande, où les élèves commencent l'apprentissage de la lecture dès leurs 5 ans. Tous ces pays se trouvent parmi les 15 mieux classés de l'enquête PISA 2022, en termes de compréhension de l'écrit. La France se trouve quant à elle à la 29e place du classement. Un score dans la moyenne de l'OCDE, mais loin derrière ces pays anglophones.
Ces nations font également partie du très haut du panier dans le classement Pirls, qui teste les compétences des élèves de CM1 de 57 pays en compréhension de l'écrit. Les résultats des élèves tricolores sont, pour leur part, en dessous de la moyenne européenne. Surtout, la France est l'un des pays qui affiche le pire écart de réussite entre les enfants les plus défavorisés et ceux issus des familles les plus riches. Même si le lien de causalité reste difficile à établir entre l'apprentissage précoce de la lecture et la réussite scolaire future des élèves, certains estiment que la France devrait s'inspirer du modèle anglo-saxon.
En réalité, les élèves français ne découvrent pas la lecture en arrivant au CP. Depuis la réforme du programme de maternelle, entrée en vigueur à la rentrée 2025, "le passage de l'oral à l'écrit est enseigné dès 4 ans", afin de préparer les enfants à l'apprentissage formel de la lecture en CP, rappelle Katia Béguin, nouvelle présidente du Conseil supérieur des programmes, une instance rattachée au ministère de l'Education.
A partir de 4 ans, les élèves apprennent ainsi à "manipuler et isoler de façon intentionnelle les unités phonologiques d'un mot (syllabe, attaque, rime, phonème)", lit-on dans le programme. Dès 5 ans, le "principe alphabétique qui établit un lien entre les signes que sont les lettres et groupes de lettres et les sons" leur est par ailleurs enseigné. "Les élèves de maternelle commencent par des petites choses : leur prénom, le jour de la semaine écrit au tableau. C'est déjà de la lecture", insiste Katia Béguin.
Si la lecture est abordée avant le CP, les petits Français ne vont pas aussi loin que leurs camarades anglais. Outre-Manche, la première année de primaire, qui se déroule entre 5 et 6 ans, est précédée d'une année appelée reception, lors de laquelle les enfants sont préparés à l'apprentissage de la lecture. Et à la fin de la première année de primaire, ils doivent être capables de "lire à voix haute, avec précision, des livres adaptés à leurs connaissances phonétiques", tout en comprenant ces textes, est-il écrit dans le programme national anglais. Ces attendus en termes de lecture sont peu ou prou similaires à ceux du CP en France, qui se déroule un an plus tard, entre les 6 et 7 ans des élèves.
"La direction en France est la bonne, mais il faut aller plus loin", estime Johannes Ziegler, membre du conseil scientifique de l'Education nationale. "Pendant des décennies, nous avons partagé une idée très largement admise : la mission de l'école maternelle est avant tout de développer le langage oral, la socialisation, la motricité et les compétences préparatoires à la lecture, mais pas la lecture elle-même", relate le chercheur en sciences cognitives.
"Cette organisation fonctionne relativement bien dans de nombreux pays parce que leur système d'écriture est beaucoup plus transparent que le français", poursuit-il. Et donc plus facile à intégrer. Comme la langue française, l'anglais possède en revanche "l'un des systèmes orthographiques les plus irréguliers. Face à cette complexité, les Anglais n'ont pas repoussé l'apprentissage. Ils ont fait exactement l'inverse", explique Johannes Ziegler.
"La focalisation sur la seule année du CP pour apprendre la lecture met nos élèves en grande difficulté, notamment ceux issus de milieux défavorisés."
Johannes Ziegler, membre du conseil scientifique de l'Education nationale
à franceinfo
Selon le chercheur, la France devrait donc prendre exemple sur le modèle anglais. Si l'apprentissage de la lecture était avancé d'un an, cela "changerait profondément les conditions d'enseignement" au CP, projette le scientifique. "Les enseignants pourraient consacrer davantage de temps à automatiser le décodage, à développer la compréhension, à enrichir le vocabulaire et à accompagner les élèves les plus fragiles, au lieu de devoir construire, dans l'urgence, l'ensemble du principe alphabétique en quelques mois" lors de la première année d'école élémentaire, considère Johannes Ziegler.
Mais attention, "lorsque l'apprentissage est trop académique à un âge jeune, ce n'est pas bon pour le développement des enfants", avertit Stéphanie Jamet, analyste éducation et petite enfance à l'OCDE. "Chaque chose en son temps", plaide également Aurélie Gagnier, cosecrétaire générale et porte-parole du syndicat des enseignants des écoles FSU-SNUipp.
"Lire, ce n'est pas seulement déchiffrer, c'est aussi comprendre ce qu'on lit. En maternelle, la priorité, c'est de jouer, d'échanger avec les autres pour acquérir du vocabulaire, assure-t-elle. C'est seulement quand on a progressé dans la maîtrise de la langue qu'il est intéressant d'apprendre à déchiffrer, à décoder". Pour Johannes Ziegler, l'un n'exclut pas l'autre : "La lecture peut être travaillée en même temps que le langage oral en maternelle".
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