"Ce serait du suicide" : la primaire proposée par Gabriel Attal en vue de la présidentielle ne convainc ni Edouard Philippe, ni Bruno Retailleau
L'ancien Premier ministre appelle à une primaire pour désigner un candidat unique, mais ses principaux rivaux, Edouard Philippe et Bruno Retailleau, rejettent l'idée.
Quick Look
- Gabriel Attal propose une primaire pour unir la droite et le centre face aux extrêmes.
- Cette initiative, visant à éviter un second tour LFI-RN, est largement rejetée par Edouard Philippe et Bruno Retailleau, qui y voient une manœuvre politique ou une erreur stratégique.
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Why It Matters
Les sondages montrent une avance de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sur les candidats de la droite et du centre. Gabriel Attal cherche à unifier ces derniers pour éviter un second tour sans eux.
Faut-il une primaire pour désigner un candidat unique de la droite et du centre ? Alors que les nombreux prétendants sont loin derrière Marine Le Pen dans les sondages, Gabriel Attal a remis l'idée sur la table. "Il est temps d'être tous responsables et d'organiser le rassemblement auquel des millions de Français aspirent à travers une grande primaire", a déclaré l'ancien Premier ministre mercredi soir sur TF1. Et ce pour "empêcher un deuxième tour dont notre pays ne se relèverait pas entre La France insoumise et le Rassemblement national", selon le secrétaire national du parti Renaissance. Si d'autres figures de droite et du centre plaident aussi pour un vote en vue d'une candidature unique, la main tendue de Gabriel Attal ne semble pas rencontrer de succès auprès d'Edouard Philippe et de Bruno Retailleau, ses principaux rivaux.
Cette "primaire des démocrates" serait ouverte à tous les candidats qui "partagent un certain nombre de valeurs", dont "la défense des valeurs de la République et notamment l'autorité, la laïcité, la lutte contre les discriminations, l'Europe et la construction européenne, la compétitivité de notre économie, le progrès social et écologique" et qui portent "un refus clair et net de toute alliance avec l'extrême gauche ou avec l'extrême droite", a détaillé Gabriel Attal. Ce vote pourrait donc aller du social-démocrate Raphaël Glucksmann au libéral de droite David Lisnard, selon lui. Un cadrage qui rejoint celui de la "charte des valeurs" élaborée par le président de la région Normandie Hervé Morin. Côté calendrier, le trentenaire se laisse jusqu'à la fin du mois de janvier pour convaincre ses concurrents.
"Sa candidature dévisse donc il joue son va-tout"
Du côté d'Edouard Philippe, légèrement en tête des intentions de vote au sein du bloc central, mais distancé par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, l'accueil est plus que frileux. "Ce n'est pas ce 'en même temps' aussi cafouilleux qu'hasardeux qui permettra d'éviter" un duel entre le RN et LFI au second tour, a estimé Laurent Marcangeli, président du groupe Horizons à l'Assemblée, sur X. L'initiative n'est pas jugée "crédible" par l'entourage du maire du Havre. "Après quatre mois de campagne, la candidature de Gabriel Attal dévisse [dans les sondages], il passe sous la ligne de flottaison, donc il joue son va-tout", glisse-t-on.
"Je n'ai pas bien compris ce que proposait Gabriel Attal", a esquivé Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Energie, sur BFMTV. "Edouard Philippe est aujourd'hui, et de loin, le mieux placé pour faire ce rassemblement" de la droite et du centre, a-t-elle ajouté.
"On n'est pas effrayés par la primaire ou par quelque élection que ce soit, mais dans le contexte actuel, une primaire n'aurait que des inconvénients."
Maël de Calan, porte-parole de la campagne d'Edouard Philippe
Et le président du conseil départemental du Finistère de développer : "Elle appuierait sur nos divisions au lieu de nous aider à nous rassembler demain avec nos partenaires, alors que c'est la condition sine qua non pour accéder au second tour", poursuit le président du département du Finistère. "Ce serait du suicide pour notre famille politique", conclut-il.
"Les primaires sont des fabriques à perdants"
L'enthousiasme n'est pas non plus au rendez-vous dans le camp de Bruno Retailleau. Le président des Républicains est pourtant favorable à une primaire. "Mais elle ne peut avoir de sens que si par exemple Edouard Philippe y participe", avait estimé le candidat de droite au micro de RCF Notre-Dame. "Si demain il y avait une primaire, je suis persuadé que je le battrais", avait-il ajouté, alors qu'il apparaît distancé dans les sondages. Mercredi soir, son entourage a jugé auprès de franceinfo "fantaisiste et ridicule" la proposition de Gabriel Attal d'"imaginer [Bruno] Retailleau et [Raphaël] Glucksmann participer à la même primaire".
Réticences aussi du côté du MoDem, où l'on préférerait que tous les candidats, hors extrême gauche et extrême droite, se mettent d'abord d'accord sur un programme commun. Le président du parti centriste, François Bayrou, a pourtant plaidé pour une primaire à plusieurs reprises cet été. Mais "les primaires sont des fabriques à rancœurs et à perdants", estime une source centriste, plaidant plutôt pour l'élaboration d'un "programme d'unité nationale", fait de "mesures concrètes pour le quotidien des Français", sans considération partisane.
L'un des rares soutiens à cette primaire est le maire de Cannes David Lisnard. Celui qui a fondé son parti, Nouvelle Energie, plaide depuis des mois pour l'organisation d'une primaire très large allant du centre-droit à Reconquête, le parti d'Eric Zemmour. "La primaire permet d'éviter cette situation d'éparpillement et de régler les dissensions", estimait le président de l'Association des maires de France mi-octobre auprès de franceinfo. "On peut la faire tard, en décembre ou jusqu'à fin janvier", ajoutait-il, précisant : "Je continuerai de plaider pour une primaire mais pas une alliance, c'est-à-dire que je respecterai le résultat du scrutin, mais je ne ferai pas campagne pour quelqu'un dont je ne soutiens pas les idées."
"Je ne veux pas faire campagne pour Edouard Philippe."
David Lisnard, candidat à la présidentielle
Malgré ces premiers retours, le camp Attal persiste et signe. "Chacun doit prendre ses responsabilités, on ne peut pas prétendre lutter contre les extrêmes et refuser par principe un rassemblement large", défend la députée Prisca Thévenot. "Le périmètre de cette primaire ne doit pas porter sur des noms, mais sur des valeurs communes et des lignes rouges communes, et nous en avons", ajoute-t-elle auprès de franceinfo. Il reste un peu moins de six mois à la droite et au centre pour tenter de se rassembler avant le premier tour de l'élection présidentielle, le 18 avril 2027.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Gabriel Attal tentera de convaincre ses concurrents d'ici fin janvier.
Likely · Within months
Open Questions
- La droite parviendra-t-elle à s'unir avant janvier 2027 ?
- Quel impact sur les sondages pour Gabriel Attal ?







